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Réindustrialiser, est-ce possible ?

La crise du Coronavirus a mis en exergue un manque certain de produits de première nécessité en cas de crise sanitaire majeure. Peut-on encore entrevoir une possible réindustrialisation de la France?

Réindustrialiser, est-ce possible ?
Serge MALETInformaticien (Abonné)
Publié le 29 juin 2020

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La crise du Coronavirus a mis en exergue un manque certain de produits de première nécessité en cas de crise sanitaire majeure. Nous n’avions pas de masques, nous n’avions pas suffisamment de respirateurs, nous n’avions pas assez de lits médicalisés et équipés, etc. Nous n’avions pas parce que nous ne fabriquons plus ces produits ou très peu.

Conséquence ou prise de conscience, depuis plusieurs semaines on parle de réindustrialisation ! Mais ce mot faisant aujourd’hui, semble-t-il, une belle unanimité, appelle par sa simple utilisation à une autre question : pourquoi en sommes-nous là ? La réponse, nous allons le voir n’est pas si simple !

A mon sens, le premier élément de réponse repose sur le dénigrement des métiers manuels ou artisanaux comme les plombiers, les électriciens, le bâtiment, les métiers de bouche (serveurs, poissonniers, bouchers), etc. Pourtant il fut un temps où les compagnons, les artisans, les bâtisseurs de cathédrale étaient connus et reconnus.

Personnellement, dans les années 70, mes parents étaient traumatisés par le risque que j’échoue (au sens « échouage ») dans un bleu de travail en lieu et place d’une chemise à col blanc. A leurs yeux, les uns étaient le symbole de la réussite, les autres celui de l’échec ! Hélas pour eux j’ai (dû ?) dérivé dans un collège technique. Et pour tous ceux avec qui je partageais les cours, nous vivions une situation d’échec, au mieux d’indifférence. Nous étions là, non pas parce que quelques personnes attentionnées pensaient que c’était une bonne idée, une bonne trajectoire qui permettrait de poursuivre des études, non, nous étions là parce que c’était mieux que rien, voix de garage idéale !

Et le monde est passé de l’ère industrielle à l’ère des métiers du tertiaire, de la localisation des industries à leur délocalisation. Et nos gouvernants et « biens pensants », nous ont expliqué que nos chères têtes blondes devaient elles aussi évoluer vers des métiers à haute valeur ajoutée. C’est alors, et c’est une bonne chose, que ce sont développées les études en alternance. Mais là aussi dans ce type de parcours scolaire où on apprend un métier en même temps que de poursuivre ces études, très vite le clivage bien connu entre parcours technique et intellectuel s’est mis en place.

Combien de fois a-t-on promu les masters commerciaux, les filières marketing et autres filières de gestion alors que les parcours d’alternance technique étaient proposés à minima ? (Et encore fallait-il bien fouiller les documentations ou sites web pour commencer à trouver de l’information !)

Combien de fois a-t-on dit à ces étudiants que le cursus masters 2, analyse marketing allait leur procurer des salaires mirobolants dès le premier jour ?

Il ne s’agit évidemment pas d’opposer un cursus à un autre, ce serait stupide, mais de constater, à regret, que la promotion de l’un dépasse largement ce qui se dit de l’autre.

C’est donc depuis 50 ans que nos dirigeants et « sachants » creusent le fossé de ceux qui font un parcours dit intellectuel a contrario de ceux qui font un parcours dit technique (au mieux pour ceux qui y réussissent, au pire un parcours jonché d’échec pour beaucoup d’entre eux). J’entendais il y quelques jours le ministre de l’Education, à propos de la reprise des écoles, dire qu’il fallait reprendre rapidement les cours dans l’enseignement technique, enseignement où l’on rencontre le plus fort taux de décrocheurs. Et même si cette affirmation est vraie, il n’y a pas de raison de douter des paroles du ministre, l’image que véhicule ce propos ne peut être que perçue négativement.

Alors est-ce possible de réindustrialiser la France ? En avons-nous les moyens ? en avons-nous la volonté ? Et surtout, pour quelles industries ? Plusieurs pistes :

- Malgré ce que l’on dit, la France recèle de nombreuses industries. Le problème, c’est que l’on nous donne toujours en exemple les plus grandes : Airbus, Renault, Peugeot… Mais à côté de celles-ci de très nombreuses petites et moyennes (PME, PMI) produisent des biens plus ou moins technologiques selon leur destination. Déjà, une première mesure consisterait à les accompagner plus fortement financièrement. Était-il judicieux de donner du CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) aux très grandes entreprises au détriment des petites et moyennes entreprises et plus particulièrement celles du secteur industriel ?

- Il faut aussi considérer que nous produisons plus chers que nos voisins et plus encore si l’on se compare aux pays asiatiques. C’est ce point qu’il nous faut résoudre en priorité, car s’il ne l’est pas, renforcer nos industries et en créer de nouvelles ne servira à rien puisque personne n’achètera nos produits ! Peut-on imaginer des exonérations de charge à partir d’un certain seuil de salaire et factoriser avec un nombre de salariés dans l’entreprise ? Qui plus est, cette mécanique aurait pour mérite d’augmenter le pouvoir d’achat des bas salaires de l’industrie…

- Faire de l’enseignement technique, un enseignement attractif. À tout moment (présentation, documentation, orientation) les cursus qu’ils soient techniques ou généralistes doivent avoir la même place. Ici, un travail gigantesque doit être réalisé auprès des parents, des élèves, des enseignants, des conseillers d’orientation pour inverser fondamentalement ce qui se dit depuis plusieurs dizaines d’années.

- En parallèle, il faut se poser la question des industries que nous voulons développer. Faut-il construire des voitures électriques en quantité alors que nous ne savons ni fabriquer les batteries et moins encore les recycler ? En revanche, notre cher constructeur automobile en difficulté, ne peut-il fabriquer des bus et autocars propres en grande quantité ? Nous avons devant nous, au-delà du fait que ce soit une absolue nécessitée, de formidables opportunités de développer des industries dans le cadre de la transition écologique. De très nombreux axes de développement sont à imaginer dans le recyclage des biens, dans les domaines de l’énergie, de l’autosuffisance collective et individuelle. On peut aussi penser au domaine de la dépendance des personnes âgées et de l’assistance robotique dans ce domaine. Mais ces nouvelles industries ont besoin – comme ce fut le cas lors de la décision de la dépendance énergétique de la France, d’une politique volontariste associée à un soutien financier comparable à un modèle investisseur.

- Enfin, si réindustrialiser la France devait devenir une priorité, ne faudrait-il pas que le ministère de l’Industrie soit un ministère à part entière et que le ministère de la Recherche, aujourd’hui dépendant du ministère de l’Enseignement, lui soit rattaché ? Associé à de réelles compétences et appuyé par un discours volontariste et visionnaire, ce signal pourrait être fort.

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