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L’Union Européenne est (aussi) en état de mort cérébrale

Une fois n’est pas coutume, Emmanuel Macron a su décrire l’an dernier une situation avec clarté, sans manier l’emphase ou la litote : l’OTAN est en état de mort cérébrale. Lucide sur ce constat, il feint en revanche d’ignorer qu’une autre organisation internationale l’est tout autant : l’Union européenne.

L’Union Européenne est (aussi) en état de mort cérébrale
Publié le 9 septembre 2020

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Une fois n’est pas coutume, Emmanuel Macron a su décrire l’an dernier une situation avec clarté, sans manier l’emphase ou la litote : l’OTAN est en état de mort cérébrale. Lucide sur ce constat, il feint en revanche d’ignorer qu’une autre organisation internationale l’est tout autant : l’Union européenne.

Et pourtant, l’union des nations européennes est une merveilleuse idée. Penser un vieux continent uni autour de son antique civilisation, protégeant ses citoyens des empires parfois belliqueux qui l’entourent, favorisant la concorde entre les peuples et portant des projets ambitieux à l’échelle de ses 500 millions d’âmes, voilà de quoi faire rêver, et de bonnes raisons de vouloir la construction de cette Europe-là.

Malheureusement, la réalité est fâcheusement têtue. Et malheureusement, notre Europe telle qu’incarnée dans l’Union européenne ne peut se décrire objectivement que comme un échec. Surtout et avant tout pour la France, qui continue de payer son universalisme béat quand les autres nations ne pensent qu’à leurs intérêts nationaux. L’Europe des peuples, elle, reste à inventer.

L’UE : Un monstre hybride précurseur du « En même temps » macronien.

L’Union européenne d’aujourd’hui réussit la gageure de combiner les inconvénients des deux grands modèles d’organisation d’un Etat, fédéral et unitaire.

Fédérale, l’UE vise à rogner toujours plus les prérogatives des provinces que sont devenues les nations, par le jeu vicieux qui veut que chaque manquement ou faillite de l’UE vienne de son manque de moyen, du manque d’intégration. Un Etat américain aura bientôt plus de compétences qu’un état membre de l’Union, lui qui peut légiférer sur toute matière (hors immigration, défense et monnaie), avec la seule censure possible de la Cour suprême, cette dernière exerçant cet imprimatur avec une extrême parcimonie. Pas de CJUE ( Cour de justice de l’Union européenne ) ou de CEDH ( Cour européenne des droits de l’homme ) condamnant la France avec enthousiasme à tout propos.

Unitaire, avec sa Commission hors-sol de fonctionnaires apatrides qui exécutent et soumettent au vote des textes uniformes pour 27 pays qui n’ont ni le même sol, ni les mêmes forets, lacs, rivières, littoraux ou montagnes, des villes de tailles et structures différentes, des productions diversement réparties et fonctionnant sur des modèles variés, sans même parler des habitudes et traditions qui leur sont propres. Un jacobinisme puissance 1000 aux conséquences souvent délirantes.

L’Union européenne, née d’une ambition de coopération entre les peuples, a enfanté un monstre gris, technocratique, bureaucratique et dont le but principal semble être d’assurer sa propre survie, à coup d’élargissements décidés sans consultation des peuples, et de complexes plans de sauvetage aux chiffres mirobolants. Ce monstre ignore en outre les principes démocratiques les plus élémentaires.

Le Conseil européen (assemblée de chefs d’Etats), naguère dominant, se voit de plus en plus contesté par une Commission qui se pose comme un gouvernement central. Or, cette Commission n’est pas élue, et sa composition résulte des jeux d’influence, des intrigues partisanes, et des diverses logiques de promotion de la diversité. Résultat, la Commission, qui détient le pouvoir exorbitant de l’élaboration des textes législatifs, ne repose sur aucun socle démocratique. Le Parlement, issu d’un suffrage universel éborgné par l’abstention, est cantonné au vote des lois, règlements et directives proposés par la Commission. Encore ne le fait-il que sous le contrôle du Conseil de l’UE (qui rassemble les ministres des Etats membres, en fonction du sujet abordé). Autant dire que le Parlement ne pèse pas lourd.

Ce déséquilibre démocratique est pourtant normal, puisque l’Europe n’a pas été conçue comme une démocratie supranationale, mais bien comme la volonté de divers Etats européens de se rapprocher en vue de développer des politiques convergentes, des projets communs. Airbus, l’Agence spatiale européenne sont des exemples concrets de cette ambition et furent accomplis en dehors du cadre communautaire. A l’intérieur, le Marché commun fut initialement une belle réalisation qui n’avait qu’une unique condition pour réussir, celle de ne pas ouvrir la zone de libre-échange a des pays aux économies asymétriques. En le faisant avec les pays d’Europe de l’est et orientale. L’Europe a créé une mondialisation miniature en son sein, avec son train de délocalisations et le moins-disant social à la clé.

Maastricht a considérablement accru les problèmes préexistants à l’époque de la Communauté économique européenne, introduisant des objectifs de convergences sociaux, sociétaux, monétaires et judiciaires, via la délégation de nouveaux pouvoirs par les Etats à l’UE. Dans une Europe à 12 et entre égaux (j’entends des pays de même nature, avec des économies au moins comparables), une telle révolution eut peut-être été possible, par la concertation et le compromis. A 20 membres et plus, avec des pays à des années-lumière de l’Europe occidentale et aux intérêts souvent antagonistes, cela devint impossible. Alors, dans le chaos et la confusion qui s’ensuivit, la Commission s’est trouvée les mains libres pour élargir son champ d’action et imposer son crédo libéral, tel que défini dans ses statuts fondateurs. Libre circulation des marchandises, des personnes, services et capitaux, absence de tout protectionnisme ou traitement préférentiel national, tout était clairement énoncé des 1992.

Si des échanges approfondis et une saine concurrence avec des Allemands, des Italiens ou des Espagnols sont autant de nécessités géographiques et économiques, ouvrir grandes les portes à des pays à peine sortis d’un demi-siècle du mauvais côté du rideau de fer fut une erreur historique. Mais la pression des Américains à ancrer ces pays dans le bloc occidental, et in fine, sous leur protectorat, fut trop forte, et les Européens trop faibles pour empêcher ou freiner cette expansion qui a fini de tuer le projet gaulliste d’une Europe des nations. L’Albanie turcophile et son crime organisé ainsi que la Macédoine du nord et sa florissante économie informelle sont les prochains invités à rejoindre notre club de fous furieux. Ils n’y dépareilleront pas.

Sans boussole, sans valeurs, sans idées à elle, cette Europe est un frêle esquif prenant l’eau à chaque coup de vent de l’histoire. Elle est condamnée à disparaitre à la première grande secousse.

Maastricht : La débâcle française.

Le marché commun européen fut une grande réussite permettant une remise à niveau des industries françaises forcées de sortir de leur immobilisme traditionnel. Avec des effets pervers, notamment s’agissant du productivisme agricole et de ses conséquences, mais qui a refait de la France une puissance économique moderne. Le tournant politique et monétaire de l’Europe maastrichtienne est quant à lui un échec patent. La faute à une trop grande précipitation dans la réalisation des étapes devant mener un jour peut-être à une union plus étroite des Etats européens.

La France est quant à elle fidèle à sa réputation : le magnifique dindon de toutes les farces. En 1958 déjà, elle acceptait de mettre à disposition son infrastructure de recherche atomique au sein d’EURATOM alors qu’elle était la seule des six à en posséder. Il fallut aussi une indignation nationale pour l’empêcher de créer une Communauté européenne de défense dans laquelle elle aurait fondue son armée, la seule véritable en Europe, et sous commandement américain. Elle acceptait encore que l’agriculture, son industrie principale, soit exclue du Marché unique, la condamnant ainsi à la pauvreté extrême et à sa disparition à brève échéance.

Seul le retour de de Gaulle enraya la machine infernale. Après lui et son dauphin Pompidou, nos élites, ces fameux 5% de bourgeois qui nous gouvernent depuis 1789 et dont M. Macron est le dernier avatar, ont derechef abandonné toute ambition nationale et repris leur projet de dissolution de l’Etat. Ces 5% de bourgeois financiers ou intellectuels formant respectivement les élites de centre-droit et de centre-gauche, ont tout en commun, et en premier lieu leur haine de la nation française. Foncièrement internationalistes-progressistes, la France leur parait petite et désuète, aussi croient-ils dans un monde post-national régit seulement par le libéralisme, seul environnement permettant l’épanouissement sans limite des droits individuels. Ils ont saisi toutes les manettes pour délocaliser les productions nationales, tant l’effroi que leur inspire cette classe ouvrière qui vote si mal est grand. Ils savent que seule la peur panique du communisme triomphant permit une plus grande justice sociale (1930-1970). Patiemment, ils ont attendu que l’effritement du bloc soviétique ne devienne irréversible avant de commencer le travail de sape des acquis sociaux, avec une formidable accélération depuis la disparition de l’URSS en 1991. Alors seulement étaient réunies les conditions de l’avènement maastrichtien.

Pour que le peuple ne se révolte pas devant ses renoncements, abandons et reniements successifs, notre élite a depuis 50 ans drogué les Français à grands coups d’aides sociales, et d’infantilisation via la promotion d’une société des loisirs oisive et oiseuse. Le reste n’est que faux-semblants et polémiques sur le sexe des anges. Détestant ce peuple qu’il ne connait pas et qui l’effraie, la classe dirigeante n’a eu de cesse depuis Giscard d’encourager une immigration massive pour diluer, dissoudre la cohésion d’un peuple qui pourrait si facilement se retourner contre elle dans l’un de ces soubresauts violents qui ont façonné l’histoire de France.

Les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts.

Les belles plumes dont se parent aujourd’hui Allemands, Néerlandais, Irlandais, Luxembourgeois ou Polonais, ont trop souvent été arrachées au postérieur du coq gaulois. Notre industrie automobile est partie à l’est (et au sud), notre industrie textile a été détricotée par les accords de libre-échange négociés par l’UE, notre industrie nucléaire est au point mort depuis qu’EDF est dans le collimateur de Bruxelles et est victime des idéologies écologistes, le ferroviaire est incapable de se développer du fait des règles européennes contre les monopoles d’Etats, etc. Tous nos présidents depuis Pompidou ont accepté cette saignée, espérant en retour un primat de la France sur les questions de sécurité et diplomatiques de l’Europe. Personne n’est disposé à lui accorder cette prééminence stratégique.

Que le grand gagnant du dernier Conseil européen devant remédier à la crise économique post-confinement soit le néerlandais Mark Rutte dit beaucoup sur cette « Union ». Ce pays, premier paradis fiscal du monde, tire sa richesse des sièges sociaux de groupes étrangers qu’il attire avec son droit des sociétés « souple » et surtout une imposition bien moindre qu’en France (en moyenne 20% contre 33%). Plus grave, les autorités fiscales néerlandaises vont jusqu’à racoler les grands groupes en leur proposant une imposition sur-mesure encore plus basse que le taux standard déjà modeste. Gemalto, Airbus, Louis-Dreyfus, Thales, Altran, Cartier, Renault-Nissan, et bientôt PSA-Fiat-Chrysler… Quelques noms de la longue liste de nos entreprises y ayant leur siège social ou le lieu d’imposition de leurs activités internationales. Combien de milliards en moins dans les caisses du Trésor français ?

On peut donc piller sciemment la France et obtenir en récompense d’importants rabais quant à sa contribution au budget de l’UE, en plus d’un droit de regard sur les programmes de relance mis en œuvre par d’autres pays européens réputés plus dispendieux. Je ne blâme pas ce pays de travailler à sa prospérité, ni même de se comporter en bandit de grand chemin pour y parvenir. En revanche, et la candeur et la docilité française sont inacceptables, insupportables. Et le bilan chiffré de nos abandons donne des sueurs froides : l’euro a fait perdre 3591 milliards d’euros à la France depuis 20 ans. 55.996 euros par français. Pendant ce temps, l’Allemagne amassait 1893 milliards d’euros supplémentaires, et nos amis bataves 346 milliards.*

Aussi, les grands discours enflammés sur une prétendue solidarité entre Européens ne résistent pas à l’examen des faits. L’Union européenne n’est qu’un équipage hétéroclite d’Etats se tirant la bourre dans tous les domaines, et régie depuis Bruxelles par un centre administratif hypertrophié. Ce « machin » ne marche pas pour la France, et ne pourra donc jamais prétendre à lui usurper sa souveraineté. Dans sa sagesse et suivant son instinct contre le bruit médiatique, le peuple a voté non au référendum de 2005 qui devait achever l’œuvre de désintégration française. L’UE est depuis cette date en état de mort cérébrale, et ni le traité de Lisbonne, ni un emprunt européen illégal (car contraire aux traités) n’y peuvent rien changer. Une consultation du peuple aurait tôt fait de clarifier son sentiment quant à sa volonté de rester dans cette UE, aussi est-il est urgent de ne pas l’organiser.

Une poule peut bien vivre jusqu’à 18 mois sans sa tête, dit-on…

*source : Centre for European Policy, février 2019

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