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Nouvelles du front scolaire (I) : quelques semaines plus tard...

OPINION. Dans mon collège de campagne, (à peu près huit cents élèves), nous avons repris le travail... La tragédie de Samuel Paty est dans tous les esprits ; l’hommage qui avait été annoncé à Paris sous le coup de l’émotion a vite laissé la place aux calculs politiciens.

Nouvelles du front scolaire (I) : quelques semaines plus tard...

Dans mon collège de campagne, (à peu près huit cents élèves), nous avons repris le travail... La tragédie de Samuel Paty est dans tous les esprits ; l’hommage qui avait été annoncé à Paris sous le coup de l’émotion, a vite laissé place aux calculs politiciens. Plus de temps consacré aux professeurs pour échanger sur ce traumatisme, juste une minute de silence et un texte lu, temps tronqué, édulcoré, évidé. Notre directeur a fait fi de l’interdiction technocratique et avec humanisme, nous a accordé une heure pour en parler et je l’en remercie, tellement habitué que je suis à voir défiler des petit(e)s chef (ffes) qui méprisent les pédagogues, soumis aux diktats administratifs, êtres déshumanisés, carriéristes et autoritaristes.

Etrange atmosphère, qui l’eut cru, décapiter un professeur qui croyait bien faire en enseignant la laïcité inscrite dans notre constitution du 4 octobre 1958 que je tiens à rappeler ici :

Titre Premier - DE LA SOUVERAINETÉ

La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.

Un homme avec bienveillance (petit soldat désarmé de la République !) a essayé d’ouvrir l’esprit de ses élèves avec précaution en montrant des caricatures de Mahomet pour exercer l’esprit critique. Mais voilà, la religion est une affaire délicate de tous temps et encore aujourd’hui, qui sépare les humains et ne les relie pas, bien au contraire, fait couler du sang et encore et toujours... Choc éternel des civilisations.

La question est : que fallait-il faire, montrer, ne pas montrer...
Le blasphème du grec blasphêmia « parole impie », qui marque le mépris de la religion, qui insulte les croyances religieuses, est quelque chose de très sérieux pour les personnes qui croient. Et pour les musulmans, on ne peut attenter à la représentation du prophète qui est l’incarnation du divin directement sans vecteur, parole sacrée, inviolable, sinon l’auteur de ce mépris par un dessin ou autre, se rend coupable d’injure à l’égard d’Allah.
Là bas, sur la place de la Sorbonne, ce grand spectacle aux accents tragiques où notre président a pu exercer ses talents d’acteur et d’orateur, n’était à mes yeux qu’une mascarade comme pour les attentats de Charlie, souvenez-vous du président Hollande et de tous ces chefs d’État, bras dessus bras dessous, avec cet esprit de recueillement, tous à jouer cette représentation de solidarité qui n’existe pas, comédie au nom de tous ces cadavres massacrés, tous ces gens voués au sacrifice, et eux protégés, jamais victimes...

Les objurgations « il faut enseigner la laïcité » de ces courageux d’un jour qui très vite vont laisser place à la reculade...

On peut comprendre que les musulmans se sentent blessés et que certains réagissent. De ce fait, rien ne sert de faire mal au nom de principes que ces technocrates politiciens sont prêts à discuter ou renier. Soyons prudents, les hypocrites et les lâches parlent de loin, mais ne s’impliquent dans rien. La preuve : cette rentrée de professeurs, notre rentrée ridiculisée après ce vent debout vite dégonflé comme une baudruche. Au front scolaire, on est seuls et abandonnés de tous, métier au sein d’une collectivité où le pédagogue n’est bientôt plus un pédagogue, mais juste un simple éducateur- animateur de jeunes qui doit faire face comme il peut dans certaines situations. Le plus beau métier du monde réduit à sa portion congrue, toujours dans la bienveillance et le respect devant la contestation ou l’insulte...

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