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OPINION. Autrefois fierté française, le service public est progressivement devenu un poids parfois insupportable au pied des administrés. Pour que les services publics ne soient plus un enfer mais retrouvent leur mission essentielle : servir le public.

Les sévices publics


Ce pourrait être le titre d’une chronique consacrée aux mortelles horreurs actuellement et quasi quotidiennement infligées par des fanatiques irresponsables aux gardiens de notre société et de notre civilisation, policiers, enseignants, pompiers, entre autres… ou simples victimes sans grade. Faute de pouvoir prévenir ces sévices inacceptables, nos gouvernants en sont réduits à les dénoncer a posteriori et à les célébrer en des hommages posthumes répétés. Je laisse à d’autres le soin d’analyser et proposer ce qui pourrait en assurer la prévention, en éviter la répétition et en favoriser la sanction. Mon propos ici sera juste d’évoquer ce qui naguère encore s’appelait le service public, et que l’on considérait à juste titre comme le service du public, légitimement rendu par de nombreux (trop nombreux ?) fonctionnaires en échange de la sécurité tranquille de leur emploi, à tous les publics divers et multiples qui les financent par leur travail et impôt.

Le nombre de ces agents a augmenté de manière inversement proportionnelle à la qualité et à l’efficacité des services qui ne sont plus ni rendus ni même simplement prêtés par l’armée « mexicaine » de ce qui, hormis toujours la même sécurité de l’emploi, n’a plus aujourd’hui que le nom de service public. Chacun peut aujourd’hui constater à son grand dam et surtout à celui de la Nation tout entière que dans pratiquement tous les domaines, le public n’est plus servi. Il n’y a plus, hormis les impôts auxquels il faut rendre cet hommage, d’abonnés aux numéros, postaux, téléphoniques, informatiques des bureaux auxquels on pouvait s’adresser autrefois avec succès pour résoudre, comme leur en était fait le devoir impératif, les problèmes du quotidien, du mois ou de l’année des citoyens. Aujourd’hui, la réponse faite aux citoyens, quand ils finissent par réussir à en obtenir une, est du style du message automatique du service des licences de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC).

Un domaine, l’aéronautique, où la rapidité et l’efficacité sont absolument primordiales en la double matière de sécurité et de qualité. Quand les professionnels ont, par exemple, à faire porter par l’Administration de tutelle, une qualification de type avion ou hélicoptère exigée par leur travail, et dont la durée de validité est généralement d’une année, on leur demande, par message automatique d’accusé de réception, sept semaines de délai pour avoir une chance d’obtenir leur titre de vol. Et quand au bout de sept semaines d’attente insupportable, ils reçoivent une information du service incriminé leur réclamant de reprendre leur dossier et d’y ajouter la croix manquante dans une colonne de leur formulaire aux dizaines de pages. Avec à nouveau, dès l’envoi de la croix portée, la même réponse automatique qui vaut la peine d’être citée en entier, car à chaque ligne la moutarde monte un peu plus au nez : « Madame, Monsieur, Votre demande a bien été reçue par le bureau des licences, et sera traitée dès que possible. Dans les circonstances actuelles, nous vous informons que les délais de traitement des demandes sont fortement allongés. La DSAC s’efforce d’écourter ces délais au maximum et vous remercie de ne pas relancer votre bureau des licences avant 7 semaines, au risque de saturer encore plus les services. »

7 semaines multipliées par 2, cela fait 14 semaines en tout pour avoir peut-être enfin le document requis pour pouvoir voler en règle, avec une licence qui sera à renouveler 8 mois plus tard… avec les mêmes impedimenta. Le Covid a bon dos, car on ne voit pas le lien entre l’activité de base d’un service classique et 4 mois de délai pour obtenir le fruit du travail normal de ses agents !

La conclusion est hélas simple : ou il y trop de fonctionnaires dans l’incapacité de faire leur plus simple devoir de service public et c’est la faute à qui, à eux, à l’État, aux deux ? Ou ayant pris la fâcheuse habitude, comme d’autres salariés du privé devenus fonctionnaires malgré eux, d’être payés à ne rien faire pour cause de télétravail, ces anciens serviteurs administratifs n’en rajoutent-ils pas en exigences tatillonnes, en délais superposés, en remises en chantier de dossiers inutilement surchargés, pour tenter de faire encore croire qu’ils existent, justifier le pouvoir qu’ils ont perdu de rendre effectivement au public le service attendu et faire valoir le seul qui leur reste, celui d’enquiquiner le peuple (Pompidou utilisait un autre mot !), sans jamais plus le satisfaire. Et sans qu’il soit besoin d’évoquer ici la double peine de règlements européens imposés et souvent ridiculement inadaptés auxquels les nationaux en rajoutent continuellement.

Un dernier exemple, aéronautique encore : pourquoi un avion-largueur de parachutistes s’il reste immatriculé aux USA, en N pour les connaisseurs, a le droit d’en prendre 21 à son bord, quand le même avion, inscrit au registre français, en F, n’est autorisé à en emmener que 18, ce qui compromet la viabilité économique déjà tendue de ce genre d’opérations. Réponse au Paris Jump de Saint Florentin dans l’Yonne, comme dans les hangars de Toussus le Noble ou de la plupart d’autres aéroports d’aviation générale où les 2/3 des avions et des hélicoptères professionnels et privés sont désormais enregistrés aux États-Unis !

La révolution tranquille la plus vitale à accomplir de toute urgence ne consisterait-elle pas à rendre au Service public avec ses vraies lettres de noblesse, noblesse oblige, ses obligations de satisfaire clairement, simplement et rapidement aux légitimes besoins et souhaits de la population ? Fini l’infernal enfer des sévices publics et le carcan dans lequel ils nous enferment. Vive le paradis perdu du Service public, enfin retrouvé pour le service au Peuple et du Peuple.

Publié le 25 novembre 2021
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