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Paysans : quand le système tue

Camille Beaurain a 27 ans. Il y a trois ans, son mari, agriculteur, s’est suicidé dans son exploitation. De cette épreuve, elle a tiré un livre "Tu m'as laissée en vie" qui vient d’être réédité chez J’ai Lu, dans lequel elle décrit les raisons qui ont conduit son époux, jeune exploitant du Vimeu dans la Somme, à mettre fin à ses jours.

Paysans : quand le système tue
Publié le 30 août 2020

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Tous les jours, deux agriculteurs se suicident en France, selon les statistiques officielles de la sécurité sociale agricole (MSA). Pour Augustin, agriculteur dans la Somme, c’était le 27 octobre 2017. Ce jour-là, son épouse Camille découvre son mari pendu à une corde dans le grenier de leur ferme. Quelques minutes permettent à l’homme de 31 ans de commettre l'irréparable. Camille n'a rien pu faire, ni cette fois-là, ni lors de sa première tentative quelques mois plus tôt.

Dans son livre "Tu m'as laissée en vie" (J’ai Lu), Camille Beaurain offre un témoignage qui permet de comprendre comment le monde paysan meurt aujourd’hui en France, non seulement de la libéralisation des marchés et des insuffisances administratives mais aussi de la charge de travail incommensurable et de l’isolement social. « Au fur et à mesure, cela devenait de plus en plus compliqué de gérer, moralement et physiquement, de travailler pour ne rien gagner, et en plus de ne même pas réussir à payer ses factures. La dépression s'est installée, avec une grande fatigue »raconte-t-elle. « Personne n'en parle, et c'est bien ça le problème. C'est tabou. Or la plupart des agriculteurs aujourd'hui en France se mettent dans une bulle. (...) Les syndicats, les organismes comptables, les banques ou les chambres d'agriculture n'ont pas encore compris le mal-être des agriculteurs ».

Phénomène structurel plus que conjoncturel, la surmortalité par suicide chez les agriculteurs est observée depuis au moins 40 ans sur notre territoire. La moyenne européenne est d’environ 10 suicides pour 100 000 habitants, mais La France se place au-dessus des moyennes statistiques, avec 13,2 et surtout de fortes disparités régionales - Bourgogne-Franche-Comté, Rhône-Alpes Auvergne et Bretagne sont particulièrement touchées. Une étude publiée en juillet 2019 par la Mutualité sociale agricole (MSA) démontre qu'il existe une surmortalité par suicide de 12,6 % des assurés du régime agricole par rapport aux autres catégories de population.

Près de la moitié de ces suicides concerne des exploitants dont la surface agricole utilisée (SAU) est inférieure à 50 ha. « Un exploitant installé sur moins de 50 ha à 1,5 fois plus de risque de se suicider qu’un exploitant de plus de 200 ha, à orientation productive, âge, sexe et région identiques » explique Nicolas Deffontaines, chercheur à l’université du Havre et auteur d’une thèse sur le suicide paysan. Même les catégories d’agriculteurs qui se suicident le moins passent finalement davantage à l’acte que les ouvriers. Et malheureusement, si le nombre annuel de suicides est en augmentation, il serait, d’après les chercheurs, encore sous-évalué…

En mars 2020, le gouvernement a donné six mois au député (LREM) du Lot et Garonne, Olivier Damaisin pour faire l'état des lieux du mal-être paysan et proposer des pistes de prévention au suicide agricole. Les recommandations du député du Lot-et-Garonne devraient être rendues publiques d’ici quelques semaines.

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