Menu
nation
Bien-pensance
Astérix et le culte du Cargo Abonnés

Un texte vif et incisif d’Yves Michaud. Le philosophe fustige notre prosternation devant « l'intolérance bien-pensante des minorités chics américaines qui s'attaquent en toute bonne conscience au monde européen corrompu de la tolérance, des Lumières oppressives et esclavagistes. »

Astérix et le culte du Cargo
Publié le 7 août 2020

On appelle culte du cargo les bricolages religieux que les indigènes de Mélanésie inventèrent quand ils virent les monceaux d'objets et de drouille qu'apportaient avec eux grands blancs Américains et petits jaunes Japonais durant la seconde guerre mondiale.

Nous, bons français à ADN cocorico mais fascinés par Mickey, Koons et les Busho-Trumpistes, nous nous prosternons devant les idées des Grands Blancs mâcheurs de chewing-gum et attrapeurs de filles par la chatte. Tels des papous, nous nous empressons de nous faire des colliers de leur pacotille.

Durant les trente dernières années, nous avons ainsi religieusement importé leur « philosophie » sirupeuse de la bienveillance guimauve (le « care »), puis l'ultra-féminisme L(lesbien), puis G (gay) puis T (transgenre) puis Q (queer) en attendant les nouvelles variantes sexuelles qui pourront être lancées sur le marché (par exemple le T avec ticket d'aller-retour : un jour H, un autre F, stationnement unilatéral alterné).

Évidemment nous avons aussi importé le post-colonial et le dé-colonial et avons découvert, comme si Fanon n'avait jamais existé, qu'il fallait mener des combats anti-identitaires au nom des identités authentiques...

Nous avons très logiquement et très pieusement importé l'intolérance bien-pensante des minorités chics américaines qui s'attaquent en toute bonne conscience au monde européen corrompu de la tolérance, des Lumières oppressives et esclavagistes.

Comme si l'Amérique de Bush père et fils et de Trump n'était pas le terreau de cette bien-pensance hypocrite qui bat sa coulpe sur la poitrine des « autres », pendant que les gentils présidents manipulent les tarifs douaniers, que les législateurs américains organisent les évasions fiscales des super-firmes humanitaires qui nous vendent leur pacotille et que des intellectuels à la Butler ou à la Sassen nous vendent leurs conférences.

Dernières bonnes nouvelles : ne voilà-t-il pas que la presse française et notamment le si bien-pensant Monde se fait enfin l'écho d'une modeste protestation d'« intellectuels de gauche » new-yorkais (il paraît que ça existe!) contre la montée de l'intolérance des minorités opprimées. Je veux parler de la signature du manifeste contre la Cancel Culture, contre justement ceux qui s'en prennent à tout ce qui peut ressembler à la liberté de penser.

Quand nous autres qui défendons depuis toujours la liberté de penser, qui défendons un Front populaire et des identités ouvertes, tolérantes et, pire encore, intelligentes, nous osons nous manifester, dans un premier temps nous avons droit à un silence religieux (Cargo culte commande!).

Ensuite, si nous faisons un peu de bruit, nous sommes dénoncés comme identitaires et suppôts du FN/RN (voir l'article tellement impartial du Monde le 19 mai dernier« Avec sa nouvelle revue «Front populaire», Michel Onfray séduit les milieux d’extrême droite »).

Heureusement les Américains (pardon ! Quelques Américains East-coast!) nous montrent le chemin de la rédemption.

Attention, ça ne peut aller sans nuance ! Et donc Le Monde assortit la publication du manifeste bien-pensant anti-bien-pensance d'un entretien avec un de ses promoteurs et quelle question est aussitôt posée : « Pourquoi viser la gauche, alors que c’est l’extrême droite qui se livre le plus ouvertement à l’intimidation et à la violence ? ».

Ben voyons ! C'est toujours la droite qui intimide et violente ! On le constate tous les jours en France en voyant les dénonciations du CRAN, des LGBTQ, du CCIF, des islamo-gauchistes, des militants de l'UNEF, des comités Traoré, etc., etc. Tous d'extrême-droite assurément !

Dans son souci de faire entendre les sons de toutes les cloches Le Monde est revenu à la charge dans son numéro du 2/3 août en publiant une tribune d'une certaine Laure Murat qui noie le poisson avec de gros sabots (se prétendant spécialiste de littérature sans avoir écrit grand chose, elle appréciera la prose prudhommesque dont je l'honore....). La West Coast répond à l'East Coast !

Faisant semblant de protester contre les excès des minorités qui prônent la Cancel Culture, elle nous assène cette phrase bouillasseuse paradigmatique des temps de la post-vérité:

« Posons cette hypothèse. Et si la « cancel culture » n’était que l’avatar logique, inévitable, d’une démocratie à bout de souffle, dite désormais « illibérale », et de l’ère de la post-vérité ? L’enfant illégitime de la pensée occidentale et du capitalisme débridé, dans une société supposément universaliste, aveugle à ses impensés et incapable de reconnaître les crimes et les conséquences sans nombre de l’esclavage et de la colonisation ? »

Admirons déjà à la qualité du style et du raisonnement par hypothèse dans le style des sottises des philosophes du "tout se passe comme si...."

Apprenons notre leçon : la Cancel culture, c'est votre faute à vous petits blancs démocrates illibéraux, nourris de pensée occidentale et de capitalisme débridé, esclavagistes (évidemment) et colons (ben voyons! on était tous là quand Napoléon rétablit l'esclavage en 1802!).

Je ferai juste remarquer deux choses :

1) Nous n'étions peut-être pas nés au moment des exploits coloniaux de Napoléon, mais les Murat étaient bien là. Madame la princesse Laure Murat devrait indiquer qu'elle descend d'un prestigieux aïeul fait Maréchal d'Empire en 1804, sans trop s'angoisser du rétablissement de l'esclavage en 1802. C'est bien elle qui devrait avoir une immense culpabilité, pas nous!

Et si nous disions « Cancel Laure Murat! Yes! Cancel Laure Murat! » ?

2) Le Monde continue dans le Cargo cult: la leçon qui nous était administrée par la gauche new-yorkaise vertueuse est corrigée par une autre leçon qui nous vient d'une blanche progressiste de Californie.

Une fois de plus il fallait que des Grands Gentils Blancs (car ce sont tous des blancs très blancs!) viennent nous dire quoi faire et quoi penser – mais eux sont de gauche. Ouf ! Tout est en ordre.

Nous autres, petits nègres cocorico, n'avons plus qu'à attendre le prochain Cargo avec sa verroterie.

0 commentaireCommenter