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Vive la poésie ! Abonnés

OPINION. C’est un fait : tout le monde n’est pas Baudelaire ou Lamartine. Mais derrière son image désuète et élitiste, la poésie fait pourtant partie de nos vies et demande parfois simplement à se dévoiler.

Vive la poésie !


Mais non, bien sûr, la poésie n’est pas morte ! Il faut se laisser porter par les mots, s’abandonner à ses sentiments, se perdre dans ses rêves et saluer chaque rime. Se porter d’une strophe à l’autre sans trop se fâcher avec la ponctuation, laisser quelques blancs, espaces imaginaires de la pensée, batifolant gaiement avec la rêverie, tendrement sentimentale ou délicatement sensuelle. Parfois une simple phrase, voire quelques mots ajustés au mieux, que dis-je, accrochés les uns aux autres par la beauté d’une pensée, font déjà poésie. Bel exemple avec Henri-Frédéric Amiel : « La rêverie, c’est le dimanche de la pensée. »

Alors bien sûr, il ne faut pas se croire grand poète, mais il s’agit d’amadouer les mots, les sons, et de les laisser s’amarrer ensemble à un vers ou à une phrase. Le temps de la relecture critique arrivera bientôt, mais laissons encore un peu l’imagination se glisser lentement sur une feuille blanche, y faire son nid ou y laisser quelques trésors… Ensuite la pensée aboutie mettra un peu d’ordre, voire parfois, portera un jugement désapprobateur, mais qu’importe, l’imagination aura sa revanche car nous l’aurons laissée aiguiser ses sens et peaufiner sa qualité. Puis, au détour d’une page, quelques vers s’assemblent et soudain nous voyons le début d’une belle image. Tout s’éclaircit rapidement, les mots s’affolent d’eux-mêmes, les lettres mal formées s’agglutinent, quelques points viennent butiner les i juste esquissés. Il faudra très vite se relire et recopier sous peine de tout perdre car cet instant magique est aussi précieux qu’éphémère.

Nous voilà poètes… même médiocres, ou malheureux sur une fausse rime, même tristes de n’avoir pas goûté l’exactitude de la sensation ressentie et de n’avoir pas réussi à la retranscrire dans toute sa délicatesse… Poète un peu, c’est déjà bien. Ne pas s’interdire de thèmes, se faire confiance et laisser ses sens nous guider vers l’expression de nos sentiments. C’est aussi cela être souverain, au moins en pensées.

Quelques essais sur des sujets aussi variés que l’arrêt de la cigarette (1996), l’amour à travers les contes (1997), plus tristement la perte d’un père… (2002) ou un monde imaginaire (2020).

Maudite blonde
Petit bout de papier, petit cylindre de tabac
Qui proclame ma mort et filtre ma vie
Je voudrais t'échapper, te jeter en bas
T'écraser et dire que de toi je n'ai plus envie

Te prendre dans mes doigts, te serrer très fort
Te regarder t'émietter d'un œil brillant
Et croire que pour une fois je serai le plus fort
Et parler de toi au passé, presque insolent

Te remplacer par une pomme, une bière
Caresser l'idée de liberté et en être fier
Braver la dépendance en implorant le temps
D'être mon allié pour toujours et surtout maintenant.

Me répéter sans cesse que tu n'es plus désirable,
Que depuis trop d'années tu pollues mon corps
Faire taire à tout prix la petite voix exécrable
Qui tendrement me chuchote "juste une encore".

Conte… d'amour
Miroir ô mon beau miroir
Dis-moi si celle que j'aime
Comme je voudrais le croire
Ne rirait pas de ce poème

Qu'Ali baba me porte secours
Pour que l'entrée de sa maison
S'ouvre à moi avec amour
Et qu'enfin je retrouve la raison


Ou alors qu'elle soit frappée
Comme la plus belle des princesses
Par le plus beau des baisers
Je la réveillerai avec tendresse


Comme Peter Pan sans Clochette
J'erre sans connaître le chemin
Alors je cherche en cachette
Le secret pour qu'elle me donne sa main

Un adieu, des regrets…
Un père qui part, un cœur s'éloigne
Seuls mes souvenirs en témoignent
Sous un ciel voilé par la pénombre
De mes yeux éclairés par mon ombre

Quelques mots difficiles, un ton fragile
Pour exprimer un espoir un peu vil
Ensemble faire un bout de chemin
Et profiter l'un de l'autre, plus sereins

Mais la vie en a décidé autrement
Et les jours ont passé, lentement
Goutte à goutte, labyrinthe incertain
Qui paraît-il se nomme le destin

Ici ou là, où tu séjournes maintenant
S'il y a quelqu'un pour te recevoir
Qu'il te chuchote de temps en temps
Que tu restes à jamais dans notre mémoire

Si je savais parler aux fées
Si j'étais courageux, je chercherais l'image du vent qui souffle sur moi,
Je chercherais les charmes que je devine et la vie qui sourit.
Si j'étais courageux, je ne saurais plus me taire et laisserais cette petite voix Dessiner l'histoire d'une rencontre entre deux personnages mystérieux...
Si j'étais courageux je te trouverais et je te dirais que je suis là sous le charme,
Mais je t'attends sans doute en vain en espérant que tu saches être forte pour nous deux.
J'imaginais une situation bien assez compliquée avec des dédales sinueux…
Et je reste figé, pris par la légèreté de ton sourire et la plénitude de ta beauté.
Tant de pensées simplement partagées avec l'envie de te découvrir davantage,
Et reste le sentiment idiot de n'être plus qu'un enfant amoureux d'une fée…

Publié le 24 octobre 2021
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