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Été 2020
Eté 2020 : mais où sont passées les cigales ?

L’été 2020 a un goût amer, particulier. Il restera dans nos mémoires comme l’été de la grande sécheresse musicale et artistique. Les « cigales » ne chantent plus, les « fourmis » ont eu le droit à des vacances mais celles-ci n’avaient jamais eu un tel parfum d’ennui.

Eté 2020 : mais où sont passées les cigales ?

L’été 2020 a un goût amer, particulier. Il restera dans nos mémoires comme l’été de la grande sécheresse musicale et artistique. Les « cigales » ne chantent plus, les « fourmis » ont eu le droit à des vacances mais celles-ci n’avaient jamais eu un tel parfum d’ennui. Cet été, les lumières s’éteignent plus tôt, les voix des enfants et des vacanciers seuls sifflent à nos oreilles. Pas une note de musique, pas de vers récités, pas de chant, pas de théâtre, pas de spectacle, pas de scène, pas de vacarme revigorant… Les soirées sont mornes. Quelques courageux ont contre vents et marées gouvernementales maintenus une date ici ou là, mais l’exception n’a pas fait la règle.

Comment expliquer cette grande misère musicale et artistique ? Cette désertion totale ? Cet abandon massif de la Culture en France ?

Il y a d’abord une incohérence totale et inexcusable : celle qui autorise les Français à se masser dans le RER, les trains ou prendre l’avion à touche-touche, mais qui jette le trouble de la pandémie sur l’idée d’aller s’assoir pour écouter une soprano, une violoncelliste, un groupe de jazz ou un artiste de variété. Cette invraisemblance qui enjoint de traverser un restaurant avec un masque mais autorise de s’y faire servir sans masque. C’est la politique tant de fois dénoncée ici du « en même temps » qui indique tout et son contraire et qui fait de nous des somnambules déboussolés.

C’est aussi un manque criant d’ambition pour le monde de la Culture alors que l’on sait pourtant que chaque euro investi dans le patrimoine ou dans la Culture créé de la richesse. Le moins que l’on puisse dire c’est que le gourvernement Philippe ne se sera pas ruiné pour la Culture. Le Président a dit que les artistes et les intermittents devaient se réinventer, « enfourcher le tigre » (sic) mais quid ? Les artistes attendent, les intermittents se contentent de voir reculer leur "date anniversaire » d’examen de situation…

Ce même gouvernement qui n’a pas hésité à mettre la main à la poche pour notre compagnie nationale aérienne et qui a englouti 7 milliards pour aider Air France, dont la première urgence aura été de faire un plan social massif (7500 postes supprimés d’ici 2022). Bienvenue dans le monde de l’absurdie où l’argent public sert non pas à maintenir l’emploi mais à licencier du personnel !

Notre voisin allemand a fait bien mieux, comme presque toujours. Il s’est voté un plan de sauvetage de près de 1 100 milliards d’euros pour soutenir son économie face à la crise du coronavirus et un fond spécial de 50 milliards d’euros destinés à un secteur culturel en pleine crise, aux PME et aux indépendants. « Le secteur culturel en particulier se caractérise par une forte proportion de travailleurs indépendants qui ont désormais des problèmes de subsistance », a déclaré la ministre allemande de la Culture, Monika Grütters. « Les artistes sont non seulement indispensables, mais aussi vitaux, surtout maintenant », a-t-elle ajouté. Et outre des subventions massives destinées à soutenir leurs activités, les artistes et les auteurs ont pu bénéficier d’aides de la Sécurité sociale et d’aides au logement. Pour qui s’intéresse à la situation des artistes et des musiciens Outre Rhin, l’on sait qu’au plus fort du confinement, pour chaque concert annulé les cachets des artistes, des intermittents et de tous les personnels sollicités ont été versés à raison de 40 ou 50%…

La France, l’autre pays de la Culture ? Malheureusement, non. Le gouvernement a permis le chômage de masse mais n’a pas pris en compte les indépendants de la Culture. Ne montrant pas l’exemple, même les théâtres et les salles de concerts subventionnés qui touchent pourtant leurs subventions n’ont pas donné un centime aux personnels et artistes déprogrammés.

Alors où sont passées nos cigales ? Elles vivent sur leurs réserves et se morfondent en espérant un peu de grain à l’automne. Un automne chaque jour pourtant un peu plus incertain. En vérité, la Culture en France est en grand péril. Et c’est notre nouveau talon d’Achille. Dans notre pays merveilleux, faute désormais d’avenir industriel, nous n’avons d’autre horizon houellebecquien que de devenir un grand parc d’attraction gastronomique et touristique. Et s’il n’y a demain plus personne pour l’animer alors la France sera un défunt étendu.

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