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"La France contre les robots" de Georges Bernanos Abonnés

OPINION. Il y a soixante-dix-huit ans, Georges Bernanos écrivait La France contre les robots, une charge passionnée contre le règne de la technique, que l'auteur antimoderne voyait comme un abandon de la liberté de chacun. 

"La France contre les robots" de Georges Bernanos


“Obéissance et irresponsabilité, voilà les deux Mots Magiques qui ouvriront demain le Paradis de la Civilisation des Machines. La civilisation française, héritière de la civilisation hellénique, a travaillé pendant des siècles pour former des hommes libres, c’est-à-dire pleinement responsables de leurs actes : la France refuse d’entrer dans le Paradis des Robots”

À la lecture de cet "écrit de combat", nous sommes immédiatement frappés par la contemporanéité du texte, tant Bernanos a été clairvoyant, nous éclairant davantage sur notre société moderne que nombre de ses prétendus successeurs. La France contre les robots a pourtant été écrit en 1944...

Il nous touche par sa simplicité (au sens bernanosien), par son “bon sens”, qualité à laquelle il rend un hommage appuyé dans l’avant-propos de ce livre.

Point de chiffres, de raisonnements purement rationnels, mais une intuition. C’est une intuition de bon sens – ou de génie – qu’il développe : la cause de cette société moderne infâme est le renoncement de l’Homme à la liberté. Il se demande si la civilisation des "Machines" est une étape (du Progrès) ou si elle n'est pas plutôt « le symptôme d’une crise, d’une rupture d’équilibre, d’une défaillance des hautes facultés désintéressées de l’homme, au bénéfice de ses appétits ».

C’est une véritable apologie de la liberté, opposée absolument à cette “Civilisation des Machines” issue de ce renoncement et qui pousse à s’y enfoncer encore plus loin : un “monde gagné pour la Technique est perdu pour la Liberté”.

Une servitude volontaire donc, qui peut nous faire penser à La Boétie lorsqu’il écrivait : "C’est le peuple qui s’asservit, qui se coupe la gorge, qui, ayant le choix d’être serf ou d’être libre, abandonne sa liberté [...]. C’est le peuple qui consent à son mal ou plutôt le recherche. »

Pour Bernanos aussi, les hommes ne veulent pas être libres, « ils trouvent la liberté belle, ils l’aiment, mais ils sont toujours prêts à lui préférer la servitude qu’ils méprisent, exactement comme ils trompent leur femme avec des gourgandines. Le vice de la servitude va aussi profond dans l’homme que celui de la luxure, et peut-être que les deux ne font qu’un. Peut-être sont-ils une expression différente et conjointe de ce principe de désespoir qui...

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