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Le digital au service de Big Brother

Sous le prétexte fallacieux de nous protéger et de nous divertir, les outils numériques, totems de la Start Up Nation, contribuent à rendre notre société toujours plus orwellienne.

Le digital au service de Big Brother
Paul MELUNEssayiste (Abonné)
Publié le 27 juin 2020

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Pierre après pierre, insidieusement et tranquillement, l’âge de la surveillance de masse se propage dans les démocraties libérales. La récente crise sanitaire illustre ce constat. A l’avenir, la mainmise technologique risque de prendre une ampleur inédite et contraindre les peuples à d’importantes privations de libertés.

Des signaux inquiétants

L’Asie du sud-est, à commencer par la Chine, incarne le foyer visible du contrôle des masses. Régulièrement pointés du doigt, ces Etats ont été parmi les premiers à utiliser le traçage des populations et la notation des comportements humains. Pendant l’épidémie du COVID-19, la République de Singapour, pourtant réputée libérale, a expérimenté les robots de surveillance dans les parcs. Ces nouveaux policiers non-humains étaient chargés de faire respecter la distanciation sociale. Dans le même temps à Taïwan, le traçage numérique a été rendu possible par les opérateurs téléphoniques qui ont fait usage des données de localisation pour suivre les personnes.

Si l’Etat français a d’abord porté un regard suspicieux et désapprobateur sur ces méthodes, il a finalement donné son feu vert pour la mise en place de l’application de traçage "StopCovid". Face aux réticences de la population, le téléchargement de l’outil a été basé sur le volontariat. En dépit de cela, l’application de tracking, mise en place le 2 juin, est un échec. Seuls 2% des Français l’ont téléchargé. Ce camouflet illustre la singularité du peuple français et la permanence de son histoire jusque dans ses instincts de méfiance les plus anodins. Face à un monde où la technologie va plus vite que la morale, les "Gaulois réfractaires" deviennent le plus bel espoir d’une nation unique en son genre: La France.

La surveillance technologique s’inscrit dans un contexte de contrôle de la pensée

Le contrôle des masses par des outils "innovants" participe de la surveillance idéologique déjà à l’œuvre dans les démocraties libérales. Si la raison sanitaire est invoquée pour les robots-policiers ou le traçage, c’est désormais au nom du Bien que l’on censure les propos, les films ou les livres. Dans les deux cas, la dynamique est la même: restreindre la liberté.

Dans le même temps, l’Occident se déchire autour de ses statues, de ses films ou de ses œuvres d’arts. Tantôt jugée raciste, quelques fois sexiste, la culture classique est désormais clouée au pilori par les nouveaux inquisiteurs du progressisme.

Les deux piliers de la dépendance technologique

Pour ériger la civilisation de la dépendance technologique, le camp progressiste s’appuie sur deux piliers quasi-inébranlables: le sentiment de protection et le divertissement.

La protection offre aux populations l’illusion réconfortante mais artificielle d’être préservées. Ainsi les smartphones peuvent, par exemple, calculer le nombre de pas parcourus sur une journée et en déduire, selon le poids ou la taille, le nombre de calories brulées. Pour être en bonne santé et éviter la sédentarité, l’utilisateur de ces applications renseigne plusieurs éléments médicaux à une tierce personne sans savoir où iront ses données. Comme dans l’univers orwellien, les mots sont détournés, ainsi on ne parle plus de "vidéo-surveillance" pour évoquer les caméras qui jalonnent les rues mais de "vidéo-protection". Plus rien ne s’oppose à la surveillance, du moment qu’elle revêt le doux mot de "protection".

Le divertissement est certainement le pilier le plus redoutable de la dépendance technologique. Dans ce modèle, indissociable du capitalisme et de la mondialisation, les citoyens sont infantilisés et deviennent les consommateurs apathiques d’objets connectés occasionnant chez eux une dépendance rapide et puissante. Les assistants personnels, comme Amazon Alexa, favorisent ce mouvement de surveillance ludique et volontaire. Les nouveaux objets connectés sont drôles et permettent de "faciliter la vie" à ceux qui se les procurent. Adoptés par les foyers, ils seront autant de leviers à actionner pour contrôler les comportements humains. De la même manière, les citoyens délèguent à l’algorithme de Tinder le soin de trouver l’amour ou à celui d’Uber Eat de les nourrir, et par ces outils, abandonnent leur liberté individuelle de choisir, leur discernement.

L’espoir de la souveraineté individuelle

Comme la souveraineté nationale est indispensable pour répondre aux défis du XXIème siècle, la souveraineté individuelle est la condition de la liberté de tout être humain. Celui qui n’est pas libre pour lui-même ne peut l’être pour sa patrie.

La souveraineté des citoyens n’est pas seulement la condition indispensable de la démocratie, elle est aussi l’aboutissement le plus noble d’une civilisation humaine, une part de ce qui lui confère sa grandeur et sa singularité.

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