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Transition énergétique: chronique d’une catastrophe annoncée Abonnés

L'échec patent de la transition énergétique allemande devrait alerter les responsables français, qui s'obstinent pourtant à vanter les vertus magiques de l'éolien et du solaire. 

Transition énergétique: chronique d’une catastrophe annoncée

La transition énergétique promue par nos gouvernants sera-t-elle aussi radieuse qu'annoncé? D’aucuns objectent qu’il est trop tôt pour répondre honnêtement. Qu'on ne peut à ce stade se pencher valablement sur le retour d’expérience (REX) du cas français, encore trop récent.

Qu’à cette exigence dilatoire ne tienne: le REX allemand est sans conteste éligible à l'analyse. Pour autant que l’on en identifie correctement l’origine.

Outre-Rhin, les premières éoliennes sont entrées en service dès 1983. La dynamique alors amorcée par leurs promoteurs eut rapidement raison des dernières réticences d’un Helmut Kohl qui, après l’accident de Tchernobyl, n’eut d’autre choix qu’accentuer sensiblement l’investissement du pays dans l’éolien.

Trois ans après son arrivée au pouvoir, en 2001, ce fut à la coalition SPD/Grünen de mettre en place une politique qualifiée de modernisation énergétique, engagée dans le développement des énergies renouvelables et dans l’arrêt progressif, sur 20 ans, des 17 réacteurs du pays.

En dépit d’un sursis compris entre 8 et 14 ans, accordé à ces 17 réacteurs par Angela Merkel, en 2009, la première conséquence d’un tel virage énergétique fut de lâcher la France sur le projet EPR.

En 2011, après l’accident de Fukushima, le coup de grâce était porté au nucléaire allemand par une résolution sans appel de la chancelière.

Qu’en est-il, aujourd’hui, de "l’exemplaire" transition énergétique allemande?

- En 2019, un parc éolien de 62 GW (plus puissant que le parc nucléaire français) a produit seulement 128 TWh d'électricité, soit un peu moins de 20 % de la production brute totale du pays;

- Sur les 17 réacteurs nucléaires condamnés en 2001, 9 sont toujours en service qu’il est prévu d’arrêter d’ici à 2022;

- Aucun des moyens de productions traditionnels, mobilisables à tout moment et totalisant une puissance de 95 GW, n’a jamais été arrêté, le pays comptant sur eux jusqu’en 2050.

- La sortie du charbon est annoncée pour 2038!

- Mieux, selon la Fédération de l’industrie allemande, il faudrait, pour atteindre la quasi-neutralité carbone à horizon 2050, une puissance "éolienne"+solaire" comprise entre 250 GW et 600 GW selon les hypothèses, soit jusqu´à 10 fois la capacité actuelle!

- Pour être complet, le tableau doit faire état du coût d’une sortie du nucléaire pour le moins laborieuse estimé à 1000 milliards d’euros par le ministrefédéral de l'environnement Peter Altmaïer à l’horizon 2038: 700 milliards d´euros de soutien aux énergies renouvelables; 300 milliards d'euros pour la modernisation et le développement subséquents des réseaux électriques.

Après 20 ans de pratique, le REX allemand apporte ainsi la preuve que sortir du nucléaire n’est possible qu’en recourant massivement au gaz, au fuel ou au charbon. Mais il confirme également que l’obstination à pousser l’aérogénération et l’héliogénération à rivaliser avec les générations thermique classique et nucléaire est un combat technologique et économique ruineux, qui devient tôt ou tard insupportable pour l’économie nationale, dont le citoyen finira par refuser d’en payer la dîme.

Alors, que faire pour forcer les pouvoirs publics français à ne plus nier publiquement et surtout législativement de telles évidences ou, plutôt, à faire cyniquement semblant de les nier, allant jusqu’à mettre en péril une importante ressource nationale et la paix sociale, dans un fourvoiement industriel délibérément mis à exécution dans la précipitation?

Ceux des professionnels du secteur qui auront l’audace de s'opposer, ou au moins d’agiter une menace crédible, doivent savoir qu’ils rendront un inestimable service à leur pays, lui épargnant bien des vicissitudes. Car, plus nos dirigeants se fourvoient, plus le caractère irréversible de leur politique énergétique se renforcera et plus la facture sera salée pour le pays.

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