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Le piège de l'indigénisme Abonnés

Dans son dernier essai, le « nouveau philosophe » s’alarme des théories néoracialistes importées des États-Unis qui se répandent de plus en plus à l’université, mais aussi dans certains médias et partis progressistes. Et s’inquiète des tensions qu’elles pourraient provoquer entre Français et immigrés extra-européens.

Le piège de l'indigénisme

F.P. :

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le « décolonialisme » ?

PASCAL BRUCKNER :

L’effondrement des gauches européennes, communisme et social-démocraties comprises, a laissé la place à une nouvelle trinité venue des campus américains : le découpage de l’humanité selon le genre, la race, l’identité. La lutte des races se substitue à la lutte des classes, les minorités s’affichent en nouveaux damnés de la terre, la couleur de peau, l’orientation sexuelle deviennent le critère ultime. Au fondement de cette doctrine, l’idée, chère à Camilla Jordana, que l’homme blanc, hétérosexuel, est la cause de tous les maux de la terre depuis les origines.

F.P. :

Mais ne doit-on pas reconnaître, tel Emmanuel Macron, l’existence d’un « privilège blanc » ?

PASCAL BRUCKNER :

Il y a des privilèges dans nos sociétés, mais liés avant tout au pouvoir économique et politique : en outre, parler de « privilège blanc » comme Macron, c’est attraper au vol, comme on attrape un papillon, un fragment de cette nouvelle idéologie qui flotte dans l’air et est surtout reprise par les fractions de la haute bourgeoisie. Comme il est reposant de parler de « privilège blanc » au lieu de s’attaquer aux privilèges de l’argent, de la finance, des prébendes diverses ! Les Gilets jaunes, les agriculteurs prolétarisés, les classes ouvrières apprécieront ce déplacement des vrais problèmes. Parler de « privilège blanc », c’est détourner l’attention, procéder à une distraction.

F.P. :

On dit que cette pensée, surtout présente sur les campus américains, a une filiation directe avec le gauchisme français des années post-68. Êtes-vous d’accord ?

PASCAL BRUCKNER :

Oui ces doctrines viennent directement de la French Theory des années 70 élaborée par Michel Foucault, Gilles Deleuze, Félix Guattari et surtout Jacques Derrida, avec sa dénonciation de l’Occident comme étant le lieu du «...

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