Menu
nation
Sécurité
Sécurité : quels enjeux pour demain ?

Face aux menaces protéiformes et complexes qui menacent jusqu'à l'intégrité même de la nation, comment la France du XXIème siècle doit-elle repenser et organiser son système sécuritaire ?

Sécurité : quels enjeux pour demain ?

De tout temps l'évolution des formes de la criminalité a nécessité une adaptation des systèmes sécuritaires des États qui y étaient confrontés. La France n'y a pas échappé. Montée de la violence, développement de la criminalité organisée, ancrage d'une délinquance toujours plus sophistiquée, installation durable du terrorisme etc, les défis à relever sont aujourd'hui de plus en plus nombreux et de plus en plus graves. Face aux menaces protéiformes et complexes qui menacent jusqu'à l'intégrité même de la nation, comment la France du XXIème siècle doit-elle repenser et organiser son système sécuritaire ?

Les dernières décennies, et en particulier la toute dernière, ont fait émerger de nouvelles problématiques en matière de sécurité intérieure. De la ghettoïsation de nombreux quartiers de nos villes, source d’une criminalité de plus en plus organisée et violente, à l’arrivée sur notre territoire d’une nouvelle forme de terrorisme particulièrement meurtrier, en passant par la gestion de manifestations de voie publique qui s’apparentent de plus en plus souvent à des émeutes, notre pays est incontestablement à un tournant sécuritaire décisif de son histoire.

D’un strict point de vue opérationnel, trois thématiques ou enjeux majeurs importants s’avèrent d’actualité et en attente de réponses concrètes et efficaces. D’une part, la lutte contre l’insécurité du quotidien et la reconquête de nombreux quartiers. D’autre part, une nécessaire recomposition stratégique et tactique du maintien de l’ordre. Enfin, l’inscription dans le long terme de la lutte contre le terrorisme et l’indispensable adaptation de nos services de sécurité.

La lutte contre l’insécurité du quotidien et la reconquête des quartiers

Depuis qu’au début des années 1980 les chiffres relatifs à la criminalité sont devenus des enjeux politiques, il est extrêmement difficile de s’y fier. Souvent minimisés lorsqu’ils peuvent être gênants. Parfois manipulés à des fins qui n’ont rien de scientifiques, les statistiques policières n’ont, en réalité, jamais rien révélé d’autre que la nature de l’activité des services. En l’occurrence, leur capacité à enregistrer des plaintes et à élucider un certain nombre de faits délictuels ou criminels.

Cependant, ce dont certains travaux universitaires et des enquêtes indépendantes ont pu rendre compte au cours de ces dernières années, c’est de l’augmentation fulgurante de la délinquance de voie publique. Par ailleurs, les infractions dites « violentes » font désormais un bond spectaculaire.

Mais aujourd’hui, c’est essentiellement en direction de certains de nos quartiers urbains qu’il faut regarder. Évalués officiellement à 800 environ, mais sans doute plus nombreux. Répertoriés en 4 catégories qui vont de « zones de non-droit » à « quartiers sensibles-problématiques », certains d’entre-eux ne voient plus les forces de l’ordre y pénétrer d’initiative depuis longtemps. Tenus par des bandes dont les caïds appartiennent souvent à la même famille, ils voient se développer de nombreux trafics, dont celui de stupéfiants, et s’installer une criminalité qui devient endémique. Ainsi, l’activité criminelle qui y sévit s’impose comme une composante économique désormais incontournable. Face à l’ampleur du phénomène, les pouvoirs publics sont aujourd’hui dépassés.

Si les réseaux criminels français sont les plus actifs sur le territoire national, les étrangers, en partie à cause d’une large ouverture de nos frontières, ne sont, pour autant, pas absents du paysage. Trafic d’êtres humains pour les Roumains, trafic d’armes pour les Albanais, trafic de drogues pour les Italiens, cambriolages pour les Géorgiens et prostitution pour les Bulgares, à chacun son domaine d’activités et ses spécialités ! Là encore, les récents règlements de comptes survenus à Marseille ou à Dijon au cours de ces derniers mois dans le cadre de la guerre que se livrent les gangs, ont mis en évidence la présence de malfaiteurs en provenance directe de pays d’Europe centrale et orientale.

Mais la lutte contre le crime et l’insécurité n’est qu’un des aspects du travail des policiers. L’actualité n’a, en effet, pas manqué de mettre en évidence une autre mission fondamentale des forces de l’ordre en général et de la police nationale en particulier ; le maintien de l’ordre.

La nécessaire recomposition du maintien de l’ordre

La gestion des mouvements sociaux du point de vue de l’ordre public est une des prérogatives de l’État. Mais cet exercice qui consiste à prévenir les troubles et les désordres tout en faisant droit à cette liberté fondamentale qu’est celle de manifester, n’est pas sans poser de vraies questions et de réels problèmes.

Les manifestations qu’a connu notre pays au cours de ces dernières années, à un rythme élevé et parfois d’une rare violence, sont caractéristiques de cette mutation qui s’est peu à peu opérée entre une vision classique du droit de manifester, largement portée au cours des dernières décennies par les syndicats, et cette nouvelle approche des manifestations de rues qui n’ont d’autre objectif que de poser des rapports de force afin d’obtenir par la violence ce qu’on ne peut plus obtenir par le dialogue.

L’organisation du maintien de l’ordre en France a hérité d’un long passé de contestation. Au fil du temps, l’ordre public autrefois dévolu à la troupe, avec tous les excès que l’on a pu connaître, est devenue la spécialité de formations particulièrement entraînées pour cela. Il en est ainsi des Compagnies républicaines de sécurité, créées en décembre 1944 et, bien entendu, des gendarmes mobiles, forces spécialisées en la matière relevant de la gendarmerie nationale.

Au départ conçues et théorisées par le préfet Louis Lépine à la fin du XIX ème siècle pour encadrer et contenir les manifestants, souvent avec l’aide de services d’ordre internes aux organisations syndicales, les techniques de maintien de l’ordre ont dû s’adapter, notamment pour éviter tout contact physique direct entre forces de l’ordre et manifestants. En effet, les quelques heurts qui sévissaient immanquablement lors de la dislocation des manifestations, prouvaient, si besoin en était, que moins il y avait de contacts, moins les risques de violences étaient importants.

C’est en se basant sur cette philosophie, ainsi que sur quelques incidents plus ou moins graves néanmoins survenus, que les responsables de l’ordre public établirent les règles d’intervention ou doctrines d'emploi des forces de l’ordre. Et tout ceci fonctionna de façon plutôt satisfaisante, jusqu’à ce qu’apparaissent au cœur des manifestations des groupuscules radicalisés désireux, non pas de manifester dans le respect des règles établies, mais plutôt d’en découdre avec les policiers et les gendarmes dans le seul but de déstabiliser l’État. Il faut reconnaître que cela a plutôt bien fonctionné.

Aujourd’hui, se pose donc la question de l’évolution des techniques de maintien de l’ordre mises en place jusqu’à présent. Face à des groupes mobiles, particulièrement violents et rompus à l’exercice, les forces de l’ordre n’ont d’autre choix que de revoir leurs façons d’opérer et d’intervenir. Ainsi, le renseignement, jusque-là purement informatif doit-il (re) prendre une tournure plus opérationnelle en vue d’écarter au plus vite, voire préventivement, les individus repérés comme dangereux. Il doit également permettre d’anticiper les manœuvres déstabilisatrices des groupuscules violents qui mettent parfois les policiers en difficulté voire en péril. La tactique qui prévalait jusque-là, et qui consistait à tenir les manifestants à distance doit également être revue, afin de permettre l’interpellation des meneurs, des casseurs et des éléments les plus virulents. Cela passe incontestablement par plus de mobilité et d’anticipation. Enfin, l’arsenal juridique existant doit être utilisé à plein, afin de permettre des condamnations sans complaisance et sans équivoque.

Il est un autre domaine qui constitue de nos jours un sujet important pour la sécurité intérieure, le terrorisme islamiste.

La lutte contre le terrorisme et le renseignement policier

Notre pays, à toutes les époques, a été touché par le terrorisme. Mais c'est récemment, que la France vient de découvrir un terrorisme dont l’origine est à rechercher dans les combats menés par des groupes islamistes radicalisés. Particulièrement meurtrières, ces attaques terroristes ont la spécificité d’être le plus souvent menées par des ressortissants nationaux. Notamment issus de la petite délinquance et ayant séjourné en prison pour la plupart d’entre eux, ceux qui se qualifient de djihadistes ont la particularité de pouvoir se fondre dans un décor qui est celui du quotidien des Français.

Les services de renseignement se sont tout d’abord trouvés particulièrement désemparés face à des criminels qu’ils n’avaient pas ciblés. Puis, rapidement, ils ont su s’adapter à cette nouvelle donne, parvenant à déjouer, ces dernières années, de nombreux projets d’attentats. Cependant, ceux qui réussirent furent nombreux, trop nombreux. C’est donc toute une approche de la sécurité intérieure qu’il a fallu reconsidérer, là encore, souvent sous la pression des événements et dans la précipitation.

C’est ainsi qu’aux côtés de nos soldats de l’opération sentinelle, policiers et gendarmes ont revu leurs techniques d’interventions. Ils se sont adaptés à des situations qui leur étaient jusque-là étrangères afin de protéger une population elle-même traumatisée en découvrant combien elle était vulnérable. En quelques années seulement, la France est donc passée d'une gestion débonnaire de la paix publique à la nécessité de mettre en œuvre une véritable politique de sécurité intérieure.

Réformer la police nationale en profondeur, quelques pistes à suivre

En premier lieu, il convient de s'interroger sur l'efficacité de la chaîne hiérarchique policière, car il faut bien admettre que la police nationale est, depuis fort longtemps, davantage administrée qu'elle n'est commandée. Il est donc devenu nécessaire de réduire des échelons hiérarchiques encore trop nombreux, sources de retards importants dans la communication institutionnelle et opérationnelle, ainsi que de temps de réactions trop longs dans la conduite des missions. L'amélioration des niveaux de recrutements et de la qualité des formations initiales et continues des policiers militent indiscutablement en ce sens.

En second lieu, le Police nationale doit reconsidérer l'ensemble de ses missions. La dernière décennie a en effet vu émerger des problématiques nouvelles en matière d’insécurité. Violences urbaines répétitives, atteintes aux personnes en hausse, y compris contre les dépositaires de l’autorité publique – en particulier à l’encontre des élus -, prise en main et contrôle par des bandes armées d’origine étrangère de quartiers entiers de nos cités, jamais la situation sécuritaire en France n’a été aussi dégradée. C'est donc une vaste réflexion qui doit être ouverte sur les missions, les moyens, l'organisation et les personnels de la police nationale. C’est à ce prix également qu’il sera possible de resituer l’action du policier au cœur de l’action publique. Il est évident que l’image de l’institution policière a, à tort ou à raison, beaucoup souffert de la répression parfois excessive menée à l’encontre de gilets jaunes. Il est donc fondamental de replacer l’action de la police dans le contexte qui doit être le sien, et se rappeler qu’elle est une force au service de tous les Français et non à la disposition de quelques-uns.

Intégrer pleinement les polices municipales

Si la lutte contre l'insécurité et la délinquance doit faire l'objet d'une coproduction sociétale - expression à la mode depuis quelques années -, il convient, en tout premier lieu, d'y associer les administrations et services dont c'est la mission première. Les événements récents vécus par les forces de l'ordre ont prouvé que les modes d'organisations actuels avaient atteint leurs limites. Policiers et gendarmes épuisés, militaires sur-sollicités, magistrats débordés, prisons surpeuplées, tout indique que le temps des réformes en profondeur est arrivé. C'est ainsi qu'à côté des indispensables modifications structurelles qui doivent toucher la police nationale, il est grand temps de responsabiliser et d'intégrer de façon beaucoup plus importante les polices municipales dans le dispositif global de sécurité intérieure de notre pays.

Conclusion

Au fur et à mesure que nos sociétés se développent, les risques en matière de sécurité se font de plus en plus nombreux, et touchent à des domaines de plus en plus variés. Corollaire de cette surexposition, la demande de protection de nos concitoyens est également de plus en plus forte et exigeante. Car si la sécurité doit être assurée pour tous, elle doit se réaliser dans le cadre protecteur des libertés individuelles. Cette apparente contradiction entre sécurité et liberté ne peut donc être surmontée que par une approche rigoureuse quant aux méthodes et aux moyens utilisés par les forces de l'ordre, et une organisation sans faille des systèmes et des procédures policières mises en place. Mais pour cela, il faut qu'au plus haut sommet de l’État, l'idéologie le cède au pragmatisme, et qu'un réel consensus s'opère sur les objectifs à atteindre ainsi que les moyens à mettre

en œuvre. Jusqu'à présent, c'est ce qui a souvent fait cruellement défaut.

0 commentaireCommenter