cultureRobotsabonnés

Relire Bernanos : La France contre les robots

10/10/2020

DEBATS. Georges Bernanos a écrit en 1947 un pamphlet au vitriol contre une France machinisée, en pleine déliquescence, où la liberté n’est plus qu’un vain mot. Et si ce visionnaire avait eu raison un demi-siècle avant tout le monde ?

Relire Bernanos : La France contre les robots

Nous célébrons le progrès, nous nous félicitons de vivre en démocratie, nous affirmons – et à bon droit – notre liberté grande et nous avons, miracle du troisième millénaire naissant, installé comme nouvel horizon indépassable le vivre-ensemble (dont le trait d’union souligne le sens intense du lien).

Il existe une voix dissonante dans ce chœur de satisfaction, celle d’un farouche contempteur de cette modernité galopante et réjouie d’elle-même : c’est la voix tonnante et détonante de Georges Bernanos, qui publie en 1947 son pamphlet La France contre les robots.

Le livre, au sortir de la Seconde Guerre mondiale – la pire que les hommes se soient jamais infligée à eux-mêmes – fait l’effet d’une bombe : au lieu de chanter les lendemains enchantés, au lieu de claironner la paix retrouvée et les affaires qui reprennent, un imprécateur, animé d’une froide colère, vient faire le procès du progrès et, tel un Ézéchiel aux yeux grand ouverts, met en garde ses concitoyens – ses frères humains – contre ce nouvel ennemi qui pointe son mufle et qui met tout son art à faire croire qu’il n’existe pas.

Bernanos, avec une lucidité quasi prophétique, fait entendre un réquisitoire aussi inouï qu’inaudible. S’adressant à ses contemporains aveuglés, qu’il appelle avec une bienveillante rage « les imbéciles », il prononce cette sentence massue : « On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. Hélas ! la liberté n’est pourtant qu’en vous, imbéciles ! »

Le mot clé est donné : conspiration. Il y a un conspirateur, il y a une victime : il y a une machination, il y a une cible ; il y a un manipulateur, il y a une proie. On l’a compris...

Contenu réservé aux abonnés

66 % de ce contenu restent à découvrir !

Pour le consulter, vous devez vous connecter ou vous abonner.

Chargement des commentaires...

Vous aimerez aussi

FP+