Menu
nation
Territoire
Paris a abandonné la France

Notre capitale a trahi sa vocation. Elle n’éclaire plus le pays, elle le consume.

Paris a abandonné la France
Jean-Baptiste BOISEntrepreneur (Abonné)
Publié le 3 juillet 2020

Profitez de notre offre spéciale jusqu'au 31/07/2020

Un an d'abonnement 
papier + site 
54€ au lieu de 89€

soit une économie de 39%


Autrefois ville lumière, inspirée et inspirante, notre capitale, en flammes chaque samedi pendant des mois et au cœur même de son Ile de la Cité il y a un an, n’est désormais bonne qu’à aspirer ou à soutirer. Le prix de la vie, les incivilités et les levées de fonds entre amis s’y multiplient comme autant de rats voraces. Capitale cannibale, elle mange les hommes, leurs espoirs et leur âme comme un vautour qui, ayant déjà dévoré la carcasse, n’a plus que la moelle à sucer.

Paris, et par là j’entends le siège du pouvoir de la morale progressiste, n’est plus en mesure de créer quoi que ce soit de beau et de durable. L’acier plutôt que la pierre, les espaces végétalisés à la place de massifs ordonnés, les trottinettes au lieu des vélibs, tout changement est bon à prendre. La liste est longue de ces petits rien que les parisiens acceptent au quotidien et qui s’enkystent pour devenir demain des tumeurs fatales. La stratégie des petits pas a mené l’homme hors de l’humain et seules les vieilles pierres parviennent encore à supporter une horde de déracinés gonflés à l’hélium des bons sentiments. Ces français plus proches d’un New-Yorkais ou d’un Berlinois que d’un Picard ricanent et rationalisent sur les bancs même où on rigolait et on raisonnait.

Des chemins vicinaux, des routes ancestrales, des fils de France montait la sève créative de tout un pays jusqu’à sa capitale. On allait y chercher le succès, les idées, les règles. La vie y a toujours été un peu rude, les portes toujours plus closes qu’ailleurs mais on faisait contre mauvaise fortune bon cœur. Aujourd’hui, on y échange contre fortune son cœur. Et la Seine ne reflète plus que les beaux mensonges que l’on se fait pour y vivre.

Le sang des campagnes montait jusqu’au cœur parisien qui dans un battement le lui renvoyait, assez oxygéné pour que les terres fleurissent à chaque saison. Oh, on avait toujours l’impression de lui donner plus qu’il ne nous rendait, à ce vieux cœur, mais on pensait à nos camarades d’usine, à nos soldats, à nos orphelins, à nos enfants et aux plus faibles que l’Etat aidait grâce à nous et alors on redoublait d’efforts.

Puis ce cœur a goûté à la drogue du progressisme, à l’ivresse du tout-prêt, à la passion du lointain. Et l’Ile de France, peu à peu privée de racines, a dérivé bien loin des siens. Les ponts ont été délaissés au profit des avions, les pièces au profit des lignes de crédit, le peuple millénaire au profit de nouvelles mœurs. Le cœur perverti et le visage défiguré. Comme la Bourse ou la Place Vendôme récemment, les œuvres d’art architecturales sont régulièrement peinturlurées et dénaturées pour répondre à l’objectif de dérision générale.

Et pourtant. Si Paris et ses élites ont tout le loisir d’échapper chaque weekend à l’enfer qu’ils ont créé, c’est grâce à la civilisation qui les a placés ici. S’ils peuvent donner des leçons de morale sans risquer la prison ou la mort, c’est grâce à une philosophie qui a bâti des cadres depuis la Grèce antique. Les élites mondialisées ont fait leur révolte, sans pavés mais avec dans leurs médias à longueur de journées le slogan : « Le monde change ma pauv’dame ». Et la modernité vit sur le cadavre de l’histoire tout en lui crachant dessus. Paris a capitulé de la France, mais lui demande quand même de payer ses dettes. La capitale survit parce qu’elle aspire tous les crédits financiers pendant qu’on détruit des églises et que les associations sociales et du patrimoine meurent partout ailleurs. Mais on danse encore sous la coupole du Grand Palais, alors tout va bien.

C’est bien là le drame : si encore on pouvait échapper à son emprise et vivre en marge. Mais le démon de l’administration est toujours à vos trousses. La croissance n’est plus dans les graines, dans une terre fertile ou dans des mains habiles, elle est dans nos poches. Paris paye avec notre argent la promotion d’une société dont nous ne voulons pas. Ce n’est même plus la double peine, c’est une condamnation

à mort. « Change ou crève », voilà la nouvelle devise moderne. Pour paraphraser Churchill on pourrait même oser : « Vous aviez le choix entre le changement et la mort. Vous avez choisi le changement, vous aurez la mort ». Notre capitale a trahi sa vocation, elle n’éclaire plus son pays, elle le consume.

Comment supporter encore que les français luttent les uns contre les autres ? La vie n’est-elle pas déjà assez compliquée qu’on y ajoute une guerre de tous contre tous ? Hier, la racaille tape sur les pompiers et sur les policiers qui décident donc de taper...sur les pompiers. Le bon sens a définitivement perdu son chemin dans les rues de Paris.

Nous voulons savoir pourquoi nous vivons et pas pour qui ni pour combien. Antoine de Saint-Exupéry avait écrit : « Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de l’imaginer mais de le rendre possible ». Nous en sommes là. Comment rendre possible un nouvel avenir fraternel entre Paris et la France, condition nécessaire au rayonnement de l’une et de l’autre ? En retrouvant le goût de l’enracinement et du bon sens paysan, en assumant chacun sa part de responsabilité personnelle donc collective, en libérant les aspirations et la créativité de chacun. Dans un mouvement progressif plutôt que progressiste. On sous- estime toujours la capacité des français à faire le bien et surtout la puissance positive qu’un comportement sain peut générer. Du cercle vicieux au cercle vertueux il n’y a qu’un pas, celui d’hommes et de femmes enracinés, responsables et humanistes. L’avenir s’écrit du côté de ces principes et pour l’instant, donc, loin de Paris.

0 commentaireCommenter