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Réseaux sociaux: Jusqu'où leur censure ira-t-elle?

Sous la pression de plusieurs annonceurs de taille mondiale, les géants du Web intensifient leur croisade contre la "haine". Hier, les dirigeants de Facebook ont ainsi banni Dieudonné de leur plateforme de façon parfaitement arbitraire, sans aucune justification judiciaire. Si insupportable la rhétorique de l'humoriste soit-elle, laisser des opérateurs privés contrôler la liberté d'expression n'augure rien de bon.

Réseaux sociaux: Jusqu'où leur censure ira-t-elle?
Publié le 4 août 2020

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Le groupe américain Facebook a annoncé ce lundi avoir fermé définitivement le compte de Dieudonné M’bala M’Bala en raison de "contenus se moquant des victimes de la Shoah" et de "termes déshumanisants à l'encontre des Juifs".

Dieudonné a plusieurs fois par le passé été condamné en justice pour des propos antisémites abjects qu'il n'est pas question de cautionner ici. Seulement, il est inquiétant qu'une société commerciale puisse unilatéralement le priver de son droit de s'exprimer, sans se prévaloir de la moindre décision de justice. D'autant que rien ne dit quelles sont les limites de la purge en cours.

Plusieurs grandes entreprises internationales sont à l'origine de ce nouveau climat de censure. A la fin du mois de juin, de grandes marques telles qu'Unilever, Coca-Cola et Honda ont en effet fait savoir qu'en guise de soutien du mouvement Black Lives Matter elles gelaient leurs campagnes publicitaires sur les réseaux sociaux et demandaient instamment à ces derniers de "bâtir un écosystème numérique fiable et sûr" (comprenez: interdisant tout contenu choquant).

Immédiatement après, les patrons de Twitter, Snapchat et Youtube (propriété de Google) ont annoncé qu'ils feraient diligence. Dès le 30 juin, la chaîne Youtube de Dieudonné était ainsi fermée.

Facebook a en revanche davantage résisté (dans un premier temps) à ce chantage et a manifesté un certain attachement aux libertés fondamentales, comme en témoigne son actuelle opposition avec la Cour suprême brésilienne qui l'enjoint de fermer les comptes de certaines personnalités du pays.

Devant le Congrès des Etats-Unis, le fondateur du groupe, Mark Zuckerberg, pouvait même lancer ce 30 juin: "Nous ne voulons pas devenir les arbitres de la vérité. Je pense que ce serait une mauvaise position pour nous."

Hélas, derrière la communication il y a la réalité. Et le bannissement de Dieudonné démontre que le pouvoir des annonceurs est le plus fort. Rappelons que le Conseil constitutionnel a retoqué le 18 juin dernier la loi Avia, qui se proposait de confier aux plateformes le soin de supprimer les contenus "haineux" sur Internet. Cette heureuse décision n'empêche manifestement pas les géants du Web d'appliquer leur propre police de la pensée, par pur opportunisme commercial.

Ne comptant pas parmi les plus fidèles alliés du capital, Front Populaire ne peut que s'alarmer de cet état de fait. Car contrairment aux tribunaux de la République, les GAFA connaissent fort mal le droit et ne garantissent ni le respect du contradictoire ni la possibilité d'appel.

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