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Patrimoine
Chapelle en péril recherche son propriétaire

Perchée à 3178 mètres sur le Mont Thabor, Notre-Dame des sept douleurs est la chapelle la plus haute de France. Construite au 15ème siècle, elle menace aujourd’hui de s’effondrer. Entrevue avec Christiane Champ, présidente de l’association « Les amis du patrimoine religieux de Névache ».

Chapelle en péril recherche son propriétaire
Publié le 9 août 2020

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Avant de rentrer dans le vif du sujet qui nous mène à vous, pouvez-vous nous parler de la situation géographique et de l’histoire de cette chapelle ?

Notre-Dame des Sept Douleurs se situe sur le Mont Thabor, à 3178 mètres d’altitude ce qui fait d’elle la chapelle la plus haute de France. Depuis le sommet, un large panorama s’ouvre aux yeux des randonneurs les plongeant sur d’autres étendues : le Mont Viso, le Briançonnais, le Queyras, le Massif des Ecrins, le Mont Pelvoux, la Barre des Ecrins, la Meije, les Aiguilles d’Arves.

L’environnement est aride, presque rocailleux, avec parfois, au loin, une vallée verdie. La chapelle fait partie de la vallée de la Clarée qui est un périmètre classé. La frontière entre la France et l’Italie passe dessus pourrait-on dire ; il est possible qu’on puisse mettre un pied à cheval entre les deux pays.

En ce qui concerne son histoire, la chapelle Notre-Dame des Sept Douleurs date du 15ème siècle, elle a été construite aux environs de 1400. Elle était à l’origine sur le territoire italien mais à la fin de la Seconde Guerre mondiale elle a été rattachée à la France, suite à l’interprétation du traité de Paris en 1947. Le terrain sur lequel elle est construite appartient au ministère des Finances.

Avant d’appartenir à la France, c’est-à-dire avant 1713, la chapelle faisait partie du territoire des Escartons, une région complètement indépendante ; l’Italie n’existant pas encore. Cette communauté regroupait des gens de la montagne qui se sentaient tous plus ou moins propriétaires ; tout comme nous aujourd’hui au fond, vis-à-vis de la chapelle de Notre-Dame.


Dans quel état est la chapelle Notre-Dame des sept douleurs aujourd’hui ?

Les changements climatiques ont généré une fonte de permafrost qui se répercute sur l’état de la chapelle : une cavité s’est formée sous l’édifice, la terrasse s’est complètement effondrée, les murs sont fissurés. Il est terrible de voir quelque chose de si ancien, se détruire. Un patrimoine sur lequel tant de personnes, au fil des siècles, au fil des années, ont travaillé.

Au départ, la chapelle était toute petite ; grande comme un mouchoir de poche. Seules cinq, six personnes pouvaient pénétrer à l’intérieur. Puis, la nef a été agrandie et sa taille permet désormais aux randonneurs de s’abriter. Les habitants des environs, qu’ils soient italiens, ou français, accordent beaucoup d’importance à cette chapelle.



Pour lancer les travaux de restauration vous avez besoin de retrouver le propriétaire de la chapelle, c’est bien ça ? Pouvez-vous nous expliquer ?

Nous avons effectivement besoin de l’autorisation du propriétaire pour réaliser les travaux. Nous nous sommes lancés dans l’aventure avec le maire de Névache  il y a trois ans et depuis, cette recherche de titre de propriété devient de plus en plus difficile, les administrations se renvoyant la balle. L’année dernière, conjointement avec le maire, nous avons écrit au ministère des Finances, indiquant qu’il était depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le propriétaire de la chapelle et que nous attendions de sa part une autorisation pour démarrer les travaux. Mais la réponse a été de nous renvoyer auprès du ministère de la Culture pour une demande de subventions. Or, ce que nous cherchons avant d’obtenir de l’argent, c’est la personne ou l’organisme propriétaire pouvant signer le document d’autorisation de restauration. Cela nous permettra de savoir si nous bénéficions de subventions françaises, ou italiennes. Et peut-être même aurons-nous droit à une subvention européenne. Car le montant total des travaux s’établit à 100 000 euros, pour accéder au Mont Thabor, de lourds moyens sont nécessaires, et 100 000 euros cela ne se trouve pas sous le pas d’un cheval.

Peut-on encore malgré tout visiter la chapelle ?

Beaucoup de randonneurs, de scouts, des familles, des prêtres, des colonies de vacances se rendent à la chapelle. Elle draine des centaines de visiteurs chaque année. Parfois, certains montent, sans le dire, des sacs de sable afin de combler les trous. Les policiers italiens de Bardonnèche avaient installé un panneau « Interdiction de rentrer » mais ils ne viennent pas vérifier si l’ordre est respecté. Ce qui est aujourd’hui indispensable pour démarrer les travaux c’est la prise en compte de l’environnement : l’accès doit se faire par voie aérienne comme je l’ai dit, par hélicoptère ; et les conditions climatiques qui varient au gré des saisons rendent impossible tout démarrage de travaux après le 15 août car nous retrouverons au Mont Thabor, des conditions de haute montagne.

En attendant, la chapelle se meurt. Devant l’urgence, nous avions fait appel au loto du patrimoine de Stéphane Bern, mais en vain : le projet n’a pas été retenu.

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