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Décentralisation
Sortir du jeu de dupes Etat/Régions

A quand une grande réforme territoriale permettant enfin de sortir la France du centralisme dans lequel elle reste enlisée depuis trop longtemps et qui se trouve aujourd’hui renforcé par l’exercice du pouvoir d’Emmanuel Macron?

Sortir du jeu de dupes Etat/Régions
François HULBERTGéographe
Publié le 24 juin 2020

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La gestion centralisée de la crise sanitaire par l’Etat et le gouvernement a montré ses limites et ses incohérences, et les initiatives locales et régionales leur pertinence. Paris a eu besoin des régions, au point que Le Monde dans une chronique du 3 juin dernier a titré sur "La revanche de la province". Revanche bien passagère toutefois si elle ne se transforme pas en un mouvement des élus territoriaux exigeant un nouveau partage des pouvoirs et des moyens entre la capitale et les régions, c’est-à-dire une véritable décentralisation.

Depuis des décennies, tous les gouvernements de droite comme de gauche ont eu des ministères en charge de la décentralisation. Pourtant la concentration à Paris des pouvoirs et des moyens reste entière, tout comme le grand déséquilibre démographique, économique et politique entre l'Ile de France et le reste du pays.  L’organisation centralisée du territoire s’est même renforcée avec le développement des réseaux aériens et ferroviaires (TGV) centrés sur Paris. Les collectivités territoriales ont contribué de multiples façons à la mise en place de ces réseaux qui consolident le centralisme par la multiplication des liaisons quotidiennes avec Paris.  

Comment accorder de la crédibilité aux élus locaux et régionaux qui pratiquent ce double jeu consistant à accroître leurs liens avec la capitale, tout en déplorant leur dépendance croissante à l’Etat central et leur manque d’autonomie? Se contentant le plus souvent de gémir et de subir, au lieu de s'unir pour agir autrement, les collectivités territoriales sont devenues les complices du centralisme.  

Les régions, les départements, les villes ont toujours conçu leur désenclavement par rapport à Paris, alors qu’il pourrait en être autrement si de véritables métropoles existaient dans l’hexagone. Mais pourquoi créer des métropoles dignes de ce nom, avec de grands équipements et services de haut niveau,  puisque Paris les concentre en les rendant de plus en plus accessibles? Dans bien des cas il est souvent plus aisé et rapide de s’y rendre que d’atteindre sa capitale régionale ou une grande ville de sa région.   

Le statut de métropole régionale est d’abord défini et octroyé par l’Etat central. Les agglomérations se sont battues pour l’obtenir et bénéficier des subventions et dotations qui s’y rattachent, feignant d’ignorer que ce type de fonctionnement ne leur donne aucun pouvoir de décision dans le sens d’une décentralisation véritable. Prises dans leurs contradictions, les régions ont toujours accepté ce mécanisme piégé qui permet à Paris de continuer à régner sans partage sur l’hexagone.

Les politiques visant la décentralisation et le rééquilibrage du territoire apparaissent alors comme un jeu de dupes auquel ont toujours accepté de participer les régions. Dans une France vraiment décentralisée les collectivités territoriales devraient pouvoir s’appuyer sur de vraies métropoles régionales au lieu de se référer sans cesse à Paris.

Les régions vont-elles encore longtemps tolérer les injustices territoriales comme celle qui permet depuis de nombreuses années au ministère de la multure de consacrer plus de 50% de son budget à Paris et à l’Ile-de-France? Vont-elles continuer à collaborer avec système centralisateur qui a permis à l’agglomération parisienne d'augmenter son PIB par habitant de 3% par ans entre 2008 et 2016, alors qu’il stagnait dans le reste du pays? Vont-elles réagir à la mesure de l’enjeu face au projet du Grand Paris, défini comme une priorité nationale par Emmanuel Macron et qui va engloutir des milliards d’investissement  en cherchant à faire croire aux retombées en régions des politiques de polarisation sur Paris et l’Ile-de-France, alors que les régions savent bien que du festin du Grand Paris elles n’auront que les miettes?

Dans ces conditions que peut-on attendre du "projet de loi 3D" (Décentralisation, Différenciation,  Déconcentration), nouvel emballage de trois concepts ayant perdu toute crédibilité, usés et dénaturés qu’ils sont par l’usage qu’en ont fait depuis des décennies les politiques à tous les niveaux de la pyramide centralisée du millefeuille territorial, alors que la véritable décentralisation est un chantier en déshérence dont on ne voit jamais l’aboutissement?

Ce dont la France a besoin ce n’est pas d’une énième relance de la décentralisation qui, comme les précédentes, ne toucherait pas à cette concentration de pouvoirs et de moyens, d’infrastructures et d’équipements à Paris et au sommet de l’Etat.

Décentraliser "pour de vrai", c’est dégraisser l’Etat central en lui enlevant une partie des compétences, ressources et moyens qu’il détient pour les attribuer aux régions et aux collectivités locales. Les régions doivent acquérir une autonomie de fonctionnement leur permettant de jouer un rôle d’égal à égal avec les autres régions européennes dont les budgets sont généralement de 10 à 20 fois supérieurs.  

Il ne s’agit donc pas de donner plus de pouvoirs aux préfets et d’avoir en régions davantage de fonctionnaires d'Etat, appliquant des politiques venues d’en haut et renforçant encore la centralisation du système. Il ne s’agit pas non plus d'accroître et de réformer les services de l’Etat en régions, comme par exemple les Agences régionales de santé qui sont des sortes de "préfectures sanitaires" chargées d'appliquer la stratégie nationale. Il faut au contraire, et parallèlement aux nouvelles fonctions dont devraient s'emparer les régions, réduire celles de l’Etat central et le nombre de ses représentants: un préfet par région, secondé d’un sous-préfet par département, permettrait de ramener leur nombre à une centaine au lieu de 400 aujourd’hui.

Quant à la remise en cause du Sénat, une réforme pourrait consister à le remplacer par un Sénat des régions. Avec un sénateur par département, élu par les citoyens, ce nouveau Sénat formerait une assemblée comprenant une centaine de parlementaires au lieu de 348 actuellement.

A quand une grande réforme territoriale permettant enfin de sortir la France du centralisme dans lequel elle reste enlisée depuis trop longtemps et qui se trouve aujourd’hui renforcé par l’exercice du pouvoir d’Emmanuel Macron?

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