Menu
europe
Ports
Ports Français : le déclin alarmant

ARTICLE. Mal adaptés aux nouvelles normes, mal reliés aux réseaux ferroviaires, en retard par rapport à leurs concurrents européens... Pour le Sénat, les ports français sont en souffrance.

Ports Français : le déclin alarmant

7,3 milliards d’euros pour les ports Français, contre les 3,7 prévus pour ces 10 prochaines années. Voilà la somme que réclamait la commission sénatoriale le 20 juillet, afin de moderniser le réseau portuaire français. Dans ce rapport de la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable, cette dernière alertait sur le manque de compétitivité des ports français face à ses concurrents européens. L’enjeu est d'importance : avec 11 grands ports maritimes (7 en métropole, 4 en outre-mer), la France possède une activité portuaire dont la valeur ajoutée dépasserait les 15 milliards d’euros et qui représenterait plus de 350 000 emplois directs et indirects. Ce jeudi, Michel Vaspart, sénateur LR des Côtes-d'Armor, a proposé une loi relative à la gouvernance et à la performance des grands ports maritimes avec  pour objet la modernisation et l’amélioration de la compétitivité des ports français

Malgré des réformes régulières, le secteur portuaire français est sur le déclin. En 2019, le trafic des Grands Ports Maritimes (GPM) représentait à peine celui de l’année 2008. Alors que transitent 310 millions de tonnes de fret dans la métropole, le seul port de Rotterdam fait mieux à lui seul, avec 470 millions de tonnes en 2019. Le rapport de la mission IGF-CGEDD de novembre 2018 sur la transformation du modèle économique des grands ports maritimes, a tenté d’expliquer un tel écart. Sous les projecteurs, les coûts de passages plus élevés que ceux de la concurrence, l’insuffisance de la desserte des infrastructures et une mauvaise image. S'ajoutent à cela des investissements dans le portuaire insuffisants, qui représentent seulement 3% des investissements réalisés dans les infrastructures du transport. Conséquence directe, les ports étrangers récupèrent plus de 40% des conteneurs à destination de la France métropolitaine.

En amont des ports, le secteur du fret souffre. La partie dédiée au ferroviaire est pointée du doigt. Devant l’état médiocre des voies du réseau, les trains dépassent rarement 30 km/h, là où ils sont supposés en faire 100. Le choix stratégique a été fait de privilégier le transport des voyageurs à celui des marchandises. Ainsi, la part modale du transport ferroviaire de marchandise est passée de 46% en 1974, à seulement 9% en 2018. Plus de 80% des pré et post acheminements se font donc par la route. Un chiffre loin d’être anodin : à titre de comparaison, le fret fluvial ou ferré représente 50% du trafic pour le port d'Hambourg.

Alors que les sénateurs poussent des cris d’alarme, la situation se fait inquiétante : la Chine a lancé un projet surnommé les “nouvelles routes de la soie”. Ses participations représentent 11 millions d'Equivalent Vingt Pieds”, (unité de mesure visant à exprimer la capacité de transport) soit 10 % du volume Européen. Les sénateurs appellent à “une réponse coordonnée à  l’échelle européenne et de ne pas faire preuve de naïveté quant à la stratégie chinoise”. Encore faudra-t-il financer le secteur qui ne manque pas de besoins. Tel sera le prix de la lucidité, laquelle n’est pas l'apanage des politiques européennes et françaises.

0 commentaireCommenter