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Islamisme à l’école : ce qu’on ne veut pas voir Abonnés

Auteur d’un sulfureux rapport en 2004 sur « les signes et manifestations d'appartenance religieuse dans les établissements scolaires » Jean-Pierre Obin, ex-inspecteur de l’Education nationale, dénonce dans Comment on a laissé l'islamisme pénétrer l'école (éditions Hermann) l’effrayant recul de la laïcité dans les établissements scolaires français depuis la fin des années 90.

Islamisme à l’école : ce qu’on ne veut pas voir

Les résultats d’un sondage commandé cette semaine par Charlie Hebdo à l'IFOP sont clairs : 40 % des musulmans font passer leurs convictions religieuses avant les valeurs de la République. Un chiffre qui n’étonne pas Jean-Pierre Obin, qui a durant 20 ans vu la laïcité de plus en plus rejetée de la part des jeunes musulmans au sein des établissements scolaires et la montée chez ces derniers d’un intégrisme identitaire, politique, religieux et radical. Dans sa carrière, cet ancien inspecteur de l’Education nationale a tout vu : de la négation de certaines parties du programme en histoire et en biologie aux demandes spécifiques concernant l’alimentation, en passant par le refus de certains de serrer la main d’une personne de l’autre sexe ou encore celui de la mixité en éducation physique. Dans son livre, Comment on a laissé l'islamisme pénétrer l'école (éditions Hermann), on apprend que deux professeurs sur cinq ont observé dans leur école, collège ou lycée « des incidents liés à la contestation du principe de laïcité ».

Comme dans ce collège de Lyon, dont les élèves juifs ont été victimes pendant plusieurs mois de violences de la part d’élèves d’origine maghrébine. Les sanctions, dont plusieurs exclusions infligées à ces derniers n’ont eu que pour but de renforcer les agressions qui se sont ensuite produites sur le chemin du collège. Un phénomène qui a des conséquences : la déscolarisation des enfants de confession juive des écoles publiques à la faveur du privé. Le phénomène est tel que des études ont même chiffré ces départs contraints : en une quinzaine d’années, près des deux-tiers des 100 000 élèves juifs ont été déscolarisés de l’enseignement public et sont allés vers l’enseignement privé. Ce qui a entraîné le déménagement de familles juives vers des secteurs scolaires particuliers, notamment le nord-ouest et le sud-est de la région parisienne.

Dans son livre, Jean-Pierre Obin relate aussi cet incident survenu dans un collège de Marseille, un établissement public du « quartier arabe » de la ville entre Canebière, Porte d’Aix et gare Saint-Charles. Pendant plusieurs jours, une collégienne a été harcelée puis attaquée physiquement par plusieurs de ses camarades pour la punir de ses soi-disant mauvaises mœurs. Incapable de faire cesser la violence, la famille a dû être exfiltrée du quartier la nuit par la police pour la protéger. Autre ville, même impuissance, dans ce lycée du Val-de-Marne dont les cours de natation sont évités par l’ensemble des filles musulmanes, qui évoquent des «allergies au chlore» pour échapper an maillot de bain règlementaire. Même problème dans ce lycée professionnel de Seine-Saint-Denis, dans lequel une jeune fille arrive tous les matins avec une tenue islamique rigoureuse. Le proviseur lui a signifié à plusieurs reprises que sa tenue contrevenait à la loi de 2004 interdisant aux élèves de porter une tenue manifestant de façon ostensible leur appartenance religieuse. Elle ne nie d’ailleurs pas que son vêtement marque sa religion, mais refuse de l’enlever et souhaite faire tous ses stages dans des associations ou entreprises « musulmanes », pour continuer d’arborer sa tenue islamique intégrale. Une enquête de l’IFOP de mars 2018 auprès d’un échantillon représentatif des enseignants de l’école publique révèle que 38 % des enseignants ont déjà observé des contestations de la loi de 2004 sur les tenues et signes et religieux de la part d’élèves.

Et ces négations de la laïcité se développent dorénavant dans certains quartiers dès les petites classes, ce qui n’était pas le cas il y a encore quelques années. Un inspecteur d’académie, responsable d’un département du nord de la France, s’est vu rapporter une « manifestation » d’élèves de CE2/CM1 défilant dans la cour au cri de «Allah Akbar». Dans un établissement de la Drôme, des enfants ont même instauré dans les toilettes « des robinets réservés aux musulmans et d’autres destinés aux non-musulmans ».

Et l’Etat, dans tout ça ? Où est-il ? Depuis quinze ans, et depuis le fameux rapport Obin de 2004 qui devait sortir l’Education nationale de sa zone de confort, les responsables politiques semblent confortablement installés dans l’immobilisme. Il faut dire que la publication de l’enquête a fait trembler l’Education nationale. Certains fonctionnaires de l'inspection générale l’ont qualifiée d'« islamophobe « , d’où la volonté de l’enterrer. Un certain François Fillon, fraîchement arrivé au ministère de l’Education nationale, n’y a prêté aucun intérêt, comme se souvient auprès du Point un inspecteur qui avait participé à l'enquête : « J'ai obtenu un rendez-vous avec le ministre pour lui parler du rapport. Je ne l'ai pas senti du tout intéressé par la question, pas plus qu'il ne l'était par l'Éducation nationale d'ailleurs. Sa ligne de défense consistait à dire qu'on aurait déjà fort à faire pour imposer la loi du 15 mars 2004 sur le port de signes religieux ostentatoires dans les établissements publics. » L'année suivante, le nouveau ministre de l'Éducation nationale Gilles de Robien, soutenait que le rapport était désormais « caduc », la loi sur l'interdiction des signes ostentatoires à l'école ayant été promulguée. Circulez, y’a rien à voir.

Depuis quinze ans, l’école française subit la politique de l’autruche. Il y a bien un sursaut de lucidité, au moment des attentats de 2015, pendant lequel Manuel Valls, Premier ministre à l’époque, va mettre en œuvre une vaste opération de sensibilisation des services de l’État, la «Grande mobilisation pour les valeurs de la République » notamment dans les écoles… mais cette initiative n’aboutira à rien. Dans une interview au Point cette semaine, Jean-Michel Blanquer reconnaît lui-même l’immobilisme qui a permis à l’islamisme de pénétrer l’école publique : «Il n'y a pas eu de complicité à l'échelle de l'État, mais une forme de passivité. Aujourd’hui, il y a encore du travail, mais on ne met pas les problèmes sous le tapis, on les identifie et on les traite ». Ce qui l’a conduit à mettre en place en 2018 un dispositif internet permettant à tous les professeurs de signaler aux responsables de leur académie et au ministère les atteintes à la laïcité dont ils ont été les témoins ou les victimes. Lors d’une alerte, un spécialiste prend contact avec l’enseignant dans les 24 heures qui suivent et le conseille ou bien l’oriente vers une aide locale. En un an, plus de 1000 signalements provenant de toutes les académies - Créteil, Versailles, Grenoble et Montpellier en tête- ont été recensés et concernent des actes d’élèves pour 57 % d’entre eux, de parents pour 23 % et de personnels pour 11 %.

La prise de conscience, même tardive, ne peut être que salvatrice. La prise de conscience, même douloureuse, doit nous pousser à agir pour préserver notre laïcité, garantie essentielle de l’égalité républicaine. La laïcité n'est pas un rejet des religions mais une protection pour chacun à exercer sa liberté de conscience. L'école publique doit rester, pour les enfants, un sanctuaire hors de tout prosélytisme et elle ne saurait être une chance pour la République que si elle s’assure que l’obscurantisme reste hors de ses murs. 

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