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Union européenne : le scandale des pesticides exportés

Alors que l'Union européenne interdit l'utilisation de plus en plus de pesticides sur ses sols en raison de leur toxicité avérée, elle ne se prive pas d'en produire pour les vendre à l’étranger.

Union européenne : le scandale des pesticides exportés
Publié le 11 septembre 2020

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C’est un commerce dont l’Europe préfère taire la pratique, et pour cause : plus de 80 000 tonnes de 41 pesticides différents interdits dans l'Union européenne pour leur dangerosité sont fabriquées et exportées chaque année par de grands groupes européens hors du continent. Deux ONG,  ONG Greenpeace UK et Public Eye, ont réussi à se procurer l’intégralité des «notifications d'exportations» des entreprises européennes productrices de pesticides toxiques qui partent chaque année vers des dizaines de pays étrangers : “Chaque année, des pesticides interdits dans l'Union en raison de leur toxicité avérée sont expédiés depuis le sol européen vers des pays où les réglementations sont plus faibles. Les principaux acteurs de ce commerce ont toujours pu maintenir leurs activités derrière un voile d'opacité, protégés par le sacro-saint ''secret des affaires'”, détaille l’ONG. Les risques sanitaires et environnementaux associés à ces substances sont pourtant dramatiques et reconnus scientifiquement : cancers, malformations congénitales, troubles de la reproduction ou du système hormonal, contamination des sources d’eau potable et pollution des écosystèmes.

Parmi les trois substances les plus exportées, on trouve le paraquat, cet herbicide soupçonné d’avoir un impact sur le développement de la maladie de Parkinson et interdit depuis 2017 sur le territoire européen. Mais n’ayant pas voulu renoncer à ce marché très lucratif, l’Union européenne en a fabriqué et exporté plus de 28 000 tonnes rien que pour l’année 2018, représentant à lui seul plus de 30 % des exportations de pesticides interdits en provenance de l’Union. Juste après se trouve le dichloropropène, avec 15 000 tonnes exportées, produit classé cancérogène probable et interdit depuis 2007 sur le sol européen. La cyanamide est quant à elle interdite depuis 2008 mais produit malgré tout 10 000 tonnes pour l’exportation.

Au total, une trentaine de sociétés européennes sont incriminées par les deux ONG. Avec 7 663 tonnes de pesticides interdits produits chaque année, la France ne se trouve certes qu’à la cinquième place des exportations en volume mais à la première si on ne prend en compte que le critère de la diversité de production des pesticides interdits. Les Etats-Unis, le Brésil, l’Ukraine, le Maroc, le Mexique et l’Afrique du Sud figurent parmi les dix plus gros clients de l’Union européenne pour ces pesticides. Problème : les pays desquels l’Union importe ses produits agricoles sont en grande partie nos acheteurs de pesticides interdits, - États-Unis, Brésil et Ukraine en tête ! Un cercle vicieux symptomatique de la mondialisation qui met en danger la santé des consommateurs européens qui retrouvent des résidus de pesticides hautement toxiques dans leur assiette.

En France, le Conseil constitutionnel a validé au début de l’année l'interdiction de production et d'exportation de produits phytopharmaceutiques contenant des substances interdites par l'Union européenne dès 2022. Une avancée non négligeable, quand on sait la puissance des lobbies de l’agrochimie en France. Mais il n’y a pas de quoi se réjouir trop vite : à l’échelle de l’Union européenne, plus cette dernière retire de son marché des pesticides controversés, plus la demande des pays étrangers augmente...

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