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Guerre et information: les liaisons dangereuses

Gabriel Galice, président de l’Institut international de recherches pour la paix à Genève (GIPRI), montre combien l’information et la guerre sont inextricablement liées dans un monde globalisé et remodelé par les nouvelles technologies. 

Guerre et information: les liaisons dangereuses

« La guerre ne consiste pas seulement à faire rentrer des morceaux de fer dans des morceaux de chair, mais aussi des idées dans des esprits ; elle suppose autant de moyens de propagation que de destruction ». (François-Bernard Huyghes, La Quatrième guerre mondiale). La guerre et l’information, longtemps enchevêtrées, sont désormais soudées par la finance mondialisée associée aux nouvelles technologies(1). L’art de la guerre, de Sun Tsu, nous le rappelle, l’information est une arme, qu’elle soit soutirée à l’ennemi par l’espionnage ou répandue en fausses nouvelles pour mobiliser un pays, stimuler la troupe ou tromper l’adversaire.Depuis 1917, date de la création de la « Commission Creel », qui reçut mandat du Président des Etats-Unis d’Amérique, Woodrow Wilson, de « vendre » la guerre au peuple américain, les techniques de manipulation de l’opinion ont fait des progrès. 

La désinformation au service des guerres 

Un neveu de Sigmund Freud, Edward Berneys, œuvra au sein de la commission Creel. Jouer avec les peurs et les désirs inconscients du public reste le fonds de commerce des « relations publiques ». En 1928, Berneys consignera son expérience dans le livre Propaganda, bible des faiseurs d’opinion, communicants et autres Spin Doctors. 

Les stratèges de tous les pays sont familiers de la « guerre de l’information » (Infowar en anglais) et autres Psy Ops (opérations psychologiques).

Les dernières guerres de l’information concernent l’Irak, la Libye et la Syrie. On se souvient, de la fiole que Colin Powell agita, en 2003, au Conseil de sécurité de l’ONU pour « prouver » que le régime irakien détenait des armes de destruction massive. L’intervention militaire contre la Libye, décidée par le Président Nicolas Sarkozy en 2011, est un autre exemple de manipulation de l’opinion. Al-Jazeera fabriqua des informations sur des massacres imaginaires, amplifiées, en France, par Bernard-Henri Lévy. La destruction de la Libye, qui accompagna l’assassinat de Kadhafi, nourrit le terrorisme, les migrations clandestines, le trafic d’êtres humains. Neuf ans après, la guerre et le chaos règnent dans ce pays.  En 2013, le parlement britannique, échaudé par l’équipée libyenne qui excéda la mission assignée par le Conseil de Sécurité, refusa à David Cameron des bombardements en Syrie ardemment souhaités par le Président François Hollande. Le blocage britannique pesa lourd dans la décision du Président Barack Obama de ne pas utiliser la force directe contre l’Etat syrien. Ce qui n’empêcha pas les Etats-Unis, appuyés par le Royaume-Uni et la France, de mener des opérations clandestines de livraisons d’armes et de formation de djihadistes anti-Assad(2). En 2016, la Chambre des Communes britannique rédigea un rapport critique contre la guerre conduite par David Cameron. L’Assemblée Nationale française, elle, se contenta d’une évaluation complaisante.