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Avec sa fermeture, il faut que Bridgestone rembourse les millions d'euros d’aides publiques !

ARTICLE. Premier employeur de la ville de Béthune, la multinationale Bridgestone a annoncé la semaine dernière la "cessation définitive" de l'activité du site dès l’an prochain. Depuis plus de dix ans, l'entreprise avait pourtant reçu à plusieurs reprises des fonds publics importants. Des aides que le groupe ne compte pas rembourser.

Avec sa fermeture, il faut que Bridgestone rembourse les millions d'euros d’aides publiques !

L’annonce de la fermeture de l’usine Bridgestone de Béthune (Pas-de-Calais) a fait l’effet d’une bombe en pleine rentrée sociale. « La cessation totale et définitive de l’activité de l’usine de Béthune est la seule option qui permettrait de sauvegarder la compétitivité des opérations de Bridgestone en Europe », a justifié la semaine dernière la multinationale japonaise pour expliquer qu'elle mettait fin aux activités du site.

Les réactions des élus locaux et de l'exécutif n'ont pas tardé. La raison de leur colère ? La sensation de s'être fait prendre pour une planche à billets avec les millions d’aides publiques reçues à plusieurs reprises par Bridgestone pour sauver le site de Béthune pendant plus de dix ans. Et le président de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand ne compte pas en rester là : "C'est pas "prends l'oseille et tire-toi". ça va être des années de procédure et une guerre de tranchées", a-t-il prévenu.

En effet, entre 2008 et 2016, 500 000 euros ont été alloués par le Conseil régional des Hauts-de-France au fabricant de pneumatiques, plus 120 000 en 2017. En 2019, Philippe Burnage, directeur général de Bridgestone en France, aurait sollicité d'autres fonds pour la modernisation du site, une opération qui aurait coûté plus de 150 millions d'euros et pour laquelle la région était prête à aider encore une fois le groupe ! Et la liste ne s’arrête pas là : le constructeur japonais a également reçu 500 000 euros du fond européen FEDER et 320 000 euros de l'Etat, plus le crédit d'impôt pour la compétitivité emploi (CICE) en 2017 qui s’élevait lui à 1,8 million d’euros. De l'argent public destiné à créer des emplois, pas à en supprimer !

Comme si ce n’était pas suffisant, la multinationale a également perçu 24 millions d'euros via un programme européen qui ont bien été investis par Bridgestone, mais... dans leur usine polonaise. Comment expliquer ces 24 millions d’euros de l'Union européenne qui ont permis d'agrandir le site de Poznan en Pologne alors que cela allait de toute évidence affaiblir le site de Béthune ? En procédant ainsi, l'Union européenne montre une nouvelle fois qu’elle marche sur la tête en organisant en son sein une concurrence déloyale.

Pour Laurent Berger de la CFDT, il faut instaurer une loi qui permette d'exiger le remboursement d’aides publiques versées à des entreprises qui ne «jouent pas le jeu» du maintien de leurs activités, ce qui est le cas de Brigdestone qui «a organisé elle-même la fuite de son activité» a-t-il indiqué sur Europe 1. Surtout que le leader mondial du pneumatique a engrangé un bénéfice net mondial entre janvier à fin mars de 19,5 milliards de yens soit 167,9 millions d'euros.

Réclamé par de nombreuses voix, le remboursement des aides publiques n'est pour l’instant pas du tout au programme et n’a même pas été évoqué par le groupe japonais… Pas étonnant quand on sait qu’Agnès Pannier-Runacher a elle-même écarté la possibilité que le 1,8 million d'euros versé au titre du CICE soit réclamé au groupe.

Et cette pratique scandaleuse des subventions publiques touchées par des multinationales qui délocalisent peu après ne date pas de Bridgestone. En 2019, Ford fermait son usine près de Bordeaux, après avoir touché 22 et 26 millions d'euros de fonds publics entre 2013 et 2018 pour son site de Blanquefort… pour annoncer sa fermeture à peine quelques mois plus tard.

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