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Hercule : l’explosif épilogue de la trahison des clercs

EXPERTISE. Victime d’un sabordage planifié par nos gouvernements successifs, depuis le début des années 90, l’un des plus beaux joyaux industriels français de l’histoire est sur le point de connaître le lamentable destin de l’armée de Gamelin, en juin 40.

Hercule : l’explosif épilogue de la trahison des clercs

Victime d’un sabordage planifié par nos gouvernements successifs, depuis le début des années 90, l’un des plus beaux joyaux industriels français de l’histoire est sur le point de connaître le lamentable destin de l’armée de Gamelin, en juin 40. La salve devant lui porter le coup de grâce et l’envoyer vers le fond de l’ignominie est réputée être le 13èmetravail d’Hercule ou plutôt sa première basse besogne. Mais les innombrables responsables et complices de celle-ci ne perdent rien pour attendre, car le tourbillon provoqué par l’engloutissement de l’irremplaçable outil ne va pas manquer d’entraîner avec lui l’enviable statut de ses servants et de leurs ainés inactifs, de mêmes que, chez leurs compatriotes, celui d’usager privilégié de l’électricité la plus abondante et la moins chère d’Europe.

Comment en est-on arrivé là ? Tout a commencé avec une installation de Gilles Ménage à la tête d’EDF, par François Mitterrand, ouvrant l’ère de la nomination politique des PDG de l’opérateur historique, dès lors chargés d’exécuter une feuille de route rédigée par l’exécutif. Au fil des années, une instruction de plus en plus insistante de ce dernier a demandé à l’homme lige de ne guère résister à la volonté bruxelloise à dominante anglo-saxonne d’ouvrir à la concurrence le marché français de l’électricité.

La ficelle était pourtant grosse que, dans un premier temps, nos vichystes au pouvoir, dès la fin des années 90, firent semblant de ne pas déceler, pour ensuite s’en faire ouvertement les manipulateurs : par ce biais, Die Grünen déjà tout puissants au Bundestag et au gouvernement fédéral d’Outre-Rhin ne visaient rien d’autre que la disqualification d’un complexe électronucléaire français en présence duquel leur mirobolant projet de transition énergétique éolienne et photovoltaïque n’avait aucune chance de prendre pied dans un marché concurrentiel digne de ce nom. Ne pouvant réussir totalement leur coup sans organiser la falsification légale du caractère « libre et non faussé » dudit marché, il leur fallait en trouver les complices chez les partenaires de l’UE. De la Suède à l’Italie et à l’Espagne, ils n’eurent aucune peine à les recruter, mais trouvèrent les plus efficaces chez des janissaires de la Commission dont l’arme dévastatrice de l’unbundling fit des ravages dans nos systèmes industriels intégrés, contraints de faire des entreprises séparées de leurs secteurs production et distribution.

Chez nous, Die Grünen n’eurent même pas à formuler leurs désirs : la gouvernance écolo socialiste de Jospin-Voynet les devança avec zèle, s’auto saisissant de la mission. Dès le 10 février 2000, était votée la scélérate loi Cochet encore en vigueur, obligeant EDF à acheter à prix d’or des courants éolien et photovoltaïque devenus prioritaires sur le réseau, après que, au 1er février de la même année eut été créé un RTE ( Réseau de transport d’électricité ) chargé de mettre techniquement en musique la soi-disant concurrence.

Dès lors, l’exsanguination d’une EDF ainsi mise en coupe réglée était institutionnellement en marche, de même que le racket des consommateurs et des contribuables français ; le tout à coups de milliards de subventions de toute nature aux énergies renouvelables. Le point d’orgue de l’infamie fut la promulgation de la loi NOME (Nouvelle Organisation du Marché de l’Électricité), le 7 février 2010, instituant une ARENH (Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique) imposée par les technocrates bruxellois (1) et obligeant l’opérateur historique à céder à ses concurrents et à prix coûtant un quart de sa production électronucléaire… récemment passé à 3/8 ! Coût pour l’électricien : 2 milliards d’euros par an.

En 2005, la malhonnêteté, l’inconscience et l’impéritie combinées de nos pouvoirs publics allèrent jusqu’à privatiser partiellement une EDF asséchée comme décrit précédemment, de surcroît privés de droit de regard sur la détermination de tarifs totalement administrés à Matignon. La malversation apparaît trop flagrante pour ne pas comprendre l’abstention des petits porteurs aujourd’hui grugés des 2/3 de leurs mises à ne pas traîner EDF et l’État devant les tribunaux.

Bref, on ne doit pas être surpris que les compétences et l’expertise nucléaires de l’opérateur historique aient été les premières à faire les frais d’un aussi constant dépouillement de ses forces vives. L’enlisement du chantier EPR de Flamanville en est la traduction d’autant plus consternante que, depuis une paire d’années, deux exemplaires du réacteur de 3ème génération sont exploités en Chine, à pleine puissance. Toutefois, non seulement on commettrait une grave erreur en n’attribuant qu’à cette perte de compétences l’explosion à 12 milliards d’euros du budget initial, mais il convient de rapprocher cette somme des quelque 5 à 6 milliards d’euros annuels de subventions aux renouvelables…

Ainsi donc, avec son projet Hercule, Emmanuel Macron prétend-il avoir trouvé la martingale permettant à la filière nucléaire française et à la sécurité d’approvisionnement électro énergétique du pays de sortir de l’ornière par le haut ; le même Macron qui, ministre de Manuel Valls, défendait bec et ongles l’investissement d’EDF dans la construction de deux EPR à Hinkley Point et qui, candidat à la présidentielle, acheta les voix écolos au prix exorbitant de la reconduction de la loi de transition énergétique royale, première cause des malheurs d’EDF.

Hercule se résume à la séparation d’EDF en deux entreprise distinctes : l’une, EDF bleu, totalement nationalisée, prenant en charge nos industries électronucléaire et électro hydraulique ; l’autre, EDF vert, totalement privatisée, se chargeant de tout le reste, notamment du distributeur Enedis et des énergies renouvelables. À première vue, pourquoi diable qualifier une telle mutation d’explosive ?
Tout bonnement, parce que, sur le papier, aucune des deux entreprises n’est rentable ou ne présente de réelle présomption d’avenir pérenne, le tout portant en germe de graves troubles sociaux, à moyen terme :

- Sous la férule de l’État engagé dans un programme de transition énergétique dont on peut faire confiance à des Verts très introduits en haut lieu pour qu’il soit scrupuleusement mis en œuvre, le budget nucléaire d’EDF bleu, à l’instar de celui de la défense, fera d’autant plus office de variable d’ajustement que le parc national prévoit de compter moins de réacteurs.

- Quant à la branche « renouvelables » d’EDF vert, chacun sait que, tenue partout dans le monde à bout de bras par la subvention d’État, elle se casse et s’effondre partout où cette dernière disparait. Croyons-nous sérieusement que l’État français va continuer longtemps à remplir par dizaines de milliards un tonneau des Danaïdes en ayant déjà vu passer largement plus d’un centaine ?!

En tout cas, une chose est d’ores et déjà sûre : avec Hercule, fini la péréquation tarifaire sur l’ensemble du territoire et fini le courant bon marché ! Il est vrai que, en responsabilités, les fils et filles spirituels des Voynet, Hulot et autre Royal n’ont pas attendu Hercule pour engager leur pays sur la voie de la vertu et de la sobriété énergétiques : 7 % de hausse du prix du KWh, en 2019, 2,4 % au 1er février 2020, 1,54 % au 1er août 2020… Une électricité française 30 % moins chère que la moyenne européenne, en 2010, seulement 17 % moins chère en 2016. Bref, un chemin de croix à peine entamé que ce seul chiffre suffit à illustrer : 30 % d’augmentation depuis 2010.

Après tout, n’est-ce pas là la transition ardemment appelée des vœux d’une majorité de Français ?!..

Pour le reste, nous sommes quelques anciens à attendre aux tournant des syndicats EDF dont on attend de voir ce qui, à leurs yeux, mérite le plus la mobilisation, entre Fessenheim et le statut des personnels.

(1)  Marcel Boiteux, le plus probe et le plus remarquable des PDG d’EDF a déjà apporté la preuve que cette inique décision n’a aucune légitimité, car ni le consommateur, ni le contribuable français n’ont participé d’une manière ou d’une autre au financement du parc existant. Seul un emprunt remboursé rubis sur ongle par l’entreprise s’en est chargé.

Par ailleurs, la récente mise en demeure ci-après de l’État français est proprement intolérable

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