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Premier gouvernement Gilets Jaunes : « Nous avons créé un nouveau CNR »

ARTICLE. Le contre-gouvernement crée par des Gilets Jaunes a fait son premier conseil des ministres cette semaine. Structuré au fil des mois, le projet symbolique a aujourd’hui une portée concrète. Les propositions sont sur la table !

Premier gouvernement Gilets Jaunes : « Nous avons créé un nouveau CNR »

« Vous critiquez le gouvernement, mais qu’avez-vous de concret à proposer ? » C’est pour répondre en profondeur à cette interrogation sempiternellement recyclée pour critiquer leur initiative générale, qu’un groupe de Gilets Jaunes a décidé d’aller au bout du processus de l’incarnation politique. Ainsi s’est tenu lundi dernier le conseil des ministres du « Gouv », le premier Gouvernement à but non lucratif estampillé Gilets Jaunes et qui regroupe près de 80 bénévoles dans de nombreux ministères.

Retransmis en ligne, le Conseil s’est tenu avec ordres du jour, présentation des ministères et des dossiers de fond pour redresser la France. Durant plus de trois heures, chacun a pu présenter les travaux de son ministère et sa feuille de route. « Le conseil a été de bonne tenue, avec des propositions crédibles proposées par des gens crédibles, se félicite Fabrice Grimal, Gilet Jaune à l’initiative du projet et co-organisateur du Conseil. Nous avons relevé le défi technique d’un live multi-caméras monté en direct avec les questions du public. Nous sommes fiers et nous espérons que nous allons créer un précédent. »

Des gens crédibles ? Difficile de dire le contraire : Régis de Castelnau à la Justice, Edouard Husson aux Affaires Européennes, Jacques Nikonoff au Travail, Philippe Murer à l’Économie, Régis Chamagne à la Défense, René Chiche à l’Éducation, Claude Rochet Commissaire au Plan, Etienne Chouard à la monnaie…Des personnalités aux carrières et au CV qui parlent pour eux, qui viennent d’horizons divers mais osent se rassembler au-delà de leurs différences pour l’intérêt supérieur de la nation. « En fait nos critères, c’était de chercher des gens compétents, reconnus, compatibles les uns avec les autres, mais aussi évidemment favorables au mouvement des Gilets Jaunes. »

La théorie de base du Gouv est gramscienne (ndlr : du penseur marxiste italien Antonio Gramsci) et promeut la fusion du bloc hégémonique avec ses intellectuels organiques. « Le bloc hégémonique, c’est nous, et les intellectuels organiques, c'est eux », note Fabrice Grimal avant de préciser : « Le fond du rassemblement c’est l’indépendance de la France et le pacte Gilet jaune : justice sociale, justice fiscale, démocratie réelle et souveraineté nationale. Tous les gens qui travaillent de près ou de loin sur ce projet peuvent signer des deux mains ces propositions. Tous sont des souverainistes sociaux. »

Le Gouv fonctionne sur une alchimie entre les techniciens et les idées citoyennes, en faisant travailler ensemble des « experts » et des « citoyens-experts » : « parfois il y a des experts dont c’est le métier et qui manquent de recul du fait qu’ils ont le nez dans le guidon, et inversement, des gens dont c’est la passion mais qui, n’étant pas professionnels, ont un recul et une forme de bon sens qui permettent de désamorcer certains malentendus ou certaines impasses. » Les échelons s’équilibrent ainsi : les citoyens peuvent être tirés au sort dans les comités citoyens pour contrôler le travail des ministres et donner des avis consultatifs et les citoyens-experts peuvent s’inscrire pour entrer dans les équipes des ministères et participer à la réalisation des dossiers de fond, sous le patronage des ministres. « D'ailleurs, certains ministères restent encore à pourvoir. Nous sommes plus que jamais à la recherche de l'élite citoyenne », précise Fabrice Grimal.

Mais tout ça pour quoi ? Le Gouv n’a bien entendu à l’heure actuelle aucune portée légale. Mais pour ses fondateurs, il est plus qu’un simple témoignage. Le pari est de montrer qu’il est possible de créer un gouvernement indépendant, transpartisan, travaillant au Bien commun avec des vrais ministres, des vraies équipes et des vrais dossiers de fonds, pour sortir du spectacle de la politique politicienne. « Vous savez en tant que Gilets Jaunes, ce n’est pas facile d’allumer sa télé et de se voir traiter d’énorme beauf par des journalistes alors que vous revenez d’une manif où vous avez entendu des chauffeurs routiers parler de création monétaire, d’écriture de la Constitution et d’évasion fiscale, confie Fabrice Grimal. Vous avez des ouvriers et des infirmières qui s’intéressent vraiment à la politique, qui passent du temps à creuser, à se renseigner, à suivre des intellectuels sur les réseaux sociaux, à relayer des conférences etc., bref qui se comportent comme des citoyens alertes, et qui sont bien plus légitimes qui certains ânes diplômés. »

Projet novateur en France pour la structuration des Gilets Jaunes, l’aventure s’est édifiée au long court. « J’avais suggéré ça à ce groupe de Gilets jaunes au début de l’été 2019, raconte Fabrice Grimal, au moment où nous nous demandions s’il ne fallait pas se structurer pour être sûr de passer l’été et ancrer le mouvement dans la durée. Le groupe s’en est emparé et nous avons conçu et développé le projet tous ensemble. » Un temps long qui a fait émerger d’inévitables critiques au sujet de l’incarnation, du statut du projet et de son caractère parcellaire. « Nous avons bien compris que l’extrême gauche ne nous aimait pas. Ils pensent que nous sommes l’infiltration RN au sein des Gilets Jaunes, uniquement parce qu’il y a un ancien RN comme Philippe Murer parmi nous, qui est par ailleurs un homme charmant qui discute cordialement, au-delà de leurs différents, avec des gens comme Nikonoff ou Castelnau, mais que voulez-vous, nous nous attendions évidemment à ce genre de procès d’intentions. »

Il y a aussi, au sein des Gilets Jaunes, ceux qui considèrent que le Gouv s’est arrogé le droit de nommer un gouvernement au nom de tous. Pour Fabrice Grimal, il s’agit d’un faux débat interne et sans fin opposant horizontalité et verticalité de la lutte. « Pour moi, les Gilets Jaunes, c’est la verticalité des initiatives et l’horizontalité du soutien. Voilà comment ça marche concrètement : vous avez une idée, vous la proposez et personne ne peut vous en vouloir de le faire. Ensuite, les gens s’emparent ou non de cette proposition et décident collectivement de son avenir. C’est ce que nous avons décidé de faire. Nous avons nommé verticalement ce gouvernement à titre de proposition. Aux autres Gilets Jaunes, et plus globalement aux Français, de s’en emparer s’ils le souhaitent. »

Un élan que le Gouv n’entend pas freiner. Prochaine échéance ? Encore incertaine. « L’idée serait de remettre ça pour le 17 novembre, qui sera de surcroît la date anniversaire des deux ans du mouvement. » Un bel hommage en perspective, et une belle avancée pour un mouvement dont beaucoup avaient prédit qu’il n’en sortirait jamais rien de concret. Et Fabrice Grimal de conclure : « Nous avons un nouveau CNR pour promouvoir la souveraineté de la France, de son peuple et de ses principales revendications. Nous ne prétendons rien imposer à personne. C’est une proposition sérieuse, et nous la mettons sur la table. C’est le nombre qui fera notre ambition.

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