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Quand la Russie sabre le champagne français Abonnés

ARTICLE. Vendredi 2 juillet, Vladimir Poutine a signé un nouvel amendement controversé de la loi sur la réglementation des boissons alcoolisées. Il prévoit que désormais, seuls les vins effervescents provenant de Russie pourront utiliser le mot « champagne », tandis que le véritable champagne français devra se satisfaire d’une appellation « vin à bulles » sur ses bouteilles. 

Quand la Russie sabre le champagne français
Publié le 6 juillet 2021

Mauvaise nouvelle pour la filière du champagne français. Si les vins de Champagne exportés en Russie conserveront le droit exclusif d’utiliser l’appellation « Champagne » en caractères latins sur l’étiquette, ils devront renoncer à sa version cyrillique pour lui préférer le terme de « vins pétillant » ou « vin mousseux » sur la contre-étiquette. « Scandale ultime » pour le directeur général du Comité Champagne, mesure « protectionniste et patriotique » pour Moscou.

L’objectif du Kremlin : promouvoir le pétillant fabriqué dans le pays depuis près d’un siècle – ainsi que la production traditionnelle criméenne, depuis son ouverture au marché russe en 2014. Les bouteilles distribuées sans changement d’appellation pourront désormais être tenues pour contrefaites.

Une diplomatie du champagne ?

L’appellation « champagne » est loin d’être inconnue dans l’histoire de la Russie, utilisée sans complexe et pour toutes sortes de vins à bulles. Que l’on se rappelle d’un Staline faisant créer à la fin des années 1930 ce fameux « champagne soviétique » produit en masse, dans l’idée de le rendre accessible au plus grand nombre. Après la dissolution de l’Union soviétique, les sociétés privées russes, biélorusses, moldaves et ukrainiennes ne s’étaient pas privées d’utiliser l’appellation comme nom de marque et ainsi de reprendre la production.

Une véritable guerre du champagne était déclarée avec le Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC), bien décidé à protéger cette appellation d’origine contrôlée (AOC) menacée dans le monde entier. La question d’une diplomatie du champagne se pose avec Moscou, à l’heure où les relations se dégradent entre les deux pays.

La guerre des bulles entre LVMH et la Russie n’aura pas lieu

Ainsi cet amendement se donne pour objectif de mettre en valeur la production locale de vins pétillants. Et notamment la production issue de la Crimée, producteur ancestral du breuvage, revigorés à la suite de l’annexion de la péninsule en 2014 et leur ouverture au marché russe. Serons-nous étonnés d’apprendre que le leader de la production de champagne russe basé en Crimée est un grand ami du président Poutine ?

Face à la nouvelle, le Français LVMH Moët-Hennessy —qui possède les marques de champagne français Veuve Cliquot, Moët et Chandon et Dom Pérignon— n’a pas tardé à appliquer la nouvelle législation russe pour assurer l’exportation de ses bouteilles sur le marché de Russie, relaie le quotidien en ligne russe gazeta.ru.

Et c’est peu dire : l’entreprise en question n’a pas mis plus de deux jours pour s’accorder à la nouvelle législation russe. Mais pour l’heure, les livraisons sont suspendues, et reprendront « au plus vite, dès que les correctifs seront effectués ». Dans un courrier destiné à ses clients russes, l’entreprise française avait annoncé devoir renouveler la certification de ses produits, qui devrait lui coûter plusieurs millions de roubles.

De son côté, le président de l’Union des viticulteurs de Russie, Leonid Popovitch, assimile la réaction de la compagnie Moët Hennesy à du « chantage », rappelant d’après lui que « deux autres dizaines de producteurs livrent du champagne en Russie, et aucun d’entre eux ne s’est formalisé ». Et d’estimer qu’« en Russie, le vin pétillant n’est pas moins bon. Nos consommateurs n’en manqueront pas, ils trouveront la même qualité ».

Pour rappel, la Russie importe près de 50 millions de litres de vin pétillant et de champagne par an. Le champagne français représente 13% du total de ces importations.


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