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Des militants opposés au site de Bure font de la propagande antinucléaire aux portes des écoles Abonnés

ARTICLE. Des militants, opposés à l’enfouissement des déchets nucléaires sur le site de Bure, ont distribué le 9 mars des bandes dessinées apocalyptiques aux portes des écoles de la Meuse et de la Haute-Marne. Une propagande militante qui joue sur les peurs.

Des militants opposés au site de Bure font de la propagande antinucléaire aux portes des écoles
Publié le 30 mars 2021

La propagande a toujours aimé les dessins comme vecteur de transmission de ses messages. Alors, il n’est guère étonnant de voir des associations d'opposants au site de Bure se servir de ce levier pour diffuser leurs idées. Ce qui est plus étonnant, voire choquant, c’est que ces militants soient venus distribuer gratuitement une bande dessinée (financée par Le Cedra, S, BureStop55, France Libertés, la Fondation Danielle Mitterrand et Sortir du nucléaire) de 24 pages, intitulée "Panique à Bure", aux portes de 75 collèges et lycées de la Meuse et de la Haute-Marne, le 9 mars.

Les membres d’Eodra (association des élus opposés à l’enfouissement des déchets radioactifs) veulent ainsi offrir un autre point de vue que celui de l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), dont la communication viserait, selon eux, les établissements scolaires. Susciter les peurs, il n’y a rien de plus efficace. Alors la bande dessinée raconte l’histoire d’un accident majeur survenu en 2037, sur le site de Bure. Les scénaristes ont souhaité par ailleurs mettre en avant une"héroïne dans laquelle les jeunes peuvent se retrouver”, histoire de maximiser leurs chances de faire passer leur message.

Les scientifiques auront beau vouloir rétorquer que le risque est étudié (quitte à décaler l’ouverture du site, à la demande de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), les militants d’Eodra donnent à l’Est Républicain cette réponse difficilement parable : “l’accident est aussi plausible que le non-accident. On n’est pas d’accord sur la probabilité du risque que cela arrive”. Comment ? Pourquoi ? Quel taux de probabilité ? Autant de questions sans réponse. Une telle rigueur scientifique dans l’argumentation laisse pantois.

C’est en 1998 que le gouvernement Jospin a décidé de choisir la commune de Bure pour bâtir un laboratoire de recherche souterrain, qui deviendra, sept ans plus tard, le centre de stockage pour les déchets nucléaires appelé Cigeo (Centre industriel de stockage géologique). Le bâtiment offrira, à partir de 2030, une alternative au site de la Hague et permettra d’enfouir environ 85 000 m3 de déchets nucléaires, qui reposeront à 500 mètres sous terre.

Un projet qui a suscité l’ire de nombre d’associations, locales et nationales, antinucléaires. Greenpeace met en avant les risques qui pèseront sur le site. Par exemple, le risque sismique. Même si l’association reconnaît du bout des lèvres que la zone est stable, elle considère que le danger n’est pas exclu : “La stabilité historique de la zone n’est pas une preuve suffisante, du moins complètement satisfaisante”, écrit-elle sur son site. Avec un tel degré d’exigence, on se demande alors ce qui pourrait bien être une preuve suffisante. Greenpeace avance également un argument plus pertinent, à savoir celui du risque d’incendie, soulevé par LʼIRSN dans une étude datant de 2017. Une autre étude de l’Autorité environnementale, publiée en janvier 2021, suggère également la nécessité d’analyses complémentaires afin d’assurer la sécurité du site.

Enfin, les militants de tous bords s’insurgent contre la durée de vie des déchets. Jean-Marc Jancovici, spécialiste de l'énergie et du climat et membre du Haut Conseil pour le Climat, considère que le problème n’est pas là où les militants associatifs veulent le placer. Sur son site, il pose cette question : “qu’est-ce qui est préférable : avoir des déchets solides (nucléaires), que l’on peut mettre dans une poubelle (la Hague ou Bure), et surveiller, ou avoir un déchet gazeux (le CO2), qui, dès qu’il part dans l’atmosphère, échappe à tout contrôle, et est susceptible d’engendrer des conséquences globales et irréversibles sur des milliers d’années ?”.

Tout en rappelant que sera enfoui, chaque année, seulement l'équivalent du volume de quatre à cinq voitures, il interroge : “à choisir, ne vaut-il pas mieux échanger un problème qui dure sur 1 000 ans (...) contre un morceau d’un problème majeur qu’est le changement climatique, dont les effets catastrophiques peuvent survenir en moins d’un siècle, peuvent subsister pendant des milliers d’années (ou même plus)?“ On imagine que de cette problématique, il n’est nullement question dans la bande dessinée.

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