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Certificat de virginité : l'examen de la honte

Les certificats de virginité sont dans le viseur du gouvernement. Résidu d’un ancien temps, cette pratique humiliante pose la question culturelle de la virginité. En France. Au 21ème siècle.

Certificat de virginité : l'examen de la honte
Publié le 10 septembre 2020

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La prohibition des tests de virginité avait déjà été évoquée en mars par Emmanuel Macron, dans le cadre d’une série de mesures destinées à lutter contre les influences étrangères de l’Islam en France. Après plusieurs mois de silence sur le sujet, le gouvernement a affirmé sa volonté de les interdire, par la voix de Gérald Darmanin. Dans une interview donnée ce lundi au Parisien, le ministre de l’Intérieur a également proposé de pénaliser les praticiens qui réaliseraient ce type d’actes.

Les tests de virginité, aussi incroyable que cela puisse paraître, sont encore autorisés et régulièrement pratiqués dans une vingtaine de pays. L’enjeu est simple : déterminer si, oui ou non, la femme est vierge. Dans la plupart des cas, il est question de s’assurer de la “pureté” de cette dernière avant le mariage. Dans certains pays comme le Maroc, même si la tradition a tendance à disparaitre, il s’agit de s'assurer que des traces de sangs seront bien présentes sur les draps que viendront contrôler les parents, à l’issue de la nuit de noce. Certains pays comme le Tadjikistan vont même jusqu’à délivrer des certificats de virginité financés par l’État.

La patiente, souvent accompagnée d’un proche, se rend alors à un cabinet médical. S’en suit l’examen dit “des deux doigts” qui permet de constater l’état de l’hymen de la patiente. Un examen pénible, mais surtout particulièrement humiliant pour la femme qui le subit. ”L’examen de la honte !”, avance Israël Nisand, chef du département de gynécologie obstétrique au CHU de Strasbourg, également président du Collège national des gynécologues et obstétriciens Français (CNGOF).

En octobre 2018, afin de faire face à cette pratique, vestige d’un ancien temps, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, l’ONU-Femmes et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont conjointement appelés à l’interdiction des tests de virginité dans le monde.

Au-delà des problématiques éthiques que soulève un tel examen, il est, aussi, inutile : l’hymen, par définition, peut varier de forme ou être perforé de plusieurs façons, sans qu’il n’y ait forcément eu acte de pénétration masculine. Le simple usage d’un tampon peut suffire, à titre d’exemple. Un test de virginité ne peut donc tout simplement pas assurer l’existence d’un rapport sexuel vaginal passé. Et contrairement à une idée reçue, rien ne garantit un saignement lors du premier rapport. Les conséquences de cet examen peuvent également être dramatiques. L’OMS invoque les répercussions physiques, psychologiques et sociales : ”De nombreuses femmes souffrent des conséquences : anxiété, dépression ou encore stress post-traumatique. Dans des cas extrêmes, des femmes ou des filles tentent de se suicider ou sont tuées au nom de l’«honneur».”

Pour échapper à la honte et au déshonneur, certaines femmes tentent de “réparer” leur corps, avant d’être soumises au test de virginité. Cette opération, appelée hyménoplastie, peut être facturée entre 2 500 et 5 000 euros sur notre territoire. Sur le site elle.fr, il est même évoqué l’existence de tours opérateurs qui proposent des voyages “all inclusives” vers la Tunisie, pour un forfait global de 750 Euros. 

Moins coûteux, un business, peu ragoûtant, s’est développé : celui de la vente de “kits de virginité”. Des entreprises, comme VirginiaCare basée en Allemagne, proposent notamment via Amazon, de faux hymens avec la promesse de “redevenir vierge en 5 minutes”. The Guardian a interviewé la porte-parole de l’entreprise à ce sujet, notamment à propos de l’éthique : “Nous essayons simplement d'aider ces filles ou femmes. En fin de compte, nous leur sauvons également la vie ”. L’établissement propose également des capsules à insérer dans le vagin, qui libèrent du sang lors de l’acte sexuel.

En France, le débat des certificats a été tranché depuis 2003. Le Conseil national de l’Ordre des médecins explique que les médecins doivent refuser cet examen et la rédaction de ce certificat. Pour autant, certains praticiens continuent de les délivrer. Ghada Hatem, médecin-chef de la Maison des femmes de Saint-Denis, régulièrement sollicitée sur ce sujet, témoigne sur LCI : “Oui, je fournis parfois un certificat à une jeune femme que je n’examine même pas. Si elle a besoin d’un papier disant qu'elle est vierge pour lui sauver la vie, pour qu’on arrête de l’emmerder, je le fais.”

Des propos qui font bondir Israël Nisand, président du CNGO : ” Sous couvert de tiers-mondisme, madame Hatem pérennise un système catastrophique pour les femmes. C’est le patriarcat qui est en cause et il y a pas mal de femmes qui en entretiennent les stigmates, soi-disant pour les aider. Mais au final, elles ne font que participer à la soumission de ces femmes vis à vis de ce système, fait par les hommes et pour les hommes. “ Et de pointer l’absurdité de cet examen : “La femme sait très bien si elle est vierge ou pas. C’est la famille qui demande. Il y a donc violation du secret professionnel”.

Difficilement quantifiable, ce phénomène serait de l’ordre du culturel ou de la religion, selon l’OMS. Quoi qu’il en soit, ces pratiques, au même titre que l’excision, ne devraient, de toute façon, plus avoir leur place en France. Au 21eme siècle.

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