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Pourquoi Donald Trump va gagner

ANALYSE. La nuit dernière avait lieu le premier débat entre les deux prétendants à la Maison Blanche pour les quatre années à venir. Donné battu à plate couture par l’ensemble des sondeurs, spécialistes et journalistes américains, Donald Trump remportera pourtant les élections de novembre. Quelques pistes pour en comprendre les raisons.

Pourquoi Donald Trump va gagner

Les journalistes américains pensaient enfin tenir le bon bout. Après trois années passées à vilipender, critiquer, ridiculiser l’excentrique président Trump, la crise du Covid-19 semblait offrir les armes pour terrasser le populisme, purger les Etats-Unis d’un hurluberlu dont on allait enfin pouvoir rayer le nom des tablettes. Le monde occidental se réjouissait de retrouver la tendre tutelle d’un oncle Sam bienveillant, la Chine pouvait de nouveau avancer masquée dans son entreprise d’OPA sur toute forme de vie. Le monde réuni en concile pourrait enfin sauver la planète du réchauffement, et la concorde entre les peuples s’installer pour toujours au pays des bisounours.

En quelques semaines, tous ces espoirs sont morts. Avant même les grands débats contre son opposant Démocrate, il est aujourd’hui en position de force pour rester 4 années de plus à la Maison Blanche et continuer d’exploser les lignes d’un monde en pleine révolution (terme astronomique, pas marxiste). Donné battu à plate couture par l’ensemble des sondeurs, spécialistes et journalistes américains, Donald Trump remportera pourtant les élections de novembre, pour peu qu’elles puissent se tenir. Quelques pistes pour en comprendre les raisons.

Leçons d’américanité

Depuis le début de la pandémie, les médias américains se sont déchainés contre la gestion de l’administration Trump. En représentation permanente, le président Trump a en effet soufflé le chaud et le froid, tour à tour minimisé et dramatisé la situation. Sa sortie sur un antiseptique à boire comme un Yop pour désinfecter l’organisme semblait devoir tuer sa popularité au sein même d’une partie de son électorat. Bonheur suprême, les dommages infligés à l’économie, boussole unique de la politique américaine, privaient au meilleur moment M. Trump de son atout maitre : une expansion record, une balance commerciale améliorée, un taux d’emploi chez les afro-américains (sic) plus haut que jamais. Le meurtre de George Floyd par la police donnait une teinte encore plus désagréable a une fin de règne annoncée.

Las, tout se retourne aujourd’hui contre ses contempteurs. La faute à l’Amérique elle-même, que Donald Trump semble avoir bien mieux comprise que les élites des deux côtes.

D’un Etat qui serait fédéral - Difficile à imaginer pour nous, Gaulois dont le moindre détail de la vie courante est normé par un texte de loi ou règlementaire depuis le 8eme arrondissement de Paris, mais les Etats-Unis sont une fédération. Dans ce système, la gestion d’une crise sanitaire (fermeture des lieux publics, confinement, obligations du port de masque) relève exclusivement de la compétence des états fédéraux. En aucun cas de Washington.

Dire que Donald Trump n’a pas pris la mesure d’une pandémie qui a franchi la barre des 200 000 morts est donc inexact. De par la lettre et l’esprit la constitution, il ne peut agir que sur les frontières du pays : il est le premier à en avoir ordonné la fermeture, scandalisant les belles âmes du monde entier, privées de leur semaine annuelle de shopping à New York. Pendant ce temps, nos frontières restent ouvertes à toute l’Europe, Schengen oblige…

Le seul moyen à sa disposition est le recours à la FEMA, agence fédérale des situations d’urgence, utilisée notamment après le passage de l’ouragan Katrina sur la Louisiane. Le faire constituerait toutefois une insulte aux gouverneurs des États, qui ont la charge de leur système de santé, leur faire l’injure publique de considérer leur administration impotente, alors que le Covid-19 n’est pas à ce jour une épidémie qui relève de la force majeure, en ce qu’elle n’était pas imprévisible, ni insurmontable. Par ailleurs, les Américains ont, dans leur grande majorité, horreur que le gouvernement fédéral central vienne mettre son nez dans les affaires locales, pratique immédiatement associée à la dictature. La guerre de sécession n’est pas si lointaine.

Respectueux de la constitution qu’il a juré de protéger, le chef de l’Etat peut également compter sur l‘incroyable résilience du modèle économique américain. Impitoyable, il permet des licenciements massifs en quelques semaines. Flexible, il permet aussi des retours à l’embauche tout aussi rapides. Ce modèle repose sur une liberté presque totale des acteurs économiques et l’absence de filet de protection sociale, donc de charges pour les entreprises (et les ménages). Sous des dehors de Far West, le système permet un quasi plein emploi, même si nombre de ces emplois ne suffit pas pour mener une vie décente. D’où l’acharnement de Donald Trump à défaire la législation Obama Care permettant une couverture sociale a un plus grand nombre d’Américains. Dans ce pays-ci, seule l’initiative personnelle est payante, seul l’effort est récompensé. Là encore, le président est respectueux de la doctrine traditionnelle américaine en la matière, et fait le choix du capitalisme pur.

D’une souveraineté assumée - Une grande part de la détestation à l’endroit du 45ème président tient à sa personnalité. Misogyne, hâbleur, vantard, il est la représentation du mal dominant de naguère, modèle des années 80 en voie d’extinction rapide. Peu au fait du monde qui vit au-delà de ses frontières, il ressemble à tous ces Américains qui considèrent les Etats-Unis comme l’expression la plus aboutie de la civilisation, l’horizon indépassable. Pourquoi alors s’intéresser à ces méchants Russes, ces Chinois si fourbes, ou à ces Européens efféminés ?

Le retrait d’Afghanistan, le rappel des troupes d’Allemagne, l’avertissement fait aux Européens sur la remise en cause de son engagement de protection, sont autant de décisions prises par Donald Trump qui renouent en réalité avec la doctrine Monroe. A vouloir jouer le gendarme du monde, l’Amérique a trop souvent créé elle-même les causes des désordres actuels. De sa défaite vietnamienne au soutien des islamistes, elle se brule les ailes et engraisse le complexe militaro-industriel au détriment des classes populaires. Ce président a compris que la démocratie ne s’exporte pas en fourgon blindé et en tire les conséquences.

Soutien de la NRA et du droit des citoyens à porter des armes, il s’inscrit dans l’imaginaire comme le continuateur de la conquête de l’Ouest, aujourd’hui reconquête (Faire l’Amérique grande à nouveau). La violence, la virilité et la force physique sont des composantes essentielles du surmoi des WASP (White Anglo Saxon Protestants) qui ont construit le pays.

Bien que moqué, voire conspué pour cela, il a institué une véritable armée de l’espace, renvoyant ses compatriotes à leur plus brillant exploit, marcher sur la lune. Depuis, de nombreux pays l’ont imité (dont la France), après avoir pourtant critiqué une « militarisation de l’espace ».

Surtout, il est sorti des postures hypocrites tenues par les présidents depuis Ronald Reagan. Il nomme son ennemi existentiel, la Chine. Il dénonce l’accord de Paris sur le climat car il sait son pays en retard sur la transition écologique. Il dénonce l’accord sur le nucléaire iranien parce qu’il est le seul à oser dire qu’il n’est qu’un jeu de dupes.

En cela, il a rendu aux Etats-Unis une direction, une politique claire. Brutal, il use de sa puissance pour obtenir des résultats concrets. Et cela fonctionne. La chine reste tapie, attendant sa chute pour reprendre sa partie d’échecs. En attendant, Tik Tok, Huawei et les autres sont des victimes collatérales. En vérité, tout le monde se tait, le doigt sur la couture, en attendant que ça passe. Macron a cru pouvoir amadouer le taureau, il n’en reste que le souvenir douloureux des banderilles qu’il a lui-même reçues (taxe sur les produits français, marginalisation à l’OTAN, échec de la médiation avec l’Iran). Quand un enfant de cœur qui a bu le vin des burettes rencontre un John Wayne version téléréalité, l’issue ne fait guère de doute.

A l’épreuve des faits, il apparait que Donald Trump sert les intérêts de son pays mieux que ses quatre derniers prédécesseurs réunis. En enfourchant les mythes américains, il parvient à incarner une puissance à nouveau conquérante. Si les Etats-Unis sont condamnés au piège de Thucydide sur le long terme, lui a su lever l’ambiguïté et lancer franchement la guerre sino-américaine qui définira le reste du XXIème siècle.

D’une opposition bête à manger du foin - Si Donald Trump n’est pas le crétin satisfait que l’on se plait à décrire depuis 4 ans, il n’en est pas moins détestable pour autant. Egocentrique, maniaque, peu cultivé, oublieux des engagements pris par ses prédécesseurs, violent envers ses alliés et obséquieux envers ses ennemis, il devrait être une cible facile pour les Démocrates.

Las, ceux-ci sont encore plus ineptes que lui. Au lieu de promouvoir un agenda social et de justice dans un pays inégalitaire et raciste, ils se complaisent dans des postures moralisatrices et s’enferment dans le carcan idéologique produit par des campus en ébullition. Les fumeux concepts d’intersectionnalité, de racialisme, de blanchité, tous proviennent de cette matrice destructrice. Considérant que tout citoyen ne vote qu’à l’aulne de sa couleur de peau ou de sa sexualité, ils accentuent les tensions raciales et sociétales pour en faire le clivage déterminant des élections de novembre.

Leur choix de candidat est lui aussi malheureux, pour ne pas dire calamiteux. Agé de 74 ans, Trump est dans le paysage médiatique depuis 40 ans. Jeune et dynamique, le peuple américain aurait pu espérer une représentation rajeunie à sa tête, un vent de nouveauté. Eh bien non ! Joe Biden, fringant septuagénaire élu depuis 1973, atteindra ses 78 ans au moment de l’élection. 82 ans en fin de mandat, dont il a d’ores et déjà décidé de ne pas briguer le renouvellement. Pour la fraicheur, on repassera ! Le choix de sa colistière revêt donc une importance particulière, eu égard aux risques significatifs d’un décès en cours de mandat. Là encore, le choix de Kamala Harris, une femme aux origines antillaises, sera un repoussoir pour nombre d’électeurs, tant est prégnant l’ethnocentrisme dans une société américaine bâtie sur un substrat communautariste à l'opposé de notre modèle universaliste.

Détail qui n’en est pas un, M. Biden est catholique dans un pays majoritairement protestant et fier de l’être. Aucune chance donc de voir un évangéliste égaré se tromper de bulletin en novembre.

Ses différentes faiblesses pourraient néanmoins se compenser par l’habilité du personnage, son intelligence ou sa compétence. Encore raté ! Surnommé la machine à gaffes, il enchaine les commentaires stupides (un noir qui ne vote pas Démocrate n’est pas un « vrai noir ») sans parvenir à proposer autre chose que de changer la photo du locataire de la Maison-Blanche.

Il ne faut pas s’y tromper : Donald Trump est le symptôme d’un occident qui veut reprendre le contrôle de son destin. Avec tous ses défauts, il faut admettre qu’il incarne le souverainisme étatsunien. Sa réélection prouvera que cette poussée nationale n’était pas qu’une fièvre mais bien une lame de fond. On dit souvent que la France est toujours en retard de dix ans sur l’Amérique, soit une maturation prévue pour nos élections de 2027. Si loin, si proche…

Philippe Wagner

Sur l’auteur de ces lignes : Philippe Wagner (abonné), 34, marié et père d’un garçon de 2 ans. Juriste international basé à Dubaï, Emirats Arabes Unis, je suis passionné de la chose publique depuis mes années lycéennes. La lecture des mémoires de de Gaulle furent une révélation, et je suis depuis à la recherche de son successeur (toutes proportions gardées). Refusant l’inéluctabilité de la disparition de la France ou du moins de la certaine idée que je m’en fais, je suis enthousiasmé par la création de Front Populaire, un média porteur d’espoir et de renouveau de la parole publique.

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