Menu
europe
Une autre Europe est possible : mon cri du coeur

Soit l'Europe telle qu'elle est devenue continue de se déliter dans un vaste ensemble de libre-échange, et cela signifierait la mort lente de notre nation française. Soit un sursaut citoyen a lieu, en 2 étapes : le Frexit complet pour retrouver notre propre souveraineté, puis la création d'une Europe des nations, moderne, choisie par les peuples.

Une autre Europe est possible : mon cri du coeur
Publié le 30 août 2020

OFFRE SPECIALE:

69€ (offre limitée)

Abonnez-vous pendant un an à Front Populaire (site + revue n°2, 3, 4 et 5) et recevez chez vous en plus le n° 1 (été 2020).

A) La fin du rêve maastrichtien

Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été européen et fédéraliste. Loin de l'image lénifiante du « sens de l’histoire », il y avait néanmoins un peu du « cercle de la raison » dans mes réflexions : quand on voyait l’évolution du monde, je pensais que l’Union européenne fédéraliste était pour la France le seul moyen de rester indépendant et puissant dans un monde composé de gros blocs géographiques dominants, agressifs économiquement et militairement. La constitution européenne de 2004 semblait une chance dans cette optique car un pas de plus important vers une confédération européenne. Cette Europe-là était d'ailleurs assez différente de l'Europe imposée finalement au traité de Lisbonne car beaucoup plus ambitieuse sur certains points : claire dans son fonds "fédéraliste", extension du vote à la majorité qualifiée, mise en place d’un gouvernement économique, création d'une défense européenne...

Mais le peuple français a dit clairement non et s'est pourtant fait imposer de facto une Europe qu'elle ne voulait pas et qui est devenue, hélas, la pire qui soit. Avec le traité de Lisbonne, nous sommes en fait depuis restés au milieu du gué : la fin consacrée de la souveraineté nationale avec la dominance toujours plus forte du droit absurde européen mais aucun renforcement politique ou économique d’une puissance européenne.

Nous avons ainsi hérité du pire des systèmes bureaucratiques dont on voit désormais l'échec sur 3 points fondamentaux :

a) Ces 10 dernières années ont été un formidable révélateur de l'incurie de l'Europe sur ce qui était sa raison d'être intrinsèque : l'amour des peuples, l'entraide et la solidarité. La crise des migrants a prouvé par exemple que l'on a très vite et facilement abandonné nos amis Italiens confrontés à des vagues de bateau de réfugiés et d'horribles cas de conscience. Face à cela, la position de la France et de l'Europe a été infâme : les Italiens ne voulaient pas plus que nous des migrants chez eux mais nous n'avons rien fait pour les aider. Pourquoi ne pas avoir envoyé conjointement des bateaux de guerre au large des eaux libyennes et intercepté les bateaux avant qu'ils ne rentrent en pleine mer ? Et un accord avec le gouvernement libyen ne pouvait-il être obtenu ? ... Autre exemple, le Covid a fait éclater l'hypocrisie de l'Europe actuelle avec un manque total de solidarité entre tous ces États pourtant frères, unis par une histoire si longue et forte... 60 ans d'Union européenne pour aboutir à ce triste spectacle... !

b) L’Europe actuelle a également échoué sur la partie économique : elle a abordé la mondialisation avec naïveté, sûr de représenter le progrès, en ouvrant grandes ses frontières aux investissements étrangers sans protéger ses propres entreprises stratégiques. Sur ce point, l'affaire Alstom est exemplaire (cf. source I). Elle a pensé que la fin de l'industrie et le tout services étaient encore le fameux "sens de l'histoire" et le nec plus ultra de la modernité : elle n'a vu en l'Européen qu'un consommateur à intoxiquer aux prix toujours plus bas. La fin de l'industrie française et la baisse des prix permises par les importations chinoises étaient donc pour elle une victoire du consommateur français... Elle en rajoute une couche désormais avec sa nouvelle obsession environnementale. L'Europe qui représentait en 2019 un faible 10,3% des émissions de CO2 dans le monde (dont la France 1%...) (cf. source II), après avoir sacrifiée son industrie nucléaire décarbonée, va rapidement tuer son industrie automobile au profit des chinois avec de nouvelles normes arbitraires obligeant en urgence les derniers constructeurs européens à passer au tout électrique dépendant de batteries à haute valeur ajoutée…chinoise. La monnaie unique, l’Euro, est également le symbole de cet échec économique car, faute de puissance politique et de volonté commune, elle a échoué à devenir une monnaie de référence internationale (cf. source III) et sa surévaluation a entraîné la chute des économies du Sud.

c) L’Europe a enfin échoué dans sa cohérence politique et son intégration : au lieu d'évoluer en cercle concentrique avec un groupe initial de 6 intégré et une zone de libre échange autour, l'Europe libérale actuelle est restée "en même temps" les deux systèmes avec désormais 27 États membres qui ne veulent plus du tout la même chose. La France veut une défense européenne indépendante mais les pays d'Europe de l’Est veulent, par leur histoire, rester sous protection américaine, la France veut désormais protéger son industrie quand l'Allemagne n'a aucun intérêt économique au protectionnisme et quand les autres pays (à part l'Italie) n'ont déjà plus d'industrie, les pays "frugaux" du Nord ne veulent uniquement que d’une une zone de libre-échange économique...etc
La vision même du monde de demain n'est donc surtout plus la même entre ces 27 pays européens, la position de vassal aux américains ou aux chinois ne semblant pas forcément déplaire à certains États membres pour qui l'Europe "puissance" chère à Macron est un "machin" de plus. De facto, une grande majorité de pays européens vont désormais se suffire d'être des puissances faibles ou moyennes, avec une économie de service sans industrie, une politique étrangère neutre sous protectorat américain ou autres.

Mais la France a une histoire singulière, particulière, la France se veut grande, indépendante et universaliste sans être donneuse de leçons. Comme disait le Général de Gaulle, "la France ne peut être la France sans la grandeur".  28 ans après le traité de Maastricht et 10 ans après le traité de Lisbonne, on doit donc faire le constat amer de l'échec de l'Europe libérale et technocrate actuelle.  Mais une autre Europe est-elle possible ? Ce constat de l'échec actuel de l'Europe est partagé par d'autres pays mais le système peut-il être changé de l'intérieur ? Plus profondément, l'Europe actuelle est-elle capable de revenir aux fondamentaux et de réécouter les peuples ? Certains semblent penser que l'on peut supprimer les défauts de l'Europe actuelle par quelques modifications législatives comme l’abandon de la primauté du droit européen sur le droit français, une règle des 3% de déficit assouplis...etc (cf. sources IV et V). Pour ma part, je pense désormais qu’aucune majorité de pays ne pourrait malheureusement se dégager en Europe pour changer profondément de logiciel et protéger notre économie ou exprimer une puissance européenne face aux géants numériques et économiques. Or, si on ne réinitialise pas tout de suite l'Europe libérale, elle va lentement mourir, se déliter pour finir déchirée et dévorée par les ogres GAFAM, américains, russes, indiens ou chinois.

B) Le Frexit

Pendant longtemps, le Frexit et la sortie de l’Euro ont été des gros mots, synonyme de vieux grincheux n’ayant rien compris à l’économie et au sens de l’histoire. Le débat du 2ndtour de la dernière présidentielle et la prestation lamentable de MLP face à EM sur ce sujet a d’ailleurs bien renforcé cette vision des choses auprès de la population française. Mais cette position peut désormais évoluer, des arguments forts, factuels, objectifs et difficilement réfutables sont depuis apparus : les traitements catastrophiques des migrants et du Covid par l’Europe ont montré la fin du « rêve européen », les délocalisations, la fin de l’industrie ainsi que les analyses successives du FMI et du CEP ont montré le coût économique monstrueux de la surévaluation de l’Euro pour la France et les pays du Sud de l’Europe (cf. sources VI et VII). Notre économiste FP Jacques Sapir nous a également montré que, finalement, les risques sur les dettes publiques et privées d’un retour au Franc étaient plutôt faibles pour la France et que plusieurs voies politiques existaient pour un Frexit total UE et Euro (cf. source VIII). Ce Frexit semble complexe mais réalisable et assez peu anxiogène finalement dans un marché financier mondial structurellement composé de taux d’intérêts d’emprunt très bas. Contrairement à 2017, les décideurs économiques ainsi que les classes moyennes françaises craignant pour leurs quelques économies en euros peuvent désormais en 2020 être convaincus par un Frexit !

Mais admettons que la France fasse son Frexit, une fois sortie de l'UE actuelle, quel avenir pour la France ? Le Frexit permettra un gain fort de compétitivité, le nouveau Franc s'évaluant probablement avec une baisse de 20% à 30% sur l'Euro actuel. Sa souveraineté retrouvée permettra aussi à la France de protéger et développer son industrie, de décider de son immigration, de supprimer ce carcan de normes européennes absurde qui l’étrangle et de réinvestir dans son avenir grâce à la Banque de France. Mais quoiqu'il arrive, la France actuelle n'étant plus celle des années 1960, pourra-t-elle peser seule dans les décisions du monde ? Comment négocier des accords bilatéraux à notre avantage face à des géants comme les États-Unis, la Chine ou demain l'Inde ? Comment en fait rester dans la course sur des sujets stratégiques de souveraineté comme le militaire, le numérique, la recherche ? Comment ne pas être écrasé politiquement à terme par des budgets et dépenses 10 à 20 fois supérieurs aux nôtres ? Il ne faut pas être défaitiste sur ces sujets et on peut imaginer après le Frexit une explosion de l’UE et des accords multilatéraux avec d'autres pays européens pour "peser" mais ne soyons tout de même pas naïfs : on l'a vu sur la route de la Soie chinoise en Italie, en cas de dissolution de l'UE, chaque État européen jouera sa propre partition, l'un avec les États-Unis, l'autre avec la Chine. La France, malgré sa puissance militaire et politique, sera marginalisée et isolée à terme dans ce monde bipolaire si elle continue à se rêver grande, indépendante et puissante politiquement. Notre pays, par son histoire et son potentiel, sera de plus forcément ciblé et attaqué sur les marchés internationaux. Pourrons-nous résister seul à une attaque en règle sur notre monnaie ou à des sanctions économiques comme celles que subit la Russie ?

C) Une nouvelle Europe

A l'idée d'un Frexit et le retour ad vitam à une Europe de 27 pays isolés, une autre voie semble possible : dès son Frexit, la France portera une Europe intégrée des 4 pays du Sud regroupant la France, l'Italie, l'Espagne et le Portugal. L’intégration ne doit en effet pas forcément être un gros mot et peut être pertinente si elle respecte les peuples et qu’elle apporte puissance et cohérence dans le monde d’aujourd’hui. Cette Europe des 4 nations sera légitime car formera un ensemble continu géographiquement, cohérent et puissant nous permettant d'atteindre une taille critique sur les terrains politique, militaire, économique, industriel, démographique et culturel. Ce sont ces 4 pays qui ont également le plus souffert de l'Europe libérale : fin de leur industrie, norme excessive, impossibilité du protectionnisme, surévaluation délétère de la monnaie unique, politique migratoire incohérente avec un espace Schengen passoire... Le regroupement de ces 4 économies pèsera lourd et sera, avec 6,3 milliards de dollars de PIB, la 3ème puissance mondiale derrière les États-Unis et la Chine, et comptera environ 185 millions d'habitants (cf. source IX). Ces 4 pays réunis auront également, par leurs différentes langues et leur histoire, une aura forte sur la scène internationale.
Le but de cette Europe sera de conserver les avantages à la fois de la souveraineté nationale et de la taille de l’Europe : une communauté de projet, une vision cohérente du monde, des accords commerciaux et un protectionnisme communs, un marché unique mais jamais plus de bureaucratie européenne, de droit européen, de normes européennes, de dogmes ineptes... Seuls les États souverains décideront de leur avenir.

La création de cette Europe du Sud sera ratifiée par référendum dans chaque pays, elle comprendra 8 grands principes permettant en partie un retour aux sources de la CEE et du Traité de Rome de 1957.

1) Reconnaître la souveraineté claire et irrévocable de tous les peuples sur leurs pays. Il en sera enfin fini des commissions et parlements européens, du devoir d'ingérence et des leçons de moral hypocrites nous empêchant de construire des relations fortes avec les grandes puissances autocratiques.

2) Rétablir des frontières extérieures aux limites des 4 pays et permettre la libre circulation des hommes, marchandises et capitaux à l'intérieur de ce bloc de 4. Ce marché économique commun permettra d'atteindre une taille critique et naturelle pour les accords commerciaux à venir.

3) Etablir des normes et labels communs minimums sur les secteurs de l'alimentation et de l'agriculture. Le but sera uniquement de garantir une nourriture et une agriculture saines aux consommateurs et sans dumping entre pays.

4) Mettre en place un bouclier nucléaire français sur ces 4 pays en échange d'un effort de défense minimal porté à 3% du PIB par chaque pays. Cet effort de défense, en masse principalement de la France et l'Italie, permettra une indépendance vis-à-vis des autres forces hégémoniques et des accords entre pays pour des développements militaires et des interventions extérieures défensives.

5) Définir une politique migratoire commune avec des quotas économiques et une surveillance des frontières renforcée, mutualisée et coordonnée. Cela permettra d'avoir enfin une immigration généreuse mais choisie pour ce bloc d'origine judéo-chrétienne et de contrôler efficacement ses frontières (fin de Schengen et de l'Europe passoire).

6) Etablir des droits de douane communs, un protectionnisme ciblé (taxes) et des négociations communes de quotas d'importation et d'exportation avec les autres grands blocs économiques en comprenant des critères d'équivalence environnementaux et sociaux. Par son poids économique et politique, cette Europe du Sud pourra enfin protéger ses industries stratégiques, réserver ses marchés publics à ses propres entreprises, encourager fiscalement les circuits courts et taxer les importations déloyales et les GAFAM.

7) Mettre en place un budget commun transféré des budgets nationaux et réservé uniquement aux investissements stratégiques et à la création de champions dans les secteurs de la défense, de l'espace, des infrastructures, de l'industrie, du numérique, de l'énergie et de la recherche.
Dans tous ces secteurs clés, la création de champions européens sera indispensable pour survivre.

8) Avoir un accord monétaire, fiscal et financier avec une monnaie pivot de référence pour les 4 monnaies nationales, une harmonisation fiscale assez souple et un engagement d'équilibre des comptes publics primaires hors investissements et dépenses militaires. Cet accord permettra de maintenir la cohérence économique de ce groupe de 4 et empêcher la création de dumping fiscal.

L’Allemagne a en partie vocation à rejoindre ce groupe du Sud mais y sera-t-elle prête politiquement ? Son économie si différente désormais qui penche à l'exportation industrielle et à l'Est de l'Europe n'y aura pas forcément intérêt...et l'Allemagne pourra plutôt logiquement agréger tous les autres États européens autour d'elle dans une vaste zone de libre-échange. On peut ainsi imaginer un 2ème cercle d'influence de cette Europe des 4 uniquement limité au commerce et comprenant l'Europe du Sud et le bloc constitué par l'Allemagne et le reste de l'Europe.

Enfin ce 2ème groupe « 4+1 » devra quoiqu'il arrive imaginer des accords bilatéraux forts avec les 3 grands pays stratégiques pour son avenir : le Royaume-Uni, la Russie et la Turquie.

Un 3ème cercle « 4+1+3 » tel que décrit ci-dessus ferait sens à terme pour contrer les futures hégémonies américaines, indiennes ou chinoises, sans être bien sûr dupes des différences et stratégies de chacun mais tout en préservant la souveraineté fondamentale des peuples.

Pour conclure, j'ai l'impression que nous sommes bien à la croisée des chemins. Soit l'Europe telle qu'elle est devenue continue de s'étendre et de se déliter dans un vaste ensemble de libre-échange, sans vision, sans puissance et sous influence américaine ou chinoise : cela signifierait la mort lente de notre nation française. Soit un sursaut citoyen a lieu et se met en place en 2 étapes : le Frexit complet pour retrouver notre propre souveraineté puis la création d'une Europe des nations, moderne, choisie par les peuples, évoluant en cercles distincts, d'une Europe du Sud intégrée à une zone de libre-échange commerçante dans toute l'Europe puis à des accords bilatéraux renforcés avec des partenaires stratégiques.

Sources :

(I) Affaire Alstom, l'interview.

(II) Consommation de CO2 par pays.

(III) L’échec de l’Euro comme monnaie internationale.

(IV) Transformation de l’Europe.

(V) Article FP sur le droit européen.

(VI) L’impact désastreux de l’euro pour la France .

(VII) 

(VIII) Frexit, mode d’emploi.

(IX) Source banque mondiale PIB .

Source banque mondiale Population.

0 commentaireCommenter