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EDF : Oui, démonétiser le projet Hercule est encore possible ! Abonnés

OPINION. En ce jour de grève et de mobilisation des salariés d’EDF contre le projet « Hercule », un nouveau texte d’André Pellen.

EDF : Oui, démonétiser le projet Hercule est encore possible !

Aujourd’hui, le monde croule sous des montagnes de liquidités dont beaucoup émises par les banques centrales. Par centaines de milliards, Euros et Dollars en déshérence survolent le champ économique planétaire, avides de rendements juteux ou, à défaut et compte tenu de l’insécurité géopolitique et sanitaire de ce dernier, en quête de dépôts dans les asiles institutionnels, à l’abri des vicissitudes de la fiévreuse conjoncture. C’est ainsi que des États – la France en particulier – trouvent à placer une inflation de dettes à taux nul ou négatifs.

En majorité, les investisseurs les plus altérés ont oublié d’être crétins qui ont depuis longtemps identifié la martingale leur permettant de jouer sur les deux tapis verts à la fois, avec la quasi-certitude de ramasser une mise colossale. Où ? Dans l’eldorado des renouvelables, pardi ! Comment, en effet, ne pas rivaliser d’appétit pour les placements privés y appelés, quand leurs rendements garantis par les États, sur des durées extravagantes, dépassent l’entendement même des économistes les plus surréalistes ?

C’est à travers ce prisme financier que les Français doivent regarder d’urgence la création de la soi-disant EDF Verte prévoyant d’offrir aux acteurs ci-dessus 35 % du patrimoine renouvelable d’EDF, ne demandant qu’à être « valorisés » hors du domaine règlementé et à se multiplier en rentables pourcents de la puissance de production électrique nationale, sous l’égide de la Loi de Transition Énergétique pour la Croissance Verte.

Toute préoccupation de rendement et d’optimisation technico économiques du système électrique européen est bien entendu absente de ce qu’il faut bien qualifier de connivence politico capitalistique. Le gouvernement français ourdit cette dernière en vassal du suzerain UE, sur le dos des intérêts économiques de son propre pays, n’hésitant pas, de surcroît, à accroître une mise en péril déjà patente de l’approvisionnement énergétique du continent et de l’économie associée.

Le rapprochement des deux composantes ci-après de cette mise en péril permet d’en mesurer l’extrême gravité : la programmation d’investissements pharaoniques dans des renouvelables aux capacités de productions notoirement insignifiantes, par les majors mondiaux du secteur – 5 milliards d’euros annuels par pétroliers, ENEL et autre Iberdrola, 50 à 55 milliards de dollars, d’ici à 2022, par un américain NextEra davantage côté en bourse qu’Exxon ; le passage en régie filialisée sous régime juridique UE de l’hydraulique français, prévu dans le volet EDF Bleue du projet Hercule.

Devant une irresponsabilité de notre État confinant à la trahison, il devient urgent de lancer à la figure des décideurs s’en rendant coupables la sommaire pédagogie de ce que sont les régulations sans lesquelles la stabilité du système électrique national ne peut être garantie ; urgent également de leur rappeler que RTE ( réseau de transport d’électricité ) est déjà inféodé à une règlementation européenne dont l’esprit est aux antipodes de celui de la gestion intégrée dudit système, naguère pratiquée par EDF.

Ces décideurs doivent tout d’abord garder à l’esprit que l’ensemble nucléaire-hydraulique français tant convoité produit constamment de 85 à 90 % de la consommation d’électricité nationale, quelles que soient les exigences techniques de cette dernière. Ils doivent ensuite retenir que la conduite d’un système « production-consommation d’électricité » ne consiste qu’en la maîtrise permanente la plus rigoureuse possible de deux grandeurs physiques, la fréquence et la tensiondu courant produit et distribué, en tout point de ce système pouvant être de taille européenne.

Le premier et le plus fondamental des réglages utilisés est le réglage primaire de fréquence faisant appel à une réserve primairede puissance. Il s’agit d’un automatisme dont tous les groupes de production traditionnels sont dotés, sauf éoliens et photovoltaïques auxquels l’électronique de puissance ne peut conférer la miraculeuse aptitude de commander au vent et au soleil. Ce réglage réagit dans la seconde à toute variation de fréquence, image d’un déséquilibre production-consommation.
La réserve de puissance devant être constamment mise en jeu, à ce niveau, est de l’ordre de 3 % de la puissance totale en service, et la participation au réglage correspondant – exprimée en MW/Hz – de l’ensemble des outils de production ne comprenant pas éolien et photovoltaïque peut atteindre 35000 à 40000 MW/Hz en UE, dont plus du quart est souvent fourni par la France.

Le réglage secondaire dit fréquence-puissance ramène à 50 Hz le précédent point de fonctionnement du système, généralement stabilisé à une valeur différente de 50 Hz. À son tour, ce réglage a besoin de faire appel à une réserve secondaire de puissance à laquelle, pour la même raison que précédemment, éolien et photovoltaïque sont dans l’incapacité de contribuer. Télécommandé depuis le Centre National d’Exploitation du Système (CNES) de RTE, ce réglage parcourt les deux demi-bandes de participation – l’une à la hausse, l’autre à la baisse – mises à disposition de l’opérateur central par les mêmes groupes de production que précédemment, demi-bandes dont l’étendue est de 2,5 % de la puissance nominale (Pn) d’un groupe nucléaire, de 5 % de Pn d’un groupe thermique à flamme et de 13 % de Pn d’un groupe hydraulique. En pointe d’hiver, la puissance totale de cette réserve secondaire requise en France peut être de l’ordre de 2,5 GW.

Dans certaines situations limites, hélas de plus en plus fréquentes, les deux réserves précédentes peuvent ne plus parvenir à résorber un déséquilibre du système dans lequel les transits d’interconnexions avec l’étranger ont une responsabilité croissante. Le CNES est alors contraint de faire appel à la réserve tertiaire de puissance, appelée réserve tournante. Inutile de préciser qu’éolien et photovoltaïque sont davantage impropres à figurer dans cette réserve que dans les réserves précédentes. Ce sont les turbines à gaz et les turbines à combustion qui ont aujourd’hui tendance à se tailler la part du lion, dans cette réserve tertiaire.

Pour en terminer avec la puissance, on appelle marge d’exploitation la somme des deux réserves précédentes. En France, cette marge requise l’hiver devrait pouvoir dépasser un 6 GW de plus en plus hors de portée, soit la puissance d’au moins 5 tranches nucléaires.

Reste que le service technique rendu par l’éolien et par le photovoltaïque au réglage de la tension du réseau, est encore plus proche de 0 que celui rendu au réglage de la puissance. Pour tous les groupes de production y participant, ce réglage largement télécommandé consiste à agir sur la grandeur électrique connue sous le nom de facteur de puissance, caractérisant le déphasage entre l’intensité et la tension du courant, au moyen de fourniture ou d’absorption quelquefois considérables d’une puissance dite réactive.
Inutile de s’étendre sur le caractère sophistiqué de la régulation à 4 boucles permettant ce réglage, dans laquelle une complexe mise en jeu des paramètres puissances électriques, puissances mécaniques et vitesses vise à contrer les transitoires rapides du réseau et à sauvegarder les matériels... Bref, envisager de doter aérogénérateurs et hélio générateurs d’une telle régulation relève de l’incongru !

On ne s’attardera pas davantage sur les modalités RTE de programmation quotidienne, à 24 heures, des productions de base, de semi-baseet de pointe, en particulier sur le simulacre de police du respect des dispositions d’ajustement et de la fourniture des réserves contractuelles auquel se livre le gestionnaire du réseau national. Car il est désormais notoire que la principale mission professionnelle assignée à ce dernier, par le pouvoir politique, consiste à faire régner la léonine souveraineté des renouvelables. Or, ce dangereux dévoiement de la doctrine d’exploitation du système, doublé d’une transgression des prescriptions et de la déontologie internationales du commerce, sont on ne peut plus conforme à la législation d’exception promulguée par l’axe Paris-Bruxelles.   

Non seulement nous vérifions aujourd’hui que l’objectif de cette malversation institutionnelle était bel et bien d’étrangler EDF, avec l’ARENH ( accès régulé à l’électricité nucléaire historique ), pour ensuite la dépouiller de ses attributs au profit de ses prédateurs, mais les considérations techniques développées plus haut attirent à dessein l’attention des Français sur le risque considérable que fait courir pareil forçage d’une transition énergétique non viable à la sécurité d’approvisionnement du pays en électricité.

Heureusement, la messe sociale est encore loin d’être dite sur la prétention du pouvoir à prolonger la carrière de l’ARENH et sur son ambition de substituer à EDF son Hercule d’avatar improvisé. Dans le numéro de novembre 2020 de la « lettre Géopolitique de l’Électricité » dont il est le directeur de la publication (1), Lionel Taccoen (2) nous offre l’augure du bien-fondé de cette espérance, sous la forme d’un recours juridique parfaitement opposable au projet ci-avant. Ce projet dont il faut noter qu’il a été échafaudé par le pouvoir politique, seul, serait paraît-il le supplément d’ouverture à la concurrence concédé à Bruxelles, en échange de la « répréhensible » aide d’État destinée à renflouer EDF. On devine la convoitise que le produit des cessions d’EDF Verte suscite déjà chez les obligés d’Élysée-Matignon…   

Lionel Taccoen nous dit la chose suivante : pour faire reconnaître la situation de position dominante valant à EDF son arbitraire statut commercial, la Commission européenne la circonscrit sur le marché pertinentque notre comité Champsaur, lui-même, lui désigna dans la scélérate loi NOME de 2010, à savoir le territoire Français. Or, cette Commission définit les prix de gros UE du KWh, auxquels les ventes d’EDF n’ont d’autre choix que se confronter, sur la « plaque » France/Allemagne/Benelux.   
Par ailleurs, sur cette plaque que le courant de nos centrales nucléaires parcourt abondamment, la même Commission a déjà pris des initiatives, vis-à-vis d’EDF, équivalant à reconnaître implicitement que cette dernière n’est pas en position dominante là où les concurrences technico économiques allemande, belge et même suisse sont déjà bien présentes.

Il suffirait donc d’obtenir de l’UE la régularisation officielle de l’extension du marché français (délié de son absurde qualificatif pertinent) à la « plaque » France/Allemagne/Benelux, pour que notre opérateur historique soit autorisé à y fixer librement ses prix, situation qui, de facto, rendrait ARENH et Hercule caducs, du jour au lendemain.
Nos compatriotes ont le plus grand intérêt à ça, car la vertu immédiate de cette régularisation serait de rompre le cycle infernal des augmentations régulières du tarif règlementé, auxquelles procède un État français condamné par ARENH à fournir une concurrence artificielle d’EDF à des concurrents ne produisant rien. Le consommateur vérifierait ainsi rapidement que la concurrence à la production est la seule qui puisse faire baisser de façon non marginale sa facture et mesurerait combien il a été grugé, toutes ces années.

La guerre qu’il convient de mener sans délai à un projet « HERCULAREN » menaçant de ruiner la seule vraie garantie de confort socioéconomique national n’est donc que d’ordre juridique et, parole de juristes, a toutes les chances d’être gagnée. Encore faut-il ne plus traîner à en saisir la Cour de Justice de l’Union Européenne, au motif que, arguer de la notion de marché pertinent, pour revendiquer un droit gouvernemental d’administrer l’avenir d’un groupe industriel, n’est en aucune manière recevable ; en tout cas pas dans une UE au libéralisme échevelé ouvert à toutes les concupiscences.

Hélas, ne surtout pas croire que cette procédure sera(it) une promenade de santé couronnée du succès réputé ne pas faire de doute. Car, pour les ennemis européens et français de tout ce que représente l’ours industriel entravé qu’est EDF, le principal enjeu d’une telle guerre n’est probablement pas celui qu’on croit limité aux questions de monopole commercial. Car ces ennemis sont les premiers à ne pas ignorer que, accorder officiellement le statut de concurrent à part entière à l’un des parcs électronucléaires les plus performants de la planète, sur le marché de la « plaque »France/Allemagne/Benelux, jetterait un énorme pavé dans le « jardin commercial » d’éolien et photovoltaïque dont les incapacités techniques et par conséquent économiques ont été démontrées plus haut.

Dès lors, des voix d’abord isolées, puis de plus en plus collectives, de plus en plus officielles et de plus en plus insistantes ne mettraient pas longtemps à s’élever, pour interpeller de plus en plus fréquemment le Parlement et la Commission européens en ces termes : jusqu’à quand, jusqu’à quel coût et jusqu’à quel inconfort allons-nous devoir supporter l’obligation d’acheter et d’utiliser des productions électriques gravement impropres à garantir une qualité de produit, une sécurité d’approvisionnement et une maitrise des prix dont l’absence tend aujourd’hui à devenir rédhibitoire ?
Jusqu’à quand allons-nous continuer de donner à voir au monde la position marchande dominante officiellement accordée à des outils de productions électrogènes archaïques, sous la pression manifeste du lobbying capitalistique que nous avons fait naître et sous celle non moins manifeste de tous les partis politiques et dogmes d’inspiration Grünen ?...

(1) J’encourage avec insistance les lecteurs et abonnés de FP actu à faire de cette lettre mensuelle leur bréviaire de référence es énergie électrique planétaire actu. Non seulement je mets quiconque au défi de prendre en défaut la moindre des informations exposées dans cette lettre mensuelle, non seulement il est possible d’en consulter les précieuses archives sur la décennie écoulée, mais l’abonnement à sa diffusion est gratuite, sur simple demande à l’adresse geopolitique.electricite@gmail.com ou en s’inscrivant sur www.geopolitique-electricite.com

Aux côtés de Michel Hug et de Marcel Boiteux, entres autres pionniers, Lionel Taccoen figure parmi les principaux artisans de la matérialisation du plan Messmer, un exploit ayant consisté à raccorder au réseau français 54 tranches électronucléaires, entre 1977 et 1990, puis le surgénérateur Superphénixet 4 autres tranches, avant 2000. Plus que la compétence à intervenir dans l’actuel procès en illégitimité socioéconomique d’EDF, davantage même que sa légitimité, les états de service de Lionel Taccoen lui en donnent l’habilitation historique.

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