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Les verts savent-ils ce qu’est le Tour de France ? Abonnés

Chez Europe Ecologie les Verts, le Tour de France fait débat : Grenoble hier, Rennes ou bien encore Lyon aujourd'hui, les critiques fusent : pas assez écologique ni assez inclusive, l’épreuve centenaire n’a pas le vent en poupe. 

Les verts savent-ils ce qu’est le Tour de France ?

Ce jeudi 10 Septembre, Grégory Doucet, maire de Lyon, a jeté un pavé dans la mare. Une sortie médiatique qui précède de quelques jours l’arrivée de la 14eme étape, samedi, dans la capitale des Gaules. Dans une interview donnée au Progrès, il a évoqué, pêle-mêle, un Tour de France “qui lui posait question”, un sport qui “continue de véhiculer une image machiste” et qui n’est pas “écoresponsable”. Un sport qui coûterait 600 000 € à la municipalité.

Une salve et une prise de position qui fait écho à celle, prise par les élus écologistes de Rennes, qui faisaient peu ou prou les mêmes reproches à la Grande Boucle : quand la société organisatrice du Tour, Amaury sport organisation (ASO) a cherché une nouvelle ville d'accueil, suite au retrait de Copenhague pour le départ de sa course en 2021, rapidement, elle a jeté son dévolu sur Rennes. Elle a essuyé un refus cinglant de la part de la municipalité bretonne. Le Tour de France, fondé en 1903 par Henri Desgrange, a beau être “un rite inscrit dans les gènes des Français, une façon de vivre (...) une mythologie de l’été” pour Philippe Delerm (Figarovox), une partie des élus d’Europe écologie les verts (EELV) semble désormais vouloir l’ébranler.

En cause, évidemment, l’écologie. Bien que faisant la promotion vertueuse du vélo, le Tour de France n’en demeure pas moins une machine polluante. Autour de 4 000 personnes à loger tous les jours et une file de véhicules motorisés qui serpentent sur plusieurs kilomètres, et où cohabitent en périphérie des pérégrinations des cyclistes professionnels, motos, hélicoptères et voitures. Un serpent qui charrie des tonnes de déchets sur son passage. En 2009, les images du Mont Ventoux avaient scandalisé : 20 tonnes de détritus avaient été collectées ce jour-là sur les seules pentes du “Mont Chauve”, suscitant alors une prise de conscience de la part d’ASO sur l’impact écologique du Tour.

Plus de 10 ans se sont écoulés depuis, mais le Tour traîne toujours son image de pollueur. Valérie Faucheux, adjointe aux mobilités et coprésidente du groupe des élus écologistes de Rennes, déclarait en août à Ouest France que le Tour : “est un format sportif daté”. Des propos qui surprennent Béatrice Houchard, journaliste et auteur de Le tour de France et la France du tour : “ C’est une formule gratuite qui ne veut rien dire. Le Tour ne cesse d’évoluer. Le discours écolo, on a l’impression qu’il parle du Tour d’il y a 10 ans. Le Tour est sensibilisé à l’écologie, il n’y a qu'à voir la place que prend ce thème dans le dossier de presse de l’épreuve, pour le constater”.

Christian Prudhomme, directeur du Tour de France explique à ce propos à Ouest France:” On avance depuis des années, même si comme tout le monde on pourrait avancer plus vite” De fait, le Tour a proposé des évolutions notables ces dernières années, comme le détaille son site internet : “100% des emballages plastiques des objets publicitaires supprimés, suppression des pailles en plastique, gobelets café et sodas en cartons recyclés et recyclables, zone de collectes de déchets, développement de véhicules hybrides…


"Chaque euro investi génère de 1,5 à 2 euros de retombées"


Autre point soulevé par le maire de Lyon ou les élus de Rennes : la place de la femme. Longtemps, les hôtesses ont été dans le collimateur des associations féministes et de certains élus. ASO a ajusté son dispositif en optant en faveur d’un couple mixte pour la remise des divers prix sur le podium, au lieu de deux femmes.  Une mesure saluée par ceux qui y ont, curieusement, vu une fin totale du sexisme sur le Tour. Autre arlésienne, l’absence d’un équivalent au Tour masculin : “Quand on défend les valeurs du sport, on défend l’égalité femmes-hommes. Il devrait y avoir un Tour de France féminin depuis longtemps. Il n’y a pas d’argument pour l’entendre,” poursuit l'Élu de Lyon. Ce dernier ignore vraisemblablement que David Lappartient, président de l’Union cycliste internationale (UCI) a annoncé, le mois dernier, la création d’un Tour de France féminin en 2022. Poitiers, par la voix de son maire Léonore Moncond'huy (EELV) a d’ailleurs déclaré être ville candidate pour cette épreuve.

Autre sujet de discorde, l’argent. Être ville départ ou d’arrivée a un coût non négligeable. Pour Rennes, la somme évoquée est de l’ordre de 700 000 euros. Tout le débat porte sur la rentabilité de cet investissement, guère anodin en temps de crise :  Jean-Baptiste Lemoyne, alors secrétaire d'État aux Affaires étrangères en 2019, expliquait que : ”Chaque euro investi génère de 1,5 à 2 euros de retombées pour la ville étape et (...) plus de 10 % de fréquentation touristique supplémentaire l'année qui suit”. A Brest d’ailleurs, on n’a pas hésité longtemps. Contrairement à Rennes, les élus écologistes ont voté en faveur du projet : ”Nous avons débattu et avons été consultés et, pour nous, cet événement est une chance incroyable pour notre territoire. Ici, c’est une terre de vélo. L’image de Brest sera une nouvelle fois valorisée”.

Les élus bretons ont déjà annoncé qu’ils surveilleront le bon déroulé des festivités, avec une vigilance accrue portée sur la caravane publicitaire. Cette dernière est d’ailleurs dans le collimateur de certains élus verts, pour son côté démesuré, polluant, et publicitaire. Elle est pourtant essentielle à la Grande Boucle : 47 % des spectateurs viennent uniquement pour elle. Pour Béatrice Houchard, “c’est avant tout du folklore. A l’époque où les gamins sont sollicités par leurs tablettes, leurs téléphones, ce qui me frappe, c’est d’observer le bonheur de l’un d’entre eux, quand il reçoit une casquette ou un bob. La caravane fait partie de l'alchimie du Tour”. Or les écologistes, conscients de l’impact négatif des diverses déclarations récentes, expliquent ne pas vouloir nuire à l’aspect populaire du Tour. Une équation qui risque d’être compliquée à contenter des deux côtés.

Les positions du maire de Lyon sont donc loin de faire l’unanimité au sein même des verts. Ronan Pichon, chef de file des Verts à la mairie de Brest, ville départ du Tour 2021, déclare  sur France 3 Région, avec enthousiasme : "Il faut croire que la maire de Rennes ne voulait pas le Tour aussi fort que le maire de Brest". Côté militants, Isabelle Saporta, journaliste d’investigation et militante écologiste, s’est agacée au micro des Grandes Gueules sur RMC, ce vendredi : ” Le vrai soucis avec les maires écolos, c’est que s’ils ont une idée à la con par jours, on ne va pas s’en sortir. Il y a un boulevard pour faire des réformes incroyables

Le Parti Communiste, par la voix de l’Humanité, est le seul parti à avoir historiquement boudé le Tour de France en 1924. 2 ans plus tard, il changeait d’avis et suivait le Tour au volant d’une Cadillac. Chez EELV, la commission des sports a prévu de plancher sur ce sujet ces prochaines semaines. Alors qui sait, peut-être, verra-t-on une voiture EELV au sein de la caravane du Tour dans 2 ans ?

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