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Front Populaire et Compagnie: Qui sommes-nous? Abonnés

Au lendemain du lancement de "Front Populaire et Compagnie", Michel Onfray donne sa définition du cap que cette association pourrait se fixer: la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, toute la déclaration, rien que la déclaration!

Front Populaire et Compagnie: Qui sommes-nous?

Éloge de la radicalité de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

A la question «Qui sommes-nous?», la plus grande partie de la presse a répondu, bien qu’elle n’ait jamais eu la revue entre les mains, un mois avant même qu’elle fut imprimée, ce qui était une performance éthique: des rouges-bruns, des fascistes, des antisémites, des nazis! Je fus même comparé à Jacques Doriot, un fasciste français qui a porté l’uniforme nazi sur le front de l’est. Pareil déchaînement de haine était tellement facile à prévoir que je l’avais annoncé dans mon premier éditorial écrit deux mois en amont; j’eus même un temps envie, sur le mode parodique, d’écrire l’article type que publierait cette engeance…

Avec pareils «journalistes», on ne s’étonnera pas que, selon le classement de Reporter sans frontières sur la liberté de la presse, la France soit passée en un an de la 32ème à la 36ème place, derrière le Ghana et la Namibie. Encore deux ans de cette présidence de la République et l’on jouera dans la même cour de récréation que la Corée du Nord!

Quel horrible forfait avions nous commis pour être assimilé à un nazi français? Qu’avions nous fait pour mériter ce qui relève de la diffamation la plus caractérisée? Nous avions tout simplement fait savoir que nous souhaitions rassembler les souverainistes de droite, de gauche, d’ailleurs et de nulle part. Nous n’avions en effet dit que cela, voilà donc ce qui posait problème.

Nombre de journalistes ont sciemment omis de préciser la véritable nature de notre projet en le réduisant à: rassembler les souverainistes de droite et de gauche, en oubliant d’ailleurs et de nulle part. Ce qui finissait toujours par se résumer à: rassembler les souverainistes d’extrême-droite puisque, pour eux, une gauche souverainiste est de droite, or la droite est d’extrême droite, donc elle est fasciste…Dès lors pourquoi se gêner: Marcel Déat et Jacques Doriot, c’étaient Stéphane Simon et moi-même!

Pareille sophistique ne cesse d’étonner! mais elle trahit la fausse logique d’une vraie peur: Front Populaire est un média qui n’appartient pas à leurs amis milliardaires qui assurent la propagande du néo-libéralisme depuis des décennies sans contre-pouvoir; elle ne se trouve pas non plus entre les mains des publicitaires qui, en achetant ici des espaces pour leurs produits dans des supports qu’ils possèdent et contrôlent déjà là, s’assurent que le rédactionnel ne touchera jamais aux parts sombres et inavouables des multiples entreprises de leurs groupes; elle ne se met pas au service de l’État profond, qui nomme le dispositif qui travaille à la réalisation de l’idéologie du Capital en faisant l’économie des peuples et des structures démocratiques; elle n’est pas non plus perfusée aux aides à la presse qui permettent aux journaux détenus par des milliardaires d’accumuler d’incroyables subventions, qui sont tout bonnement les impôts du contribuable, une manne sans lesquelles leurs journaux mourraient faute de lecteurs. La presse écrite, peu lue, sert de référence à la presse radio et télé, très entendues ou très vues, de sorte que le sonore fait plus l’opinion que le papier. Voilà pourquoi posséder des journaux reste une entreprise idéologiquement, donc politiquement, c’est-à-dire économiquement rentable.

Front populaire est une revue libre qui appartient à ses abonnés. Or ces animaux de meute que sont les journalistes de cour ne haïssent rien tant que la liberté qu’ils ont privatisée et dont ils dénient l’usage à quiconque ne fait pas partie de leur territoire et s’y avance sans les habituels signes de soumission. Faire usage de la liberté sans leur autorisation c’est déclencher leurs attaques en bande. Voilà pour quelles raisons ils ont chargé.

Ce déchaînement de violence a eu un mérite: tous ceux qui sont sortis de leur trou ont montré qu’ils habitaient le même terrier! Car, comme un seul homme, quels qu’aient été les supports, ils ont débité les mêmes sottises avec les mêmes mots dans le même ordre selon le même principe, au point qu’on pouvait imaginer qu’un chauffeur de salle leur avait fourni en amont les mêmes éléments de langage et le même argumentaire! Ce fut le concert des perroquets du Capital.

La trouille leur a fait perdre toute prudence: car, en passant de l’ombre de leurs trafics à la lumière de leurs insultes, ils ont mis à jour l’organigramme d’une partie de la Firme. C’est une erreur tactique et stratégique de se montrer ainsi à découvert pour la bonne et simple raison que tout le monde les a vus et a pu mesurer leur connivence effrayée.

Ce fut un réel plaisir de se faire insulter ainsi car nous avons révélé une partie de la machinerie à fabriquer les fausses nouvelles et les vrais mensonges, les bobards et les contre-vérités, les intoxications et les mystifications qui structurent leur propagande. Aux commandes des usines à désintoxiquer on trouve donc ceux qui prioritairement intoxiquent: voilà la leçon la plus magnifique de cette faute de stratégie et de tactique ! Le faux prince de la démystification s’avère le vrai roi de la mystification. C’était un premier point marqué contre eux. Il y en aura d’autres…

A notre tour de dire qui nous sommes, femmes et hommes de droite, de gauche, d’ailleurs et de nulle part, qui constituons Front populaire comme «un intellectuel collectif» – pour reprendre une expression de Bourdieu. Notre diversité se rassemble sous une seule cause: celle de la République qui revendique la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 comme la colonne vertébrale de son projet. La Déclaration, toute la Déclaration, rien que la Déclaration.

Qu’est-ce à dire ?

Ce texte français pose les fondements d’une politique laïque qui remplace des siècles de monarchie théocratique au profit d’une République démocratique. Le lien politique ne se trouve plus dans l’articulation transcendante entre la cité de Dieu et la cité des hommes mais dans l’immanence du contrat social. On a longtemps pu croire que le contractualisme laïc serait un acquis définitif de notre civilisation, or la montée en puissance de l’islam politique qui promeut un retour à l’âge théocratique laisse à penser le contraire.

Le préambule expose que le but de l’organisation politique est le «bonheur de tous», on ne saurait donc imaginer que celui de quelques-uns s’impose contre celui des autres. Le communautarisme s’avère donc antinomique avec cette Déclaration qui invite au contraire à fonder la communauté: le communautarisme promeut la juxtaposition des opposés, la communauté quant à elle veut l’union des contraires.

On y trouve également une invocation à «l’Être suprême» sous les auspices duquel les auteurs de la Constitution placent leur projet. Voilà qui écarte donc le théisme pour qui Dieu veut tout ce qui advient, au profit du déisme pour qui la foi est une affaire privée qui ne saurait compter en matière politique. Le théisme est la doctrine des trois monothéismes religieux et théocratiques; le déisme, la doctrine d’une éthique philosophique laïque et démocratique.

Cette déclaration associe les droits aux devoirs de sorte qu’on ne saurait sans cesse demander l’élargissement des premiers sans se reconnaitre un certain nombre des seconds à l’endroit de la communauté – et non de la tribu communautariste. Une société dans laquelle on n’aurait que des droits et aucun devoir marquerait la tyrannie de l’individu et des minorités; une société dans laquelle on n’aurait que des devoirs et aucun droit révélerait sans conteste une société sinon totalitaire du moins autoritaire. Seule l’articulation équilibrée des droits et des devoirs constitue la république. Chacun peut constater que nous sommes dans une époque de revendication effrénée de nouveaux droits sans qu’aucun devoir ne s’en trouve pour autant reconnu. Le «j’y ai bien droit» fait la loi ; le «je m’en trouve obligé» fait désormais rire. La pléthore revendicative enfouit le devoir qui anoblit.

L’article 1 déclare que «les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits». Cette égalité concerne donc tous les hommes dans leurs rapports au droit et non aux faits. Elle n’exclut pas la différence entre les hommes et les femmes, les blancs et les noirs, les chrétiens et les incroyants, les juifs, les protestants et les musulmans, les athées et les agnostiques, les homosexuels et les hétérosexuels, elle n’en a que faire puisque seule importe l’égalité de l’homme devant le droit. La différence ne devient une inégalité que lorsqu’elle est exploitée politiquement: les hommes supérieurs aux femmes, les blancs supérieurs aux noirs, les chrétiens supérieurs aux musulmans, ou l’inverse, etc. Or, la loi républicaine garantit que la différence ne deviendra pas une inégalité politique du simple fait qu’elle assure l’égalité juridique.

Cette conception de l’égalité devant la loi n’interdit pas les inégalités naturelles – l’un court plus vite que l’autre, saute plus haut, pense mieux, calcule mieux, vieillit mieux, sait mieux se servir de ses mains, est plus endurant, montre plus de mémoire, sait mieux se servir de son intelligence sensorielle, est plus grand, plus beau, plus fort, plus vif d’esprit, plus mélomane, etc. Mais tous sont égaux devant la loi et leur diversité contribue à la richesse du monde dont la valeur réside dans ce que Segalen appelait le Divers. Cette diversité permet la fameuse «utilité commune» qui organise le divers dans le sens de l’Un qui est l’horizon de la république.

L’article 2 entretient des droits naturels et de leur caractère imprescriptible. Il y aurait à dire sur la possibilité même qu’un droit, par nature une convention culturelle, puisse être dit naturel! Les chrétiens aiment à s’y référer pour nommer ainsi les prescriptions culturelles de leur religion. Mais convenons qu’ici le droit naturel constitue une règle du jeu de base commune à tous les hommes selon le sens commun, après éducation, à même de permettre la structuration d’une république.

Que sont ces droits naturels? «La liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression». Quiconque attente à l’un d’entre eux s’engage effectivement dans la voie de la tyrannie! Le XX° siècle a montré de quelle manière pour les deux premiers droits  le XXI° semble décidé quant à lui à démontrer qu’il va faire de la sûreté et de la résistance à l’oppression des droits caduques.

Il n’est guère besoin de s’étendre sur la liberté réduite à une peau de chagrin depuis que les GAFAM et le capital font la loi, ou à la propriété qui, elle aussi, se trouve mise à mal avec une fiscalité qui pèse plus lourdement sur les pauvres et les classes moyennes, notamment via les taxes indirectes, que sur les riches véritables qui disposent des montages financiers de l’optimisation fiscale, des banques en Suisse et des paradis fiscaux.

La sûreté c’est en effet la possibilité pour le citoyen, quel que soit le lieu où il se trouve, à quelque heure que ce soit du jour ou de la nuit, de ne pas se faire maltraiter, voler, violer, agresser, insulter, mutiler, tuer, rançonner, racketter, molester. On sait qu’il existe aujourd’hui plusieurs centaines de zones dans le pays où ce droit n’est pas du tout respecté. Ajoutons à cela que le manquement à ce droit est également constatable en dehors de ces territoires déjà perdus pour la république. La sûreté est actuellement l’un des droits de l’homme les plus bafoués sur le territoire national.

La résistance à l’oppression s’avère également un droit de l’homme régulièrement jeté aux orties. Il est vrai que, dans un contexte individualiste, voire égotiste, comme celui de la France contemporaine, le premier venu peut se réclamer de ce droit-là par pur caprice afin de refuser de se soumettre à la loi républicaine. Disons que le droit à l’insurrection est légitime non pas quand un individu le décide, lui, son petit groupe ou sa tribu, mais lorsqu’une partie de la nation, sinon la totalité, estime que ses droits ne sont plus respectés.

Par exemple, en appeler à ce droit en 2008 était légitime quand le président Nicolas Sarkozy a décidé de ne pas tenir compte du résultat du référendum sur le Traité européen massivement refusé par le peuple en 2005 afin de l’imposer avec le Congrès à Versailles trois ans plus tard, car cette manigance violait clairement le droit du peuple, elle inaugurait un genre de coup d’État contre lui en méprisant son choix clairement signifié. L’insurrection eut été légitime; elle n’eut pas lieu.

L’article 3 dit que «le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.» Cet article est devenu caduque avec le Traité de Maastricht qui stipule explicitement que la souveraineté nationale est abolie au nom d’une souveraineté européenne! Plus de monnaie en propre c’est l’impossibilité de mener quelque politique que ce soit.

La Commission européenne, qui détient le pouvoir véritable, n’a pas été élue par les peuples, elle est l’émanation discrétionnaire des chefs de l’État de l’Union européenne. Le pouvoir se trouve partagé entre ces gens nommés et les groupes de pressions qui se moquent de la démocratie comme d’une guigne – ils sont 30.000 à Bruxelles à effectuer ce travail de lobbying pour l’industrie, le tabac, la chimie, l’alimentation, l’automobile et les droits des dites minorités. La souveraineté française se trouve niée par cette commission-là, elle ne se trouve donc plus dans le peuple.

Rappelons pour rire un peu que le premier président de cette commission dans sa forme première, Walter Hallstein, avait porté l’uniforme nazi: nonobstant pareil passé qui était un passif, il a tout de même dirigé le Conseil pendant une décennie, il avait en effet déjà adhéré dans le passé à cette idée que l’Europe pouvait être un horizon politique impérialiste.

L’article 4 concerne la liberté définie comme la possibilité de «faire tout ce qui ne nuit pas à autrui». Or, on constate aisément que les limitations de la liberté, qui se justifient lorsqu’il y a nuisance, sont bien plus étendues que cela. C’est toute pensée alternative à l’idéologie dominante qui se trouve empêchée, censurée.

La Déclaration signale que la liberté consiste à exercer pleinement les droits naturels: il ne saurait y avoir de liberté quand la sûreté n’est pas assurée, or, objectivement, elle ne l’est pas.

Elle l’est d’autant moins que la police, qui est censée faire respecter la loi, n’est plus soutenue par le chef de l’État Emmanuel Macron ni même par celui qui fut son ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, qui annonçait publiquement que l’émotion pouvait primer la loi et le droit – pourvu que cette émotion procède de l’idéologie maastrichienne. Il s’agissait pour le pouvoir d’absoudre une manifestation indigéniste et racialiste ayant réuni 20.000 personnes en période d’interdiction d’un rassemblement de plus de 10 personnes pour cause d’épidémie de coronavirus.

Ajoutons à cela que, sous prétexte de violences policières, le même gouvernement oppose les violences urbaines illégales aux opérations de force publiques légales qui tentent d’y répondre en affirmant que les violences urbaines sont tolérables alors que l’exercice de la force publique ne l’est pas! On imagine bien ce qu’il en est de la sûreté quand l’État accable ses forces de police et absous les délinquants.

L’article 5 donne les limites à loi: il précise en même temps ce qu’il faut entendre par liberté (le pouvoir de dire, faire, écrire et penser ce qui ne nuit pas à autrui) non plus seulement à l’endroit de l’individu, l’homme et le citoyen, mais envers la communauté et la collectivité. Il s’agit donc de défendre la société contre ceux qui voudraient la défaire ou ne pas ou plus la faire…

Où l’on retrouve en même temps l’idée que des devoirs sans droits sont tyrannie de la société contre les individus et des droits sans devoir, tyrannie des individus contre la société. La loi équilibre les devoirs et les droits, elle ne saurait vouloir que triomphent les devoirs sur les droits et vice versa.

Notre époque de tyrannie des droits et de mépris des devoirs n’a plus le sens de la communauté, de la collectivité, de la société, de la république. De sorte qu’au nom d’un droit revendiqué par un ou deux, ou par une minorité, une poignée de personnes, sans souci de son effet sur la société, d’aucuns estiment non pas qu’ils sont au service de la loi et du droit mais que la loi et le droit sont à leur service.

Cette même époque, moins soucieuse du bonheur des pauvres que du bien-être des animaux, ne pense plus en terme de «Société» (la majuscule se trouve dans la Déclaration) mais de tribus comme il en fut dans les débuts de l’humanité racontés par Charles Darwin. La loi ne saurait être l’instrument des individualités ou des singularités, des minorités ou des particularités mais des majorités respectueuses des minorités – et non des minorités irrespectueuses des majorités. Tocqueville se trompait quand il faisait de la démocratie le régime qui risquait la tyrannie de la majorité car c’est la tyrannie des minorités qui la gangrène bien plus sûrement.

L’article 6 entretient de «la volonté générale». On sent que les auteurs ont lu Rousseau et il ne faut pas perdre de vue la définition qu’il en donne dans Du contrat social (1762). Elle n’est pas la somme des volontés particulières en tant qu’elles se détermineraient selon le caprice subjectif, individuel et personnel de l’électeur mais en tant que le vote individuel est motivé par l’intérêt général: non pas «est-ce bon pour moi?», triomphe de la déliaison égotiste, mais «est-ce bon pour la communauté?», création du lien social.

Cette loi, précise l’article, procède de cette volonté générale de deux façons, mais toujours par le peuple: soit par lui-même, soit via ses représentants. Autrement dit, soit la démocratie directe, soit la démocratie indirecte. Même s’il triomphe depuis deux siècles, le système représentatif ne représente qu’une option sur deux. Celle qui sévit depuis si longtemps peut être remise en cause tant la représentation a failli.

Il suffit en effet d’effectuer la sociologie de l’Assemblée nationale et du Sénat pour constater qu’avec le découpage électoral et le régime des partis, le dispositif sélectif n’est pas tellement éloigné du régime censitaire pour qui le peuple devait être représenté par ses élites sociales suffisamment fortunée – autrement dit des avocats, des fonctionnaires, des professions libérales, des enseignants, des cadres supérieurs, des permanents politiques , des chefs d’entreprise, des médecins, des ingénieurs, mais pas d’ouvriers, d’employés, de manœuvres, d’artisans, de petits commerçants, sinon deux ou trois exceptions pour confirmer la règle …

Or, le noyau dur de notre proposition consiste à basculer de la démocratie représentative qui a remis le pouvoir entre les mains d’une caste de professionnels de la politique à la démocratie directe activée sur le principe autogestionnaire et girondin du communalisme libertaire. J’ai détaillé les modalités de cette transition dans un livre intitulé Décoloniser les provinces (L'Observatoire, 2017).

Cet article stipule l’égalité devant la loi. Or, chacun sait qu’il n’en est rien et que la lutte des classes, la vérité sociologique du moteur de l’Histoire, génère une justice de classes qui se soucie moins de dire le droit et la loi que d’imposer le politiquement correct du moment. L’existence du Code noir, du droit colonial, des lois de Vichy ou, plus récemment, les empressements politiciens du Parquet national financier, valident cette hypothèse.

Cette égalité devant la loi se double d’une égalité devant les «dignités, places et emplois publics». Elles doivent être attribués en fonction des vertus et du talent – et non plus en fonction d’une aristocratie de naissance. Ce qui semble interdire toute discrimination qu’elle soit positive (on refuse une personne de couleur ou un sexe…) ou négative (on privilégie un sexe ou une couleur …). Si vertu et talent il y a, peu importent la couleur de peau, le sexe, la religion, l’orientation sexuelle. En revanche, tout choix qui procèderait de la couleur de peau, du sexe, de la religion et de l’orientation sexuelle viole cet article sixième.

L’article 7 examine les conditions d’arrestation et de détention et les met en relation avec la loi. Pas question, donc, qu’en matière de justice les forces de la l’ordre, comme elles sont bien nommées, soient arbitraires et obéissent à leur caprice, ce qui définirait un ordre injuste et l’embryon d’une tyrannie ou d’une dictature.

Je remarque que l’article écrit «nul homme» etc, et que l’on constate ici sans difficulté que le substantif, qu’on trouve également dans la formule Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, n’est pas genré comme on dirait aujourd’hui, car il concerne les hommes et les femmes sans distinction de sexe. Qui pourrait croire qu’en écrivant le mot homme les auteurs de ce texte, inspirés par la philosophie des Lumières, aient sciemment exclu les femmes de ce projet pour ne leur reconnaître ni droits mais surtout ni devoirs!

Plus souvent passé sous silence, cet article signale un devoir de l’interpellé: celui de se soumettre à la demande de la personne investie par l’autorité de la loi. Résister aux forces de l’ordre qui n’interpellent pas de façon arbitraire mais parce qu’elles suspectent une désobéissance à la loi, qui, rappelons-le, est volonté générale du peuple, décide avant toute autre chose de la culpabilité du citoyen interpelé. Se soustraire à l’interpellation est déjà viol de la loi.

La punition de qui utiliserait les forces de l’ordre contre la loi est également prévue. Selon le principe d’égalité, les droits et devoirs de l’interpelé accompagnent les droits et devoirs de l’interpellant. De sorte que, de la même manière qu’il faut équilibrer droits et devoirs selon la loi, il faut équilibrer, toujours selon la loi, celui qui active la force publique et celui qui en fait l’objet, ceci afin d’éviter la tyrannie de la police tout autant que la tyrannie du délinquant. Chacun conviendra qu’en la matière, notre époque a basculé dans la tyrannie du délinquant.

L’article 8 établit qu’une loi ne saurait être rétroactive: autrement dit, personne ne saurait être jugé dans un temps pour ce qui n’était pas défini comme un crime dans un temps antérieur.

D’un point de vue strictement juridique, le tribunal de Nuremberg a jugé les criminels de guerre nazis au nom d’une loi qui a été promulguée après leurs crimes: la capitulation du IIII° Reich national-socialiste date du 7 mai 1945, la loi qui définit les crimes contre l’humanité, en vertu de laquelle sont jugés les dignitaires nazis, date du 8 août 1945.

Notre époque qui entend revisiter l’Histoire prend appui sur cet exemple qui permet, avec une distance non pas de trois mois, comme avec le tribunal de Nuremberg, mais de plus de cinq siècles, de juger selon les catégories du jour les exactions commises par Christophe Colomb et ses suivants.

De sorte que, quand Christiane Taubira, ministre de la Justice d’un gouvernement socialiste, obtient qu’une loi qui porte son nom reconnaisse officiellement que la traite des noirs et l’esclavage (toujours actif en Libye, en Mauritanie, au Sahel…) soient qualifiés de crime contre l’humanité, elle juge 1492 avec une loi de 1945 et viole donc l’article 8 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Ajoutons que le texte est rédigé de façon à ce que la traite négrière soit localisée et ne stigmatise que les Européens blancs. Il n’est en effet pas question de la traite asiatique ou africaine des noirs par des musulmans, une traite qui a duré beaucoup plus longtemps que la traite organisée par les européens, et qui a de ce fait occasionné beaucoup plus de morts. Dans certains pays africains de tradition musulmane, cette traite dure encore alors que l’Europe l’a abolie au XIX° siècle.

L’article 9 affirme que tout présumé coupable est d’abord présumé innocent avant qu’un jugement n’ait décidé qu’il était soit l’un soit l’autre.

Cette présomption d’innocence est la plupart du temps bafouée par la presse qui se trouve très rarement poursuivie pour avoir donné une publicité, qui vaut la plupart du temps présomption de culpabilité, à une affaire en cours.

Le texte demande que la «rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s’assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi». Il est bien évident qu’en 1789, les auteurs de ce texte ne pouvaient imaginer que la rigueur dont il est question ici, et qui semble renvoyer à la contrainte par corps, puisse concerner la contrainte par esprit qui accable ceux dont on bafoue la présomption d’innocence en donnant un vaste écho médiatique à leur dossier.

En vertu de l’adage selon lequel «il n’y a pas de fumée sans feu» la popularité donnée à une affaire dont le traitement juridique est en cours vaut, avant toute instruction du dossier et jugement effectif par un tribunal dûment mandaté, un genre de peine capitale: le déshonneur. Il est vrai qu’en un temps où l’honneur est moqué l’offense ne parait plus mortelle à presque personne…

L’affaire Dominique Baudis en témoigne: cet homme politique injustement accusé par une grande partie de la presse de participer à des soirées sexuelles avec abus d’enfants et crime pédophilique a été trainé dans la boue par des journalistes avant d’être blanchi. Il est mort peu de temps après la guillotine de cette justice médiatique qui bafouait cet article 9.

L’article 10 est majeur pour notre République contemporaine. Il dit explicitement: «Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi.»

Le «même religieuses» nous rappelle à l’obligation de contextualiser cet article: en 1789, la religion catholique est religion d’État et l’athéisme est même sévèrement puni. Rappelons que le préambule de la Déclaration de 1789 se place sous les auspices de l’Être suprême et que Robespierre envoi les athées à la guillotine le 24 mars 1794… C’est donc au catholicisme qu’il est prioritairement fait référence. Mais, à l’époque, on peut également songer au judaïsme. En tout cas, pas à l’islam.

Deux cent trente et un ans plus tard, la démographie de la France a changé, de même son rapport à la religion chrétienne, mais également la place de la religion musulmane dans le pays. Quasi absente en 1789, elle est devenue la deuxième religion française et la première communauté en Europe, avant l’Allemagne dont la généreuse politique d’accueil des Turcs est bien connue.

L’article précise que les manifestations religieuses sont acceptées dans la limite où elles ne troublent pas l’ordre public établi par la loi. Or, en vertu de la loi de 1905, la République est laïque. Par conséquent, elle ne saurait prendre en compte des revendications qui mettraient à mal cette loi de 1905 sur la séparation des églises et de l’État.

Un sondage ICM publié par Newsweek révèle que 16% des Français musulmans soutiennent l’État islamique. Un pourcentage qui grimpe à 27 % pour les 18-24 ans. Un sondage du Pew Research center signale qu’en France 42 % des jeunes musulmans soutiennent les attentats suicide. Peut-on imaginer que cette importante frange de la population ne trouble pas l’ordre public en manifestant son adhésion aux thèses d’un État ayant clairement déclaré la guerre à l’État français  A l’État français mais également à tout ce qui l’accompagne c’est-à-dire à la civilisation judéo-chrétienne – on sait en effet que le judaïsme, tout autant que le christianisme, sont présentés à longueur de sourates et de versets du Coran comme des religion d’infidèles et de mécréants à qui il faut mener une guerre sans merci. Cette guerre n’est pas symbolique ou allégorique, avec des mots et des idées, mais réelle et concrète. Elle se mène aujourd’hui avec des couteaux et des explosifs, des voitures bourrées de bombes ou des rafales de kalachnikov.

On peut avoir peur de ce projet belliciste et belliqueux pour notre civilisation: en est-on pour autant islamophobe? Au sens étymologique, oui; au sens polémique auquel le politiquement correct réduit ce mot: non.

Au-delà de la religion, l’article envisage également la possibilité de disposer d’une libre opinion: faut-il accumuler les preuves pour montrer que la libre expression d’une opinion libre est aujourd’hui un luxe tant la presse et l’édition se trouvent aux mains de milliardaires subventionnés par l’État pour leurs journaux, donc par l’argent du contribuable, à des fins de propagande du politiquement correct et de destruction par tous les moyens d’un média qui échapperait à cette dictature idéologique?

L’article 11 précise le précédent: la liberté d’expression, est-il dit, «est un des droits les plus précieux de l'Homme», c’est pour l’heure l’un des plus maltraités, l’un des plus abîmés.

Internet permet, sous couvert d’anonymats et de pseudonymes, de dire tout et n’importe quoi, ce qui témoigne de ce qu’est une liberté d’expression totale. On y trouve toutes les folies nihilistes de notre époque: le négationnisme, le révisionnisme et l’antisémitisme y prospèrent sans limites; les connexions ayant majoritairement pour premier motif la pornographie, on y trouve aussi bien la possibilité de contrats sexuels en ligne qui permettent de payer 20 euros pour assister en direct au viol d’un jeune garçon ou d’une jeune fille en Asie, sinon des invitations à légaliser la zoophilie, par exemple avec une association ayant pignon sur rue aux Pays-Bas; l’intoxication idéologique permet à chacun de s’autoriser de lui-même pour prétendre à telle ou telle compétence dans n’importe quel sujet, le site d’un expert côtoie à égalité celui d’un faussaire ou d’un menteur.

L’idéologie dite libertaire des concepteurs d’Internet refuse tout contrôle et croit, de façon très angélique, à un genre de main invisible qui régulerait le marché de la vérité sur la toile – c’est la thèse irénique et libérale du vieux soixante-huitard Raoul Vaneigem. On voit bien qu’une pareille fiction fait l’économie de ce que sont et font les hommes…

Le vieux circuit du papier, journaux, revues et livres, se trouve entre les mains de quelques milliardaires qui, de la sorte, s’assurent des moyens de contrôler l’information et de pourvoir à la propagande idéologique du capitalisme mondial.

Ce vieux monde voit la liberté du net menacer ses dispositifs d’endoctrinement et ses lieux de matraquage. Il ne peut plus régner seul, impunément, car, dans la boue d’internet se trouvent parfois des pépites sur des sites dits de réinformation.

Dès lors, il a entrepris de réguler le net en fonction de sa doctrine afin d’en évincer ce qui prouve de manière flagrante leur travail de désinformation. La loi Avia fut la façon la plus visible qu’eut le pouvoir maastrichtien de vouloir censurer non pas le net mais ce qui, sur le net, mettait à jour la nature et l’importance de la désinformation cachée sous les faux ors de l’information du système. Le fait qu’elle ait été refusée par le Conseil constitutionnel n’est qu’une pause…

L’article 12 aborde la question des forces de l’ordre. Sauf à croire, sur le principe funeste élaboré par Rousseau en vertu duquel l’homme est naturellement bon et qu’il ne s’est perverti qu’à cause de la société en général et de l’instauration de la propriété en particulier, il faudra toujours compter avec la vérité anthropologique révélée par Darwin dans La Filiation de l’homme et la sélection liée au sexe (1871): nous n’avons pas été conçus par un créateur avec une âme immatérielle de même nature ontologique que celle de Dieu car nous sommes le produit de l’évolution d’un singe. Or, malgré toute l’entreprise de civilisation ayant eu lieu depuis, nous avons gardé le tropisme du territoire, de la lutte pour la domination, de l’agressivité physique, du combat pour imposer la loi du plus fort, fut-ce au prix d’une mise à mort.

La loi permet de contenir cette violence, de l’empêcher. Mais tous n’y sont pas pareillement sensibles. Il faut, pour appréhender ceux qui s’en affranchissent, une police armée susceptible de faire respecter la loi, autrement dit la volonté générale exprimée par les élections. Cette police est là pour garantir le règne du droit et de la loi.

Or, la loi qui invite à voir les hommes comme des êtres prompts à s’en affranchir concerne également la police. Il se peut que celle-ci outrepasse la loi, s’affranchisse du droit et mette la force qu’elle tient de la volonté générale au profit de volontés particulières: la police publique devient alors une milice privée.

Dans la configuration du pouvoir maastrichtien, on peut avoir souvent l’impression que la police se met moins au service de la volonté générale, de la loi, du droit, du peuple souverain, que des intérêts politiques de la caste économique qui dispose du pouvoir en Europe mais aussi au-delà d’elle. Si la police n’est pas au service de la volonté générale mais de volontés particulières coalisées, alors elle contrevient elle-même à la loi qu’elle est censée défendre et au droit qu’elle est censée honorer. Qu’on se souvienne de l’usage qui fut fait de la police et de l’armée contre les gilets-jaunes.

L’article 13 établit que cette force publique, ainsi que l’administration qui l’accompagne, doit être payée et que le budget nécessaire à cette rétribution est imputable aux citoyens. Ce qui double l’information contenue à l’article précédent que la police est un dispositif public relevant de la volonté générale, du bien public et de l’intérêt de tous et non une milice aux ordres d’une caste qui, après s’être emparé du pouvoir avec, au minimum, l’aide de la propagande d’État, entend bien le garder pour elle afin d’effectuer ses affaires sans le peuple, malgré le peuple, voire, souvent, contre le peuple.

Cet article examine également les modalités de la répartition du coût de la police et de l’administration par les citoyens. La répartition égale est un principe, mais les modalités de cette répartition restent floues: tout le monde ignore quelle part de son impôt se trouve affectée à la police et à l’administration. L’impôt direct et indirect se prescrivent de façon drastique. Quand tout l’État s’effondre (l’école véhicule d’inculture, la justice idéologique, l’armée réduite aux tâches de gardiennage, la police désavouée par son ministre, la valeur de la monnaie décidée hors de la France…), le service des impôts fonctionne à merveille! On sait que le ministre du Budget travaille en liaison étroite avec le président de la République pour doter les postes qu’il estime essentiels selon son bon vouloir. Il est bien évident que le citoyen n’a pas son mot à dire dans cette façon de faire…

L’article 14 envisage en effet la question de l’implication directe du citoyen dans la décision d’affecter son impôt plutôt ici qu’ailleurs. Ce travail est abandonné aux élus qui obéissent à leurs partis, partis qui votent comme un seul homme pour ou contre le budget à l’Assemblée nationale en vertu des ordres donnés par leurs patrons. Un chef d’État qui dispose d’une majorité parlementaire ne rend jamais aucun compte du détail de l’impôt au citoyen qui se trouve exclu de cette décision pourtant majeure de la conduite des affaires d’un pays, d’une nation, d’un État. Le jacobinisme français fait du budget non pas une affaire de citoyens mais une affaire de partis politiques et de majorités au Congrès.

On peut imaginer, par exemple, que les budgets consacrés à l’immigration votés par les partis maastrichtiens qui se partagent le pouvoir pourraient faire l’objet de débats suivis de référendums de façon à ne pas laisser la conduite de la vie politique française aux seuls partis qui ne se reconnaissent aucun devoir à l’endroit du peuple parce qu’ils en font perpétuellement l’économie, sauf quand il fait solliciter leurs suffrages.

En régime de démocratie représentative, l’impôt, qui s’avère un dossier très technique, se trouve verrouillé par l’administration qui obéit au pouvoir d’un seul. Pas sûr que la démocratie y trouve son compte, ni même le peuple… En revanche, la bureaucratie, les énarques, les techniciens, l’administration, les eurocrates, si.

L’article 15 précise les deux articles qui précèdent. Cet argent levé par l’impôt et destiné à l’administration de l’État, le citoyen qui le verse doit pouvoir le contrôler. Le contrôle est en effet le seul moyen de vérifier que l’attribution de l’impôt du citoyen est bien affectée là où elle doit l’être pour les fonctions prévues à cet effet. Pour éviter que ce prélèvement effectué sur les citoyens ne serve à d’autres tâches que celles de la sécurité et de la sûreté (rappelons-le: l’un des quatre droits naturels imprescriptibles), le regard empêche que soit financée une milice privée qui, entretenue financièrement par le peuple, se retourne politiquement contre lui. Seul ce pouvoir contrôleur interdit que la police devienne une milice.

L’article 16 explique qu’une société qui ne garantit ni n’assure les droits ne saurait se trouver constituée puisqu’elle n’aurait pas de constitution, autrement dit de feuille de route pour créer, réaliser et maintenir la république. La Constitution est donc surtout un contrat entre les citoyens et le souverain ainsi constitué, autrement dit avec le détenteur d’un pouvoir qui n’a de droit que par le transfert effectué par le peuple sur sa personne.

Pour que ce pouvoir soit, il faut également que, selon la théorie exposée par Montesquieu dans L’Esprit des lois (1748) le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire soient strictement séparés et indépendants. Autrement dit que celui qui détient le pouvoir, celui qui fait les lois, celui qui rend la justice évoluent dans des mondes étanches. Qui dira sans attirer le rire sur lui que c’est le cas aujourd’hui?

L’article 17 pour sa part, garantit la propriété mais légifère sur les conditions dans lesquelles elle peut être confisquée. Ce qui veut dire qu’en dernière instance, ce droit peut bien être dit inviolable et sacré, on trouve malgré tout dans le même article l’affirmation qu’il peut être violé et profané si l’État le décide, en fonction du bien public et de l’intérêt général, et sous condition d’une juste rétribution. C’est tout simplement le texte qui permet la préemption, la confiscation ou la nationalisation sur ordre de l’État pourvu qu’il soit animé par le souci de l’intérêt général et du bien public. Il s’agit là d’un dernier article qui affirme plutôt les droits de l’État et les devoirs du citoyen d’y obéir…

On me pardonnera ce long et fastidieux commentaire de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Mais elle me semble, plus qu’un énième programme politique fumeux, un texte solide sur lequel on peut encore et toujours constituer un contrat social, une société, un État qui protège et garantisse la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité, le féminisme, un équilibre entre les devoirs et les droits de l’État et les droits et les devoirs de l’homme et du citoyen.

Je me répète : des droits sans devoirs signalent la licence égotiste qui est le contraire de la liberté individuelle; des devoirs sans droits signalent la tyrannie étatiste qui est le contraire d’une liberté collective. Notre époque semble tout entière faite de perpétuelles revendications des droits sans aucune reconnaissance d’aucun devoirs. Une surenchère tribale de droits individuels manifeste incontestablement la fin du contrat social, donc de toute société, au profit de communautarismes – c’est la mort de la république, nous y sommes. De la même manière que, dans un régime autoritaire, une surenchère de devoirs imposés aux citoyens sans que des droits ne leurs soient reconnus trahit immédiatement une tyrannie.

Après lecture, relecture et méditation de la déclaration de 1789, quel pourrait bien être notre charte ?

La voici:

La liberté sans la licence, l’égalité sans l’égalitarisme, la fraternité sans l’obligation, la laïcité sans le dogme, la propriété sans le monopole, le féminisme sans la guerre des sexes, la différence sans l’inégalité, les minorités sans leur tyrannie, les majorités sans leur hégémonie, la communauté sans le communautarisme, la sûreté sans le césarisme, la raison du peuple sans l’instinct de la populace, l’autorité sans l’autoritarisme, la démocratie sans la démagogie, la dialectique des droits et des devoirs, l’équilibre entre l’individu et la société, la loi sans l’arbitraire, la police sans la milice, la liberté d’expression sans le mépris, la paix sans craindre la guerre, la nation sans l’oubli des régions, le local avec le global, l’Europe avec la souveraineté des Nations, le politique sans la politique : voilà ce qui définit la République à laquelle nous aspirons.

Voilà qui n’est ni rouge, ni brun , mais tricolore.

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