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La recherche et l’enseignement supérieur français poursuivent leur lent déclin Abonnés

ARTICLE. Dans une récente étude, l’Institut Montaigne dresse le tableau d’un enseignement supérieur français qui se dégrade, semble-t-il inexorablement. Cela serait en partie la conséquence d’un manque de financement par rapport à la concurrence internationale. La France n’a-t-elle donc plus les moyens de jouer les premiers rôles ?

La recherche et l’enseignement supérieur français poursuivent leur lent déclin
Publié le 13 avril 2021

L’enseignement supérieur et de recherche est dans le collimateur de l’Institut Montaigne. Le think tank indépendant, d’inspiration libérale, met en avant les grandes carences du modèle économique de l’enseignement supérieur français. Et pour cause : France sous-investit. En 2017, la dépense intérieure de Recherche et Développement (DIRD) correspondait à 2,2 % de son PIB. La même année, la Suède y investissait 3,4 % de son PIB, et les États-Unis, 2,8 %. La comparaison est cruelle.

Certes, c’est toujours mieux que la moyenne de l’UE (1,6 % en 2000, 1,9 % en 2017), mais la France n’est-elle pas censée être l’un des moteurs mondiaux de la recherche ? Voir l’écart avec la moyenne globale européenne se résorber ne peut qu’inquiéter. D’autant que nos voisins allemands n’ont, eux, pas hésité à investir massivement : entre 2000 et 2017, ils sont passés de 2,4 % à 3,1 % du PIB destiné au DIRD. Soit une progression de +0,7 % contre seulement +0,1 % en France !

Non seulement l’investissement par rapport au PIB français souffre de la comparaison avec les autres pays, mais en plus, notre pays diminue proportionnellement son investissement par individu. Ainsi, entre 2010 et 2016, là où pour l’ensemble des pays de l’OCDE, la dépense moyenne par étudiant progressait de 8 %, elle diminuait de 5 % chez nous. À titre de comparaison, quand la France dépensait 14 270 euros par étudiant en parité de pouvoir d’achat (PPA), la Suède investissait 21 826 euros. Pire encore, si l’on s’attarde sur le seul cas de nos universités, ce chiffre tombe jusqu’à 11 470 euros. Soit son plus bas niveau depuis 2007, toujours selon le think tank.

Fatalement, il n’est pas surprenant de voir la France s’effondrer dans les divers classements internationaux. En 2020, elle n’est qu’en 10e position du classement de Shanghai, avec 30 établissements sur les 500 meilleures du monde. Seulement cinq intègrent le top 100 et le premier, l’Université Paris Saclay, est en 14e place. Petit motif de satisfaction, la France séduit toujours — mais pour combien de temps encore ? —  à l’international. En 2018, 358 000 étrangers (dont la moitié en provenance d’Afrique, la proximité linguistique aidant) étaient inscrits dans l’enseignement supérieur en France, soit 13 % de l’ensemble des étudiants.

Mais ce succès n’est pas suffisant pour enrayer la baisse qualitative. Les étudiants sont confrontés à l’échec d’un système de l’enseignement supérieur qui peine à accorder une place à tous. Un étudiant sur cinq quitte l’enseignement supérieur sans diplôme, et seuls 30 % obtiennent une licence en trois ans. France Stratégie, institution autonome placée auprès du Premier ministre, chiffre le coût collectif de ces échecs à 500 millions d’euros par an. Mais ce n’est rien à côté du montant que l’Institut Montaigne considère comme nécessaire pour redresser la barre. Il faudrait investir pas loin de 1,5 % de PIB supplémentaires dans l’enseignement supérieur et la recherche, pour redevenir compétitif. Soit la bagatelle de 35 milliards d’euros supplémentaires.

Peut-être ainsi, pourrions-nous éviter l’exode de ces docteurs spécialistes, qui quittent notre territoire pour trouver de meilleures conditions de travail à l’international. Car enrayer ce flux constant de cerveaux qui fuient la France pour nourrir les forces vives d’autres pays plus généreux est devenu un enjeu vital. Un exemple : Emmanuelle Charpentier, prix Nobel de chimie 2020, est Française. Mais elle travaille à l’Institut Max-Planck, à Berlin. Interrogée en octobre par FranceInfo, elle avait alors déclaré : “Je pense que la France aurait du mal à me donner les moyens”.

Il est donc urgent que l’État investisse fortement dans ce domaine plus que stratégique. Notre souveraineté et notre rayonnement intellectuel semblent à ce prix.

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