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Macron et le Liban: la vérité qui blesse

Macron veut franciser le Liban tandis que la France se libanise. Un "en même temps" sidérant.

Macron et le Liban: la vérité qui blesse
Publié le 8 septembre 2020

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Un président ne devrait pas dire ça.

Il y a quelques jours, nous avons vu en direct à la télévision le chef de l’État engueuler, il n’y a pas d’autres mots, un journaliste à Beyrouth.

"Ce que vous avez fait est grave, non professionnel et mesquin" a asséné Emmanuel Macron à Georges Malbrunot.

Qu’a bien pu faire ce grand reporter du Figaro pour mériter un tel traitement?

Son travail.

Le chef de l'Etat lui reproche d'avoir écrit un article intitulé "Macron revient au Liban face aux chefs de clan", dans lequel sont détaillées ses méthodes pour forcer les dirigeants libanais à réformer leur pays, en les menaçant de geler leurs avoirs personnels.

Georges Malbrunot rapporte également que le chef de l’État aurait eu un entretien avec l’un des leaders du Hezbollah, organisation incontournable dans le jeu libanais mais considérée comme terroriste par de nombreux pays.

Pour l’Élysée, tout cela serait faux...

Comment un ancien banquier n’aurait pas pensé à saisir les comptes de dirigeants notoirement corrompus? Ne pas, au moins, menacer de le faire aurait été léger.

Comment un président aurait pu imaginer influencer la politique libanaise sans impliquer le Hezbollah? Ne pas ouvrir les discussions aurait été absurde.

Admettons que toute vérité ne soit pas bonne à écrire.

Il n’en reste pas moins qu’il est grave de traiter un professionnel respecté comme un enfant devant ses confrères.

Et qu'il est mesquin de donner des leçons de déontologie à un homme qui a été l'otage de l'Armée islamique en Iraq pendant 124 jours en 2004, mettant ainsi sa vie en jeu pour nous informer.

Mais surtout, quelle absence de professionalisme d’imaginer que les chefs de guerre libanais respecteraient un engagement de confidentialité comme des avocats d’affaire!

Si Emmanuel Macron est si furieux, ce n’est pas tant en raison de ces indiscrétions sur ses négociations que parce le véritable motif de sa visite au Liban a ainsi été révélé.

Il n’y a que la vérité qui blesse.

Il faut, pour le comprendre, revenir au premier voyage qu’a effectué à Beyrouth le plus illustre des marcheurs.

C’était il y a un mois. 48 heures après l’explosion qui a dévasté la capitale libanaise.

En faisant irruption au milieu de l’évènement et au milieu de l’été, Emmanuel Macron est allé chercher dans les ruines fumantes, ce qu’il ne trouve plus en France: les bains de foule et la ferveur populaire!

Sur place et sans surprise, Macron a fait du Macron, en célébrant le consensus et en maniant les symboles mieux que personne. Il a planté un cèdre dans la seule vallée qui n’est placé sous l’égide d’aucun clan, il a rencontré Fairouz, célébrissime chanteuse locale qui plaît à toutes les communautés, comme il s’était recueilli devant le tombeau des capétiens et avait présidé les funérailles de Johnny.

Emmanuel Macron a aussi vu les Libanais en colère et leur a dit: "Je vais vous débarrasser de cette classe politique."

Emmanuel Macron a également rencontré les dirigeants du pays et leur a dit: "Laissez-moi faire, les gens de la rue, je sais leur parler."

Puis le président français est allez chercher l’ambassadeur du Liban en Allemagne, un jeune homme, visage neuf, totalement acquis à la cause du FMI et des bailleurs de fonds du pays.

C’est aussi le diplomate le mieux payé, le plus old-school du pays du cèdre. Macron tenait son homme.

Il a alors incité les caciques libanais à l’adouber comme premier ministre. Il faut que tout change pour que rien ne change.

En revenant au Liban,  Macron a pu constater que la liesse de début août s’était transformée en accueil glacial.  Je suis venu, j’ai plu, j’ai déçu. Cela ne vous rappelle rien?

Emmanuel Macron a essayé de macroniser le Liban.

Macron fait la leçon au Liban, à ce pays qui a payé un si lourd tribu au communautarisme.

Pendant ce temps, notre pays se communautarise. Cet été, à Dijon, dixit un procureur de la République, des Maghrébins "s’expliquaient" à des Tchétchènes. Le procès des attentats de Charlie s’ouvrent et plus d’un jeune sur quatre de confession musulmane défend les tueurs.

Macron veut franciser le Liban tandis que la France se libanise. Un "en même temps" sidérant.

Il y a deux mille ans, non loin du Liban, un autre homme s’était lui aussi mis en colère: "Comment peux-tu dire à ton frère: 'Laisse-moi ôter une paille de ton œil, toi qui as une poutre dans le tien?' Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille de l'œil de ton frère."

Guillaume Bigot


PS:
Pour prolonger et comprendre la situation au Liban, voir aussi le film documentaire "Liban, au dessus du volcan" d’Alexandre Jonette et Stéphane Simon avec la participation de Michel Onfray.

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