Menu
nation
Territoire
Déconnexion des élites : Hidalgo veut étendre Paris… jusqu’à la Manche !

ARTICLE. Lors d’un débat organisé mardi lors du sommet du Grand Paris, Anne Hidalgo, accompagnée par Édouard Philippe, a annoncé vouloir étendre le Grand Paris jusqu’au Havre pour former une « région-capitale ».

Déconnexion des élites : Hidalgo veut étendre Paris… jusqu’à la Manche !

Par définition, la pensée hors-sol ne connait pas de limite. La maire de Paris, récemment réélue, en a fourni la démonstration mardi, considérant que, Paris étant « la seule grande métropole mondiale à ne pas avoir accès à la mer », il fallait y remédier. Présent au débat, Édouard Philippe, redevenu maire du Havre, en a profité pour enchaîner sur l’importance du fret ferroviaire, estimant que sans cette caractéristique maritime, « on ne peut pas avoir une puissance réelle dans la compétition par rapport aux autres grands ports européens. »

La déconnexion de la classe politique française était déjà proverbiale, mais on n’arrête définitivement pas le progrès. Anne Hidalgo a donc appelé à une réforme territoriale : « Sans doute, s’il y a une réforme territoriale à faire dans les années à venir dans notre pays, elle devrait être de créer une région-capitale qui soit depuis l’île de France jusqu’à la mer. » Cela risque de faire bien des mécontents, mais le plus important pour la maire socialiste n’est pas tant la vie des habitants de la France périphérique que le classement mondial des grandes métropoles : « Je sais que ça ne fera pas plaisir à au moins trois régions. Et en même temps, si on se projette dans une vision de ce que nous devons faire ensemble, les pouvoirs publics, les acteurs économiques, les citoyens, les maires, de tout ce grand territoire, il nous faut considérer que Paris est la seule grande métropole mondiale à ne pas avoir un accès direct à la mer. »

Anticipant les critiques, l'ancien Premier ministre a abondé dans le sens d’Anne Hidalgo : « Cette réalité n'est pas un dogme mais un fait. Il y a une particularité entre Paris, Rouen et Le Havre. » La maire de Paris a admis que l’idée puisse paraître saugrenue : « Au début, c’est vrai que certains ont moqué cette idée là… » Assez pour la remettre en question ? Non, car le projet relève d’une dimension particulière : « Cette idée du Grand Paris jusqu’à la mer, jusqu’au Havre, en passant évidemment par Rouen, est une idée à laquelle non seulement je souscris mais qui me paraît être une vision. » Une vision !

« Quelle idée incongrue, a réagi Hervé Morin, la Normandie n’est pas le paillasson de l’île de France. » Et le président du conseil régional de Normandie d’ajouter : « Encore une jacobine qui veut être présidente de la République. » Sautant sur l’occasion, Valérie Pécresse, à la tête de la région Ile-de-France, a pris le contre-pied de sa rivale : « Je rassure Hervé Morin : avec moi, l’Île-de-France n’aura jamais pour ambition d’annexer notre belle voisine la Normandie. » Il faut rappeler que ce projet du Grand Paris, lancé en 2008 par Nicolas Sarkozy, patine depuis quelques années, notamment pour des questions financières. Emmanuel Macron en avait pourtant fait une des – nombreuses – priorités lors de son début de mandat.

Quoi qu’il en soit, la rhétorique démiurgique des élites parisiennes et leur fantasme de toute puissance ne fait rien pour recréer un semblant de cohésion nationale dans une période d’incertitude sanitaire et économique. Jusqu’ici, on considérait que la politique d’un Etat était pour partie dans sa géographie. Pour Anne Hidalgo, la géographie est une politique tout court, quitte à redessiner arbitrairement aux crayons de couleur les contours d’un pays duquel elle semble chaque jour un peu plus déconnectée.

0 commentaireCommenter