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Notre langue contre la pensée unique Abonnés

Le français fut jadis la langue la plus prestigieuse du monde occidental, avant d’être progressivement supplanté par l’anglais qui tend aujourd’hui à s’imposer comme un mode de communication international quasi hégémonique. La diversité des langues représente pourtant un enjeu crucial, car elle garantit aussi la diversité des modes de pensée. La promotion de notre langue nationale joue dès lors un rôle décisif dans la pérennité de notre culture, tout comme la promotion des langues régionales garantit à nos provinces la préservation de leur caractère et de leurs spécificités.

Notre langue contre la pensée unique


F.P. :

Il fut un temps où, comme le rappelait votre collègue du Collège de France récemment disparu Marc Fumaroli, « l’Europe parlait français ». Le français était la langue de la diplomatie et jouait un grand rôle au niveau international, un rôle comparable à celui de l’anglais aujourd’hui. Dans quelles circonstances historiques le français est-il devenu une langue dominante et pourquoi a-t-il ensuite perdu de sa superbe ?

CLAUDE HAGÈGE :

Contrairement à ce que l’on entend souvent dire, ce ne sont pas des traits internes propres au français qui ont fait de lui une langue dominante à l’âge classique, mais des circonstances politiques, économiques et sociales liées à une époque particulière de l’histoire. Déjà, du XIIIe au XVe siècle, les conquêtes militaires françaises en Italie et en Orient avaient conféré au français un statut de prestige. Mais c’est surtout à partir du règne de Louis XIV, c’est-à-dire autour du début des années 1660, que la suprématie des armes françaises, par rapport à d’autres puissances européennes comme l’Autriche ou l’Espagne, ainsi que le rayonnement de la monarchie versaillaise assurent à la langue française prestige et éclat. À cela s’ajoute une pléiade d’écrivains, de Descartes à Fénelon en passant par les trois dramaturges (Corneille, Molière et Racine), par Boileau, Bossuet et d’autres, qui accroissent encore ce prestige. En 1714, le traité de Rastatt entre Louis XIV et Charles VI est, pour la première fois, rédigé en français, et non plus en latin. Cependant, lorsque paraît en 1783 le Discours sur l’universalité de la langue française de Rivarol, le traité de Paris, en 1762, a déjà évincé le français en Amérique du Nord au profit de l’anglais, dont la diffusion, bien au-delà des cours européennes, va s’étendre au monde. Les deux guerres mondiales l’accroîtront encore au XXe siècle.

F.P. :

Aujourd’hui,...

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