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Afrique subsaharienne : les albinos souffrent toujours

ARTICLE. Sur une partie du continent africain, les personnes souffrant d’albinisme subissent des discriminations pouvant aller jusqu’au meurtre. Plus de 80% des albinos maliens auraient pâti de leur condition, d’après une étude présentée ce week-end par quatre associations qui prend leur défense.

Afrique subsaharienne : les albinos souffrent toujours

Près de 8 Maliens albinos sur 10 ont déjà subi une discrimination et 46% des parents ont craint d’inscrire leur enfant à l’école, de peur qu'il ne subisse des enlèvements, blessures ou bien encore le rejet des autres élèves. C’est ce que constate une étude présentée samedi dernier par quatre organisations de défense des albinos au Mali, lesquelles évoquent une situation toujours préoccupante pour cette population largement discriminée sur le continent africain.

Mal soignée, éloignée des centres de santé, mal informée des conséquences de l’exposition au soleil sur sa peau, la population des albinos voit rarement son espérance de vie dépasser les 40 ans (contre 62 ans pour la moyenne du continent africain). Un crépuscule précoce pour une existence qui s’avère parfois compliquée : “J’ai partagé ma couche avec les animaux dans l’étable. Parfois, on me lançait une assiette de nourriture. Parfois non. Je n’étais pas traité comme un humain, mais comme une chose explique Rémy, alors qu’il évoque sur le site « christianisme aujourdhui » son enfance au Rwanda dans les années 90. Certains parents d’enfants albinos, s’ils ne rejettent pas leur propre progéniture, peuvent alors voir leurs proches s’éloigner. Naitre albinos dans certains pays d’Afrique, c’est souvent voir son existence frappée du sceau de la malédiction et des croyances ancestrales.

A l’école, outre les moqueries, les insultes ou les coups, le peu de soins optiques rend les cours difficiles à suivre. Les professeurs sont mal formés quand ils ne mettent pas les enfants à l’écart eux même. Fatoumata Diakité, 10 ans, témoigne pour le site malien Bamada.net : “Je n’avais plus envie de rester à l’école à cause des problèmes de vue. Ils refusaient de croire que je ne pouvais pas voir le tableau de loin. Certains comparaient mes yeux à ceux des chats, d’autres crachaient par terre en me voyant pour que leurs enfants ne me ressemblent pas. J’étais détestée par notre enseignante, elle disait régulièrement que j’étais maudite et me frappait tout le temps sans aucune raison. Nous souffrons beaucoup.

Une souffrance qui ne cesse pas une fois atteint l’âge adulte. Les affres de la discrimination ne disparaissent pas si facilement. L'étrange pâleur de ces visages diaphanes tranche avec ceux de la majorité de la population et entraine le rejet, parfois de la part des parents mais aussi d’une partie de la société. En Tanzanie, 53% des albinos sont au chômage.” Je me souviens avoir postulé à un emploi mais le patron de l’entreprise m’a répondu : « Je ne peux pas vous donner d’emploi, vous feriez peur à mes clients »” Raconte à albinism.ohchr.org, Peter Ogik, qui se bat désormais pour les droits de l’homme des personnes atteintes d’albinisme en Ouganda. L’ONU constate que des agressions physiques contre les personnes souffrant de cette pathologie ont été signalées dans 26 pays. Alors qu’en Europe ou aux États-Unis, le nombre de personnes souffrant d’albinisme dépasse les 1 cas sur 17 000, en Afrique subsaharienne, ce taux peut descendre jusqu’à 1 sur 1 800 au Mali ou bien encore 1 sur 1 400 en Tanzanie. Les Nations Unies rappellent alors que : ”plus grand est le contraste en matière de pigmentation, plus forte est souvent la discrimination. “

Au rejet de l’apparence, s'agrège le fantasme et le mythe : interviewé par The Economist , Bon Kalindo, député de l’opposition malawienne, explique comment une bouteille de Coca pétillera si elle est placée sur le péroné issu d’un corps albinos. Selon l’élu, ces derniers possèderaient du liquide magnétique qui parcourrait leur squelette de part et d’autre. Les os, manipulés par un sorcier auraient des propriétés propres à favoriser chance et richesse à qui possèderait onguent ou potions réalisées à base ”d’albinos“. En réside un commerce sordide. En septembre 2017, au Mozambique, la police découvrait le corps mutilé d’un adolescent de 17 ans. Les os de ses bras et de ses jambes avaient été découpés puis prélevés, ainsi que ses cheveux. Le crâne avait été fracassé, pour en extraire le cerveau. Au Malawi, le 30 avril 2016, c’était le corps d’une femme de 30 ans qui était découvert, gisant. Les seins et les yeux manquaient au corps de la défunte. 2 exemples macabres d’une liste qui en comporte bien d’autres.

Deux faits divers sordides, dramatiques et symptomatiques du risque avec lequel doit vivre cette population dans ces régions. Les albinos font face à des croyances fermement implantées chez une partie de la population qu’elle côtoie. Et qui ne dépend pas forcément du niveau d’étude : un rapport de l’ONU explique que le nombre d’agressions subies par les albinos au Kenya, au Malawi, en Ouganda et en Tanzanie augmenterait à l’approche des différentes échéances électorales. Pour se faire élire des candidats auraient recours à ces potions. Au marché noir, les prix s’envolent. Les organes, vendus séparément, peuvent rapporter au-delà d’une dizaine de milliers d’euros. Un corps « complet » peut quant à lui, monter jusqu’à 75 000 euros. Un business qui n’épargne pas les plus jeunes enfants, parfois même vendus par leurs propres parents. Dans un rapport datant de juin 2016, l'ONG canadienne Under the same sun répertoriait 457 attaques, dont 178 meurtres d’albinos dans 26 pays d'Afrique  principalement sur les dix années précédentes. Un chiffre probablement minoré, car les albinos vivent parfois isolés dans les campagnes reculées, pour fuir le harcèlement qu’ils subissent.

Amnesty International pointait en 2018, le manque de protection auquel doivent faire face les albinos. De 2016 à 2018, 148 cas d'agressions ont été recensées au Malawi. Seules 30% d’entre elles ont fait l'objet d'une enquête menée à son terme. Et seul un meurtre et une tentative de meurtre ont donné lieu à des poursuites. Pour protéger cette population, le gouvernement leur a distribué des alarmes sonores à allumer en cas d’agression. En Tanzanie, face aux meurtres de 10 enfants – car ‘l’innocence” de la victime augmenterait la puissance de l’envoutement - en décembre 2018, le gouvernement a procédé à l’arrestation de 65 sorciers, profession qu’il entend désormais réglementer.

Les Nations unies ont adopté en 2015 une résolution instituant la Journée mondiale de sensibilisation à l'albinisme, le 13 juin de chaque année. Une journée d’information et de communication destinée à faire évoluer les mentalités. En Afrique du Sud, au Kenya, au Malawi et en République-Unie de Tanzanie, des personnes atteintes d’albinisme ont été nommées à des postes ministériels et publics. Depuis 2013, le gouvernement kényan alloue chaque année un fonds de 100 millions de shillings kényans (783 000 euros) pour aider cette population. Dans d’autres pays, les coutumes peinent toujours à évoluer comme l’explique Fidèle Marcos Kikan, directeur exécutif d’Amnesty international au Bénin : “Le gouvernement n’a pas envoyé de message fort sur le plan de la tradition. La source principale des crimes, c’est-à-dire la demande, n’a pas été éradiquée”. Le gouvernement béninois a par ailleurs rejeté une recommandation des Nations unies en novembre 2017 qui exigeait qu'il prenne des mesures de lutte contre les infanticides rituels.

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