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En nationalité, c’est tout comme en géologie, la chaleur est en bas, aux couches inférieures, elle brûle. », écrit Jules Michelet en 1846 dans son essai Le peuple. Fils de pauvre, l’historien y célèbre la « grande France muette », celle des obscurs, des sans-grade, des humbles ; « tous ceux-là qui gémissent ou souffrent en silence, tout ce qui aspire et monte à la vie, c’est mon peuple… C’est le peuple », ajoute celui qui était considéré comme l’« instituteur de la nation ». À l’instar de Michelet, les intellectuels, en particulier lorsqu’ils se définissaient comme de gauche, ont longtemps sublimé le peuple, en faisant l’âme de la nation, le héros de l’histoire, le parant, parfois de manière excessive, de toutes les vertus, l’instrumentalisant souvent. De même, les politiques parlaient en son nom quand bien même ils pouvaient agir contre ses intérêts. Dans tous les cas, le peuple était une figure incontournable. Ce temps est révolu.

Le peuple est désormais assimilé au populisme, diabolisé : c’est le peuple des « déplorables », des « sans-dents », de « ceux qui ne sont rien », qui « fume des clopes et roule en diesel ». Son existence même est niée, y compris par une partie de la gauche. « Le peuple, oui, mais qu’est-ce que le peuple ? » répète-t-on. « Les masses populaires, les nationaux, la populace ? » ; « Les élites ne font-elles pas partie, elles aussi, du peuple ? ». Pour Pierre Rosanvallon, le peuple serait « introuvable », car « pluriel ». Le professeur au Collège de France y voit une « fiction » ou une « construction » instrumentalisée par la droite réactionnaire ou la gauche radicale. Au concept de peuple, il préfère celui de « société des individus ». S’il est vrai que...

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