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Covid : 6 heures de route pour un détartrage

Le difficile accès aux soins, vieille arlésienne dans les zones rurales, est accentué par la crise de la COVID. Privés de soin, des malades se retrouvent obligés de faire plusieurs heures de routes pour se faire traiter dans les grandes métropoles. 

Covid : 6 heures de route pour un détartrage

Plus de 400 kilomètres aller-retour pour un détartrage. C’est la distance qu’a dû parcourir un habitant de Daglan, petite commune de 560 habitants, située à 20 kilomètres à l’ouest de Gourdon dans le Lot. 3 ans auparavant, il avait été traité pour une parodontite à Cahors. Depuis, il doit régulièrement effectuer un détartrage régulier pour éviter une récidive. A la Dépêche du Midi, sa conjointe va jusqu'à évoquer un risque de perte de dents. Sauf que Cahors n’a pas pu le recevoir à nouveaux. Pas plus que les autres cabinets dentaires environnants. Les seuls rendez-vous disponibles ne l’étaient qu’à compter de 2021. N’ayant pas la patience du risque, il a donc préféré effectuer l'aller-retour à Bordeaux.

Le problème est double. Il est d'abord imputable aux conséquences de l'épidémie de la COVID. Le protocole sanitaire que doivent respecter les soignants a drastiquement diminué, de moitié, le nombre de patients pris en charge par les médecins. De fait, ces derniers priorisent leurs interventions et ne s’occuperaient plus que des urgences. Le détartrage n’en fait pas parti.

Les abcès dentaires, autrement plus douloureux, ne semblent pas faire non plus partie des traitements d’urgence. Une patiente, également Lotoise, s’est vu prescrire des antibiotiques par son médecin généraliste. Jusqu’au moment, fin juillet, où elle a dû se résigner à se rendre tout d’abord aux urgences de Toulouse, fermées, puis à celles de Bordeaux, où elle devra retourner pour une opération.

Autre problème : Le Lot fait partie de ces déserts médicaux qui traversent le pays. Trop éloigné des grandes métropoles en voiture, situé à 1h30 de Toulouse et presque 3 heures de Bordeaux, il ne dispose que de 104 dentistes pour 174 000 habitants (données de l’ordre des chirurgiens-dentistes 2020 et de l’INSEE 2015). D’autres départements sont encore moins bien lotis : dans l’Orne, il n’y a que 103 dentistes pour 290 000 habitants.

En cause, une multiplicité de facteurs : diminution de la population, raréfaction des services publics, des écoles, manque d’offre d’emplois pour les conjoints… en 2006, la France disposait de 40 300 chirurgiens-dentistes sur son territoire. En 2013, ils étaient 40 000, et 42 233 au 16 septembre 2000. Une évolution qui ne compense pas celle de la population française (environ + 5% pour le premier contre + 6% pour la seconde), dans un secteur où la pénurie est manifeste dans certains départements.

La profession est soumise à un numerus clausus (1220 places en 2019, d’après le Journal Officiel) et peine à rendre les territoires ruraux attractifs : de nombreux étudiants préfèrent s’installer près de leur localisation d’étude. Pour attirer les dentistes dans les zones « sous dotées », l’assurance maladie a mis en place deux contrats : le contrat d’aide à l’installation des chirurgiens-dentistes (CAICD) et le contrat d’aide au maintien des chirurgiens-dentistes (CAMCD). La première propose une aide de 25 000 (voir 30 000 en fonction de la zone) euros pour aider l’installation, la deuxième, un forfait de 3000 euros annuels en cas de maintien de l’activité pendant trois ans. Enfin, les praticiens peuvent bénéficier d’une exonération d'impôts en zone de revitalisation rurale (ZRR) soumises à conditions.

Des mesures malheureusement inefficaces à ce jour pour remédier à une situation qui met, in fine, la santé des patients en péril.

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