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"Onfray le rebelle" : Les Italiens suivent de près Front Populaire

Le lancement de Front Populaire rencontre un vrai succès en France et suscite curiosité et intérêt à l'étranger. Dernier exemple en date avec le quotidien italien Il Giornale, qui proposait dans sa dernière édition dominicale trois pages d'entretien avec Michel Onfray, à lire ici.

"Onfray le rebelle" : Les Italiens suivent de près Front Populaire
Michel ONFRAYCo-créateur de Front Populaire
Publié le 1 juillet 2020

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Il Giornale : Pourquoi avez-vous décidé de fonder la revue « Front populaire » et avec quels objectifs ?

Michel Onfray : J’avais créé une Université Populaire en 2002 et les autorités politiques l’ont sabordée :  la ville de Caen en Normandie où avaient lieu les cours, son université, la salle de spectacle qui était susceptible d’accueillir les mille personnes de mon auditoire, puis le pouvoir qui m’a licencié de France-Culture, la radio d’État où mes séminaires étaient retransmis chaque année depuis plus de dix ans avec un million de podcasts, ont rendu impossible la tenue de mes cours. J’ai donc créé cette revue avec mon ami Stéphane Simon pour ne pas souscrire à cette volonté du pouvoir de me faire taire.

Nous avons le projet de réunir les souverainistes de droite, de gauche, d’ailleurs, de nulle part, qui veulent faire à nouveau de la politique. Une plate-forme accompagne cette revue, elle fonctionne comme un parlement des idées sur le principe des États généraux et des Cahiers de Doléances. Nous voulons contribuer à fabriquer un programme politique à partir de la base, à partir du peuple. L’incroyable succès que nous avons (30.000 abonnés avant parution…) nous permet d’envisager le développement de notre aventure sur le terrain médiatique – plateforme, agence de presse, maison d’édition, etc.

Vous allez aussi lancer une plateforme qui recueillera les doléances des français, une sorte de « Cahiers de doléances » du XXIème siècle. De quoi s’agit-il précisément ?

Habituellement, le pouvoir jacobin décide au sommet et impose l’obéissance à la base. Les élections sont faussées par la propagande d’État et par les médias d’État qui appartiennent à des milliardaires mais sont tout de même subventionnés par l’argent public. Elles mettent au pouvoir un tenant de l’idéologie libérale de l’État maastrichien. Une fois un centre droit, une fois un centre gauche, mais toujours un dévot du système européiste.

Nous voulons, sur le principe girondin, que le pouvoir ne tombe plus du ciel jacobin mais monte de la base vers le sommet. L’État n’est plus là pour imposer la loi venue du chef mais pour garantir la volonté populaire. Nous pensons, comme la constitution l’affirme, que la démocratie est le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple. Nous voulons réaliser cette démocratie.

L’autogestion est notre principe de base. Car, qui sait, mieux que le professionnel, ce qui est bon pour sa profession ? Sûrement pas un commissaire européen ou un politicien de métier.

Quels seront les principales thématiques abordées et en quoi votre revue sera-t-elle différente des autres ?

Elle ne sera pas faite par des journalistes professionnels   formatés par les écoles de journalisme, par l’idéologie dominante, par leurs rédactions, par leur autocensure, mais par des gens qui auront des choses à dire.

Nous vivons, grâce à nos abonnements, sans publicité : nous n’aurons pas de compte à rendre aux annonceurs dès lors il n’y aura pas de sujets interdits. Le journalisme ne peut plus être réservé aux journalistes professionnels tant ils ont failli. Reporter sans frontières a récemment donné le classement de la France en matière de liberté de la presse : nous sommes passés de la 32 ème à la 34éme place. La Namibie et le Ghana nous devancent…

Je ne vous donnerai pas les sommaires des prochains numéros mais nous aborderons tous les sujets de philosophie politique possibles !

Le Monde, Libération et d’autres journaux de la gauche vous ont tout de suite accusé de séduire « les milieux d’extrême droite » et taxé avec un certain mépris de « souverainiste ». Que répondez-vous à ces accusations ?

Qu’ils ont prélevé quatre noms dans une liste de mille abonnés et qu’ils ont estimé, ce qui reste à prouver, que ces gens étaient d’extrême-droite. Outre qu’ils confondent abonnés et rédacteurs de la revue, voilà de prétendus journalistes qui estiment que 0,4% d’abonnés décrétés d’extrême-droite ( et je le répète, cela reste à prouver…) voilà qui permet d’exciper d’une majorité de gens d’extrême-droite séduits par une revue qu’ils n’ont pas lue puisqu’elle sera en vente le 23 juin !

Ils vous ont surtout reproché (Le Monde écrit ironiquement que vous avez « le sens du timing, comme du marketing ») d’avoir embauché le virologue marseillais Didier Raoult. Pour quelle raison selon vous ?

Ces gens-là ignorent qu’on ne lance pas une revue en quinze jours et que nous travaillons à ce projet depuis bien avant l’épidémie ! Nous tombons en plein dedans, mais qui peut imaginer qu’on aurait pu créer une revue ex-nihilo en un ou deux mois ? C’est du délire.

Quant au professeur Raoult, il n’est pas homme à se faire embaucher ni même débaucher, ce qui lui vaut d’ailleurs de recevoir des tombreaux d’ordures sur la tête. Il accepte bénévolement de donner un entretien pour la revue, est-ce pour autant qu’il est embauché ? Vous mesurez là l’étendue du professionnalisme des gens du Monde

Pourquoi la gauche intellectuelle parisienne refuse aujourd’hui de débattre avec ceux qui n’ont pas le même avis qu’elle, par exemple avec un Éric Zemmour ? Je pense notamment à la « Convention de la droite » de septembre 2019, à laquelle seulement Raphaël Enthoven, du camp des progressistes, a accepté de participer…

La gauche est très tolérante mais seulement pour ses idées. Elle est pour l’union, mais seulement sous son patronage. Elle a les idées larges, pourvu que ce soient les siennes. Elle invite sur ses radios d’État payées par le service public, mais seulement si l’on est de leur côté. Elle parle de vous dans les colonnes de ses journaux qui vivent subventionnés par l’argent du contribuable, mais seulement si l’on abonde dans leur sens. Si par exception cette gauche vous invite dans ses médias, c’est pour vous demander si vous n’êtes pas nazi, ce que vous pensez de Marine Le Pen, pourquoi vous faites le jeu du Rassemblement national… Le reste du temps elle fait de vous un raciste, un fasciste, un nazi, un pétainisme, un homophobe, un antisémite, un sexiste, etc.

La gauche a abandonné le peuple depuis bien longtemps, on ne l’entend plus parler de classe ouvrière, mais seulement de minorités. Comment expliquez-vous cela ?

Depuis que Mitterrand a renoncé à la gauche en 1983 et qu’il a opté pour la politique libérale et européiste de son adversaire Giscard d’Estaing il lui a fallu trouver des marqueurs pour se distinguer de la droite. Elle est allée les chercher du côté du sociétal. Droite et gauche maastrichienne défendent le même projet politique, mais la gauche a préempté le combat des minorités en empruntant à la fausse gauche des campus américains son idéologie néo-féministe, décolonialiste, racialiste, antisioniste…

La révolte des gilets jaunes est aussi le résultat de la fracture grandissante entre France métropolitaine et France périphérique. Comment la réduire ?

La révolte des gilets jaunes a été dans son premier mois d’existence le cri de souffrance d’une population sacrifiée par le régime libéral de Maastricht. Ces gens ont juste dit qu’ils ne pouvaient déjà pas boucler leurs fins de mois ou payer des jouets à leurs enfants pour Noël et qu’il leur serait impossible de payer plus cher leur plein de carburant non par révolte mais par pauvreté. Un mois plus tard, la gauche a confisqué leur parole, puis les casseurs, puis le pouvoir de Macron qui a instrumentalisé cette violence pour la discréditer. Les Gilets Jaune ont été trompés et trahis par la classe politique en fonction de ses intérêts.

D’une certaine manière notre revue ramasse leur drapeau et propose d’organiser cette parole d’avant sa récupération.

Quel est votre avis à propos de cette colère iconoclaste qui pousse des gens partout dans le monde à déboulonner des statues et à vouloir récrire les noms des rues au nom de l’antiracisme, et à propos de cette haine anti-flics permanente ?

La gauche intellectuelle des campus américains a été formatée à la pense structuraliste française qui se moque du réel et de l’histoire car elle n’a de souci que de belles constructions intellectuelles qui tournent à vide. Cette pensée pour la pensée, comme il y a de l’art pour l’art, tourne le dos à la vérité, à la réalité, voire au simple bon sens. Depuis Mai 68, on n’enseigne plus l’histoire mais le catéchisme européiste libéral. De sorte que l’inculture des déboulonneurs formatés à la déculturation américaine passe pour le summum de la culture ! Au royaume des aveugles les borgnes sont rois !

Thomas Piketty, dans une tribune au Monde, a laissé entendre qu’il faudrait ouvrir un débat pour « fixer une frontière entre les bonnes et les mauvaises statues ». Qu’en pensez-vous de cela ?

Qu’il est bien placé pour présider le tribunal révolutionnaire qui décidera des bonnes et des mauvaises statues…

Y a-t-il, selon vous, quelque chose à sauver dans le mandat de Macron jusqu’à maintenant, au niveau des mesures et des réformes mises en place ?

Aucune…

Avez-vous des ambitions politiques en vue de présidentielles 2022 ou votre démarche reste dans le camp de la métapolique ?

J’ai déjà répondu cent fois à cette question, malgré les sondages qui mesurent déjà mes pourcentages alors que j’ai sans cesse dit que je ne serai pas candidat aux élections présidentielles en France – et ailleurs s’il faut préciser !

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