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Augmenter les salaires ? Puisqu’on vous dit que ce n’est pas possible ! Abonnés

Etienne Thomas revient dans les colonnes de Front Populaire avec une nouvelle contribution en deux parties sur l’augmentation des salaires. Dans cet article il pose les principes de son raisonnement. Dans un second à paraître demain il envisagera le financement de l’opération. Utopique ? Démagogique ? Révolutionnaire ? A vous de juger.

Augmenter les salaires ? Puisqu’on vous dit que ce n’est pas possible !

Pour apprécier la pertinence du concept proposé ci-dessous, il est nécessaire de chasser de son esprit les formatages du type « Nos responsables politiques ne sont pas des imbéciles, si techniquement c’était possible, ils l’auraient déjà fait… » Allez donc s’il vous plaît jusqu’au bout de la démonstration, vous pourrez dire ensuite si vous trouvez cela démagogique, voire complètement allumé…

Comme point de départ, quelques constats simples : lorsque l’on donne « un coup de pouce au Smic » c’est pour « augmenter le pouvoir d’achat des français » Rappelons que les coups de pouce excèdent rarement 1.5 % d’augmentation. Dans une version très optimiste du coup de pouce, nos gouvernants espèrent faire redémarrer la consommation des ménages en augmentant seulement le SMIC de 18€ par mois… soit 216 € par an…  waouh !!

Pendant la campagne 2017, Benoît Hamon a proposé un revenu universel : comme son nom l’indique, il consiste à verser tous les mois à chacun de nos concitoyens un revenu fixe : propositions entre 500 et 800 euros par mois et par personne… le Financement ? La Finlande, L’Inde et même L’Alaska l’ont expérimenté… Ce ne serait peut-être pas si aberrant qu’on pourrait le croire.

Le principe de la planche à billets aurait été utilisé pour renflouer les banques, les états ou pour lancer de grands travaux… Lorsque qu’une banque centrale décide d’injecter artificiellement des milliards d’argent frais dans l’économie, jamais elle n’envisage de distribuer cet argent en partant du bas… vers les salariés… Pourquoi ? Pour relancer une économie, Les consommateurs doivent consommer plus. Ils le feraient bien volontiers, s’ils étaient mieux payés !

Mon raisonnement s’appuie sur un principe de base, l’Augmentation des salaires pour presque tous les salariés et indépendants : Ceux qui touchent un salaire au-dessus de 10 000 € n’y auront pas droit. Une Augmentation jusqu’à 1000 € par mois au maximum pendant 3 ans ( 600 euros en moyenne ) puis dégressif de 100 € tous les mois à partir du 37ème mois…
Appelons cette prime la PPA : Prime Pouvoir d’Achat.

Dans un foyer, il y aura autant d’augmentations que de personnes au travail. Un couple pourra donc avoir jusqu’à 2000 € de pouvoir d’achat en plus par mois. L’augmentation touche exclusivement des personnes qui travaillent : cette mesure ne concerne pas les personnes sans emploi, ni les étudiants ni les retraités. Ils en bénéficieront tout de même indirectement.

Pour des revenus entre 5000 et 10 000 € : cet argent devra être utilisé pour donner du travail à d’autres personnes : Repassage, ménage, jardinage, rénovation, cours de yoga, cours particuliers, …
Ces services pourront profiter à eux-mêmes ou en faire profiter une tierce personne. Appelons cette prime : la PQV : prime qualité de vie.

Cette augmentation n’est pas individuellement obligatoire : un cadre supérieur, patron ou haut fonctionnaire qui considérerait être suffisamment payé peut refuser cette aide sociale par une très simple démarche administrative.

Pourquoi 1000 € de plus pour quelqu’un qui en gagne déjà 9000 ? Par principe d’équité ! Ils ont le droit de refuser… Ils ont beaucoup cotisé et travaillé avant d’arriver à ce type de revenu. A eux de voir s’ils considèrent comme légitime, d’en récupérer une partie… surtout si cet argent sert à payer des services pour un certain confort de vie et donner du travail à d’autres personnes.

Pourquoi n’y a-t-il pas de prime au-delà de 10 000 € de revenu ? Parce que l’équité a des limites… un peu de décence ne peut pas faire de mal…

Cette augmentation permet un Changement de vie radical. Pour un smicar, le salaire va presque doubler. Un couple de smicards va enfin pouvoir avoir des projets.
Pour un ménage à 4000 € de revenu mensuel (donc jusqu’à  2000 € en plus, au total 6000 €) 50 % d’augmentation.  Ils vont à nouveau pouvoir partir en vacances et avoir des loisirs. Pour des salaires entre 5000 et 9999 € on compte entre 10 et 20% d’augmentation : Ils participeront activement à la redistribution du travail et Ils auront plus de temps libre et de loisirs et/ou en feront bénéficier leurs proches.

Parlons maintenant du Mode de distribution et de répartition, essentiel pour la « motivation des troupes ».

Nous ne présentons ici qu’un seul cas de figure, suffisant pour comprendre le principe :

Pour dix salariés, le chef d’équipe sera en charge de la répartition de ces primes tous les mois. Elles peuvent donc varier d’un mois à l’autre.

Il aura à sa disposition une prime de 6000 € versée par l’état (600 € par personne en moyenne) qu’il pourra répartir parmi les membres de son équipe comme bon lui semble dans la limite de 1000 € par personne. Il ne devra pas hésiter à utiliser toute l’amplitude possible. Un salarié peu appliqué ni impliqué pourra se retrouver sans aucune prime. A contrario, un salarié qui donne le meilleur de lui même pourra bénéficier du jour au lendemain d’une prime de 1000 euros… tous les mois si son chef le décide.

Cela devrait changer les comportements de l’ensemble de l’équipe : gain de reconnaissance, gain d’efficacité, gain de pouvoir d’achat, gain de confiance en soi, gain en bien être…
Imaginez l’application de ce concept dans l’éducation nationale : les profs excellents, actuellement sous payés, auront enfin un salaire à la hauteur de leur engagement et de leur professionnalisme !

Les responsables d’équipe ont eux aussi des supérieurs hiérarchiques qui leur verseront ou pas la prime.

Ces primes ne peuvent pas être gardées par l’entreprise : elles doivent être obligatoirement distribuées aux salariés tous les mois (Aucune charge sociale ni CSG ni taxe professionnelle sur ces montants).

Evoquons maintenant les avantages du concept. Cette augmentation du pouvoir d’achat va complètement changer la donne : augmentation massive de la consommation, augmentation de la production et nouvelles embauches…

D’autre part, La différence entre une allocation chômage et un salaire sera devenue probante et donc motivante (jusqu’à 1000 euros de plus). Beaucoup plus de personnes sans emploi auront maintenant un intérêt certain à trouver un emploi.

On peut faire le pari que L’utilisation de la PQV va créer rapidement beaucoup d’activités, aussi diverses que variées, à plein temps ou à temps partiel : les artisans seront sollicités pour différents travaux, les étudiants pourront financer leurs études en donnant des cours, de nombreux auto-entrepreneurs pourront avoir un chiffre d’affaire digne de ce nom, basculer en indépendants et ainsi ne plus faire de concurrence déloyale aux artisans.

On pourrait également imaginer associer à ce gain de pouvoir d’achat des campagnes citoyennes écologiques.
Les plus grosses pertes d’énergie sont dues à un manque d’isolation des logements. Nous pourrions en isolant  économiser jusqu’à 40% sur nos factures énergétiques, les mesures de crédit d’impôts déjà proposées pour rénover son logement seront sans aucun doute davantage sollicitées. Si les Français ne rénovent pas, ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas écologistes, mais parce qu’ils ne peuvent pas ! Économiser 40% à terme, c’est forcément une bonne chose pour tous, mais encore faut-il disposer de la somme initiale pour investir. Dans notre simulation ils l’auront.

Il faudra Mettre en place des démarches pour encourager la consommation locale.  Acheter français ne devrait pas être un gros mot. Consommer à côté de chez nous ! Créer et maintenir des emplois près de chez-nous, privilégier les petits commerçants plutôt que la grande distribution ou Internet, consommer bio…

La mondialisation a fait de nous de simples consommateurs, c’est en fait notre seule véritable force. Mais cette force est d’autant plus grande si nous avons les moyens de choisir ce que nous consommons. Nous pourrons ainsi choisir la qualité et la provenance de ce que nous achetons.
Lorsque vous voyez un lot de 3 tee-shirts à 10 euros, posez vous la question qui (ou quoi) a bien pu le fabriquer ? Avec quelles matières premières ? Dans quelles conditions ? …
Si vous avez du pouvoir d’achat, vous pouvez choisir d’acheter autre chose. Si vous êtes au smic : vous acheter les tee-shirts à 10 euros. Parce que vous n’avez pas le choix ! Et la mondialisation se porte bien.

Vous comprenez maintenant pourquoi nos gouvernants n’ont aucun intérêt à ce que chacun d’entre nous gagne plus et pourquoi ils vous disent que ce n’est pas possible ! Les bienfaits sont innombrables. Mais pas pour la mondialisation, car pour avoir des riches, il faut des pauvres !

Deuxième partie à suivre demain : le financement de l’opération.

Publié le 25 juillet 2020
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