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L’assimilation, une idée vieille en Europe

La semaine dernière le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, est intervenu devant le Sénat. Il a tenu un discours qui s’est voulu musclé à l’adresse de l’islam politique et du communautarisme. Guillaume Bigot retient surtout lui, dans son analyse, les erreurs d’appréciation que le ministre fait lorsqu’il parle d’assimilation et d’islam de France.

L’assimilation, une idée vieille en Europe
Guillaume BIGOTPolitologue
Publié le 18 juillet 2020

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Lors de son intervention au Sénat, Gérald Darmanin a vanté l’assimilation à la française, rappelant que son deuxième prénom est Moussa et que son grand-père musulman s’était battu pour la France.

Au-delà de cette bouffée d’autosatisfaction, courante chez les politiciens post-modernes, le ministre a nommé l’islam politique et le communautarisme comme ennemis et l’on peut l’en féliciter !

En revanche, il a commis deux erreurs manifestes d’appréciation.

La première, en liant la panne de l’assimilation à la montée de l’islam politique et la seconde, en considérant qu’en parvenant à organiser un véritable islam de France, la République du XXIe siècle parachèverait l’assimilation des enfants de l’immigration.

Pour l’instant, comme l’a expérimenté Nicolas Sarkozy, c’est le contraire qui s’est passé. L’émergence d’un islam français a plutôt favorisé le séparatisme.

Lorsque le mentor de Darmanin était, lui aussi, ministre de l’intérieur, c’est-à-dire ministre en charge des cultes, et qu’il a voulu détacher la seconde religion du pays de l’islam consulaire, du contrôle des mosquées par les ambassades du Maghreb et de Turquie, Sarkozy a été désagréablement surpris de constater que l’islam de France avait plébiscité les frères musulmans à sa tête.

Le premier islam « bien de chez nous » était justement l’islam politique. Celui des amis de Tariq Ramadan et d’Erdogan, le nouveau sultan qui vient de transformer Sainte-Sophie en mosquée.

En 1998, le même déclarait : « les minarets sont nos baïonnettes, les coupelles nos casques, les mosquées nos casernes et les croyants nos soldats. »

Ce plan de conquête par une stratégie d’influence, est exactement celui de l’UOIF ( Union des organisations islamiques de France ) qui contrôle le CFCM ( Conseil français du culte musulman ) et qui est donc majoritaire auprès des musulmans français croyants et militants.

Il est très important de comprendre que la plupart de nos compatriotes d’origine musulmane ne se revendiquent pas comme tels.

Comme la plupart des Français, ils sont détachés de leur religion tandis que d’autres, modérement pratiquants et croyants ne sont tout simplement pas intéressés par l’organisation de leur culte.

Les minorités agissantes font l’histoire. En France, comme partout dans le monde, l’islamisme continue de se propager par le terrorisme mais aussi et, c’est sans doute plus dangereux, par entrisme démocratique donc par l’exploitation de nos failles juridiques et de notre mauvaise conscience.

Ni la loi de 1905, ni le concordat de 1804 que veut réactiver Darmanin ne parviendront, ni à structurer l’islam, ni à dissoudre l’islamisme dans l’Hexagone.

L’Islam sunnite est incompatible avec une doctrine religieuse unifiée et avec une église structurée par un clergé.

La diffusion de l’islamisme n’est pas toujours liée à l’échec de l’assimilation. D’ailleurs, 20 % des Français ayant rejoint Daesh étaient d’origine française et chrétienne.

Inversement, beaucoup de racailles n’ont aucun lien avec l’Islam.

La véritable origine du blocage de l’assimilation à la française se trouve dans la tête de nos élites et, plus précisément, dans leur culte de la construction européenne.

Tant que l’on voudra faire l’Europe, on ne pourra pas assimiler les nouveaux venus.

La raison d’être de l’Europe, c’est précisément que la France serait devenue trop petite donc qu’elle n’aurait plus d’avenir seule.

L’assimilation présuppose qu’immigrer ce n’est pas seulement changer de géographie mais aussi d’histoire.

Forcément, les enfants de l’immigration ne partagent pas le même passé mais ils ne peuvent plus désormais se projeter dans un pays qui est réputé ne plus avoir d’avenir

Les partisans de la souveraineté européenne répondront : qu’importe, les immigrés n’ont qu’à s’assimiler à l’Europe !

C’est là où le bât blesse. Car le projet européen consiste à détacher l’identité culturelle de l’appartenance politique.

Moralité, si vous êtes un enfant de parents étrangers et que vous naissez demain dans une union européenne telle que la rêve Macron, vous n’aurez plus besoin de vous adapter à la culture française, vous n’aurez aucune raison d’être fier d’une histoire différente de celle de vos ancêtres car cette histoire n’est pas appelée à se poursuivre en tant que volonté et destin national.

Vous serez invité par Bruxelles à devenir européen comme on devient client chez McDonald, c’est-à-dire « en restant comme vous êtes ».

Darmanin a évoqué au Sénat « ce qui fait nation » : « la marseillaise, la culture, la langue, notre drapeau. »

Mais le président qui l’a nommé veut remplacer le tricolore par le drapeau européen, le cri de la nation en armes par l’hymne à la joie, le français par l’anglo-globish et la fierté de prolonger une histoire légendaire par celle, toute relative, d’appartenir à une zone de duty-free sans âme.

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