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Les auxiliaires afghans de l’armée, abandonnés par la France, assassinés par les talibans Abonnés

ARTICLE. L’assassinat récent de Basir Jan, auxiliaire d’armée afghan, rappelle le sort souvent dramatique qui attend ceux qui ont « trahi » les talibans. L’interprète avait servi la France et celle-ci n’a pas voulu, ni pu, le protéger. Le 10 mai, l’Hexagone a enfin fait évoluer sa position pour faire face au départ des dernières forces américaines en Afghanistan.

Les auxiliaires afghans de l’armée, abandonnés par la France, assassinés par les talibans
Publié le 28 juin 2021

Employé par l’Armée française en Afghanistan du 15 août 2008 au 18 juin 2013, Basir Jan travaillait en tant qu’ « employé de salle ». Et craignait pour sa vie ; plusieurs lettres de menaces, qu’il a reçues, peuvent en témoigner.

Le 22 juin 2021, Quentin Müller, journaliste et spécialiste de l’épineuse question des interprètes afghans, annonce l’assassinat de l’auxiliaire par les Talibans. Quelques jours plus tôt, sa demande de visa avait été refusée par la France et le Conseil d’État, lequel avait jugé qu’un traitement de son rapatriement n’était pas urgent. Les menaces reçues n’ont été considérées ni « réelles », ni « sérieuses ».

La France a fortement limité les rapatriements

L’histoire de Basir Jan, exécuté par les talibans pour avoir osé servir la France, n’a malheureusement rien du fait divers isolé. En 2016, La Croixracontait le drame qu’avait vécu Saidullah, ancien interprète pour l’armée française, qui a vu une quarantaine de talibans prendre d’assaut son domicile et exécuter son frère, en 2016. Pourtant, la France a persisté à lui refuser un visa, même après les faits. À titre de comparaison, les Allemands, qui avaient 4 900 militaires en Afghanistan en 2012 (contre 3 550 pour la France), ont rapatrié 760 auxiliaires afghans ainsi que leurs familles. Soit environ 3 240 personnes. On est bien loin des 275 (sur plus de 800) familles d’anciens auxiliaires afghans de l’armée française exfiltrés depuis le départ des forces armées, le 31 décembre 2014.

Il a fallu la création de l’Association des anciens interprètes et auxiliaires afghans de l’armée française en 2015, pour aboutir à une première prise de conscience et pour que, de 76 auxiliaires, la France en accueille 260 au total grâce à un accompagnement juridique. En mai dernier, le gouvernement français a décidé du lancement d’une opération de rapatriement, concernant les auxiliaires Afghans n’ayant pas encore pu quitter l’Afghanistan (environ 600). Mieux vaut tard que jamais.

Alors que la France rechignait à assouplir les règles d’attribution des visas sous François Hollande et le début de mandat d’Emmanuel Macron, elle semble enfin avoir réussi à vaincre ses dernières directives opaques et restrictives. L’Allemagne, qui a pourtant largement contribué à cet exode afghan par le passé, reproche en outre à Paris de ne pas respecter les accords de coopération avec les talibans que la France a également signés.

Les menaces à peine voilées des talibans

Le 7 juin, par le biais d’un communiqué et manifestement inquiets de cet appel d’air, les Talibans ont appelé les Afghans qui auraient collaboré avec les forces étrangères à « exprimer des remords pour leurs actions passées et ne plus s’engager dans de telles activités à l’avenir, qui s’apparentent à une trahison contre l’islam et leur pays ». Poursuivant : « Nous les voyions comme nos ennemis, mais dès lors qu’ils abandonneront les rangs de l’ennemi ils redeviendront des Afghans ordinaires dans leur patrie et ne devraient pas avoir peur “. Des propos qui sont loin de convaincre le journaliste Quentin Müller, qui a commenté que ‘leur parole, évidemment, ne vaut rien’.

La France s’honore enfin de protéger ces populations qui l’ont aidée et qui vivent désormais dans la crainte des représailles. Mais il lui aura fallu du temps. Du sang coule sur ses mains : celui de Basir Jan et de tant d’autres qui n’ont pas eu la chance d’être protégés depuis son départ.

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