Analyses
Etat Profond
Les provinces de France méritent de retrouver leur place dans la nation Abonnés

DÉBATS. Longtemps, la République jacobine voulut débarrasser la France de ses identités régionales. Et, pourtant, notre nation n’est-elle pas riche de ses provinces ? Thibault Isabel plaide pour un patriotisme qui redonne toute leur place aux régions. Ce texte s’inscrit dans la lignée du deuxième numéro de notre revue consacré à l’État profond.

Les provinces de France méritent de retrouver leur place dans la nation

Dans l’Hexagone, la guerre entre l’État et les régions remonte à loin. Sans même aller jusqu’à évoquer la répression de la Fronde et l’instauration de la monarchie d’Ancien Régime par Louis XIV, c’est surtout le jacobinisme post-révolution­naire qui a renforcé ces tensions. La stigma­tisation des provinces, jugées ringardes et dépassées, a pro­voqué chez nombre de militants régionalistes un rejet viscéral de la capitale parisienne et de ses institutions. Les identités régionales se définissent alors contre l’identité natio­nale, d’une manière presque irréconciliable.

Notre pays compte d’innombrables partis et mouvements d’émancipation, que ce soit en métropole (comme au Pays Basque), en méditerranée (comme en Corse) ou dans l’outre-mer (comme en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie). Depuis la fin du XIXesiècle, la Bretagne a joué un rôle moteur dans ces révoltes, de Lemercier d’Erm à Olier Mordrel et Fransez Debauvais, sans oublier le PNB, Breiz Atao, Stur, etc. Les partis régionalistes et indépendantistes alsaciens furent particu­lièrement actifs dans les années 1920-1930 (Ricklin, Wagner, Bilger, etc.), et l’on pourrait évoquer aussi le puissant mouve­ment occitan, le Félibrige provençal ou les Flamands de France. Aux yeux du grand public, tous les régionalistes ont à peu près les mêmes revendications, en dehors de leur position­nement à gauche ou à droite. Mais il existe en réalité deux sortes de mouvements : les autonomistes et les indépen­dan­tistes. Or, chacun de ces courants s’appuie sur un modèle poli­tique très différent.

L’autonomie contre l’indépendance

L’indépendantiste souhaite obtenir la souveraineté com­plète de sa région, pour en faire une nation à part entière. Peu importe d’ailleurs l’étendue du territoire concerné : il s’agit souvent d’une province, mais de simples communes pouvaient autrefois se transformer en principautés, comme Monaco, en 1524, qui s’était séparé du Saint-Empire romain germanique après s’être placé sous protectorat espagnol. Même des pays de grande taille sont animés de velléités...

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