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Réflexions pour une nouvelle cité

ARTICLE. Il ne suffit pas de changer quelques politiques ou de résoudre des problèmes à court terme, nous avons besoin d'un changement de mentalité, de modes de vie, de modèles économiques.

Réflexions pour une nouvelle cité

Quels constats de l’économique et du social doit inspirer notre système ?

La crise de Covid-19, et les bouleversements politiques, économiques et sociaux qu'elle a accélérés, modifient fondamentalement le contexte coutumier de prise de décision. Les désordres, les carences et les contradictions de la santé et des finances, de l'énergie et de l'éducation - sont mis en relief dans une situation mondialisée de préoccupation pour la vie, les moyens de subsistance et l’avenir de la planète.

Les dirigeants se trouvent face à une fracture historique, gérant les pressions à court terme en oubliant les variabilités à moyen et long terme.

Il ne suffit pas de changer quelques politiques ou de résoudre des problèmes à court terme, nous avons besoin d'un changement de mentalité, de modes de vie, de modèles économiques.

Il est réclamé une "approche globale" pour façonner l'avenir, intégrant "toutes les organisations et les personnes ayant des idées innovantes".

"Lorsque j’ai écouté Mandela, il y a 20 ans, il a dit que pour mettre fin au fléau du racisme, nous avions besoin d'institutions démocratiques et de la volonté de tous.

"Rien de tout cela n'est possible sans une société cohésive."

Davos parle de la « grande réinitialisation » liés aux objectifs climatiques de Paris.

« Nous devons investir fortement dans le bon type d'actif : l'infrastructure physique, le capital humain, le capital naturel et enfin le capital social. Si nous investissons bien dans ces quatre actifs, nous avons une réponse forte au défi de la durabilité. »

La reprise post-COVID doit être "plus verte que toutes les reprises précédentes", a déclaré Ma Jun du China green finance committee.

"La taille du plan de relance est très grande - plus grande que les chiffres historiques", a-t-il ajouté, estimant qu'il représente environ 20% du PIB aux États-Unis et 8% en Chine.

Ainsi en termes sophistiqués nous pouvons constater que la seule priorité n’est pas prise en compte : le développement infini de l’humain dans un monde fini.

Si nous laissons faire il y a trois possibilités seulement :

- « L’hélicoptère money ». Les hommes surnuméraires seront à l’étable(1).

- La suppression de la propriété au profit de l’usage. Indiscutablement moins de carbone mais un esclavage immédiat car les prix sont définis par les détenteurs des produits.

- Une société réticulaire.

Dans 15 ans, la terre n’aura plus assez de terre arable pour nourrir sa population. L’Afrique et l’Asie (Indes, Indonésie, etc.) augmentent leur population chaque année et notre politique n’est que quantitative, toujours plus de consommation et d’humains au prix du climat, des déchets et de la disparition de la biodiversité.

Que penser de la « grande réinitialisation » souhaitée par Davos, Madame Lagarde et la Chine verte ?

Le monde est en concurrence ! Le monde est en guerre économique ! Seule la finance est gagnante.

Pourquoi ? Depuis la sédentarisation, l’élément constitutif de la monnaie est le travail ou le produit qui en résulte. Le système n’est plus. Aujourd’hui la finance joue avec cinq fois plus

de capital que le PB mondial.
Donc le travail n’est plus la base économique. Nous jouons tous au Monopoly et l’on nous fait passer par les « hôtels et les maisons » détenus par les financiers.
Nos politiques ne sont que les « commis de ville de la finance ».

La fortune des 1 % les plus riches du monde « correspond à plus du double des richesses cumulées » des 6,9 milliards les moins riches, soit 92 % de la population du globe, une concentration qui « dépasse l’entendement », détaille le rapport de l’Oxfam.

Les 2153 milliardaires du globe détiennent désormais plus d’argent que 60 % de la population mondiale, dénonce Oxfam, soulignant une concentration des richesses au détriment notamment des femmes, « en première ligne » des inégalités.

« Le fossé entre riches et pauvres ne peut être résolu sans des politiques délibérées de lutte contre les inégalités. Les gouvernements doivent s’assurer que les entreprises et les riches paient leur juste part d’impôts » affirme Amitabh Behar, responsable d’Oxfam en Inde. « Les inégalités indécentes sont au cœur de fractures et de conflits sociaux partout dans le monde […] Elles ne sont pas une fatalité (mais) le résultat de politiques […] qui réduisent la participation des plus riches à l’effort de solidarité par l’impôt, et fragilisent le financement des services publics », insiste de son côté Pauline Leclère, porte-parole d’Oxfam France, également cité dans un communiqué.

« Les femmes sont en première ligne des inégalités à cause d’un système économique qui les discrimine et les cantonne dans les métiers les plus précaires et les moins rémunérés, à commencer par le secteur du soin », insiste Pauline Leclère.

Comment faut-il revoir ce paradigme ?

L’Espace méditerranéen offre un lieu d’expérimentation unique.

En premier lieu l’Europe et l’Afrique ont une histoire commune : empire macédonien, romain, arabe, ottoman, occidental ; nous sommes tous sortis d’un même moule et nos différences accumulées devraient être notre richesse. La Méditerranée est notre génitrice.

- En second, l’Afrique est à 14 km de l’Europe.

- En troisième, l’Europe n’est encore qu’un concept. L’Afrique aussi, mais l’Europe est une vieille dame pleine de connaissance et l’Afrique est un jeune continent plein de promesses.

- En quatrième, l’Europe ne peut plus se tourner vers le monde anglo-saxon qui la refuse en la mangeant, ni le monde asiatique qui la dévore. La Covid a montré que nous étions soumis aux deux totalitarismes. Les connaissances, les innovations, les expériences européennes sont utiles à l’Afrique qui se construit et leur développement ne peut que conserver l’Europe en construction, ensemble, en un partenariat pour le meilleur aux deux parties.

Seule la société civile qui a l’expérience de la vie au quotidien dans différents pays des rives de la Méditerranée et qui sait la nécessité pour chaque humain de pouvoir se projeter au moins sur le moyen-long terme, subit les désordres actuels, en analyse les causes, les conséquences et cherche les chemins qu’elle va tenter de rendre exemplaire pour un « grand retournement » des sociétés humaines. L’Etat est devenu incompétent à faire vivre le long terme.

Tout processus de changement débute par la lucidité.

Posséder la capacité de reconnaître nos frustrations, nos manques, nos échecs ;

Tenter de trouver des solutions communes ;

Et enfin, concrétiser.

La démographie en Afrique n’est qu’un faux problème si nous apportons les solutions immédiatement. Sur place et dans une croissance à développement durable, à contrario de celle offerte par les Chinois qui échangent leurs possibilités contre les richesses des pays.

Quelle est la densité de l’Afrique ? 41 habitants au Km2.

Quelle est la densité de l’Allemagne ? 225habitants au Km2 ; de l’Italie 207 ; de la France 105.

La population africaine peut doubler comme annoncée si nous lui apportons les éléments lui permettant les quatre autonomies que nous avons à défendre. Le concept même d’universalisme est remplacé par la diversalité. Le monde totalisateur ou totalitariste s’efface pour un futur qui s’ancre sur la multiplicité.

La cité de l’homme doit s’intégrer au vivant par :

- Une autonomie alimentaire en jardins communaux, en jardins partagés, en jardins d’assainissement, en permaculture et aquaponie, etc.

- Une autonomie sanitaire avec une médecine dépendant de la localisation : depuis la phytothérapie, aux approches complètes reposant sur des bases théoriques.

-  Une autonomie éducationnelle pour les enfants, les femmes, les hommes en fonction des lieux, de leurs nécessités.  On passe du contrôle à l’auto-contrôle et l’on s’en donne les moyens par la formation. Le principe de l’entreprise est maintenant formé vers la flexibilité, l’innovation, la compétence. Le monde en réseau ou réticulé bat en brèche le principe hiérarchique. Chacun sait quelque chose qu’il apporte ou échange. Il est le compétent au lieu d’être le chef et il n’est plus nécessaire de travailler à deux heures de chez soi.

- Une Autonomie énergétique, sous forme hydraulique, photovoltaïque, calorifère, par bio-masse, par puits canadiens.

Vous avez compris, les systèmes représentatifs ne conviennent plus. Nous sommes dans un monde devenu réticulaire où l’autorité ne peut être que participative. Ces quatre autonomies sont essentielles. Elles doivent être adaptées à chaque foyer de population, à chaque densité de population et à chaque climat.

Un exemple au Maroc. Un projet est né dans le Rif, où la terre crue et l’eau ne manque pas.

Nous avons par contre une densité basse de population au km2 (25 habitants au Km2) car seules actuellement l’olive, la figue et pour une faible partie le cannabis sont les ressources essentielles de la région. Son histoire religieuse dans le judaïsme et l’islam est forte mais la ville, sa région, sont oubliées dans les grands transferts touristiques.

En premier il est décidé de:

- Choisir un lieu qui représente la région. Montagnes et eau. Un lac dans une forêt près de la ville-centre ;

- Créer une image de marque architecturale qui soit forte et appelle un tourisme culturel, écologique, et biologique ;

- Bâtir un ensemble hôtelier et de chalets avec une forte personnalité du bâti. Construction en biosourcé, avec ponton flottant, chalets et hôtel avec jardins d’assainissement, toilettes sèches, etc. ;

- Élaborer un centre d’aquaponie qui est une attraction pour l’ensemble des populations ;

- Transformer les fermes existantes en fermes pédagogiques ouvertes à l’apprentissage et au tourisme autour de la permaculture. La permaculture prend en considération la biodiversité de chaque système.

Nous sommes dans une région où 672 espèces de végétaux poussent. Nous sommes de plain-pied en phytothérapie.

- Ouvrir des jardins maraichers et des jardins partagés avec comme appuis les fermes pédagogiques.

- Mettre en place des chantiers de formation non diplômante puis ensuite diplômante.

- Conclure par une université de la terre et de l’eau et un institut du génie biologique autour de la phytothérapie.

Vous allez me dire que pour se faire il ne faut pas compter les années.

Colbert disait « plantez des arbres et dans cent ans nous aurons une belle marine ». Le programme apporte dès sa mise en action un argent exogène qui est celui du tourisme écologique et forestier.

Quel peut être le rôle des acteurs économiques ? Quelles sont les opportunités à saisir pour des investisseurs inspirés ? En quoi pourraient contribuer  les entreprises du secteur de la construction, du BTP et des infrastructures ?

Vous pouvez être partenaires et/ou investisseurs.

Le secteur du bâtiment et de l’aménagement porte une importante responsabilité pour adapter, transformer les territoires à toutes les échelles. Pour instaurer enfin un modèle vertueux et plus respectueux des habitants et de l’environnement.

Recourir aux ressources de proximité, humaines et naturelles, c’est consolider la chaîne des acteurs, pérenniser les savoir-faire, offrir des possibilités nouvelles à nos régions. Nos territoires sont riches de volontés politiques, d’expériences, de réalisations, de savoir-faire, et de ces matériaux. Le Comité de liaison des matériaux biosourcés d’Île-de-France sera à nos côtés. Cette filière représente une part importante des ressources locales et un potentiel majeur pour le changement de modèle économique et écologique.

Construire en structure bois permet de réduire l’empreinte carbone d’un bâtiment de 25% sur toute sa durée de vie ; une maison en paille de 100 m² stocke 18 tonnes de carbone et un habitat isolé en béton de chanvre stocke 20 tonnes de C02.

Nous pourrions aussi prendre ce travail en économie circulaire : vos déchets sont aussi votre compost et votre développement durable.

Je terminerai en rappelant que toutes les choses sont entrelacées, les unes avec les autres ; c’est un lien sacré et il n’y a presque aucune d’elles qui soit étrangère à l’autre, car elles ont une ordonnance commune et elles forment un seul et même monde. Je le dis 2000 ans après Marc Aurèle.

L’ordonnance du monde ne vous appartient pas, Humains. Vous en êtes un élément.

(1) Evangile selon saint Finance, 2018, de Louis Bachoud aux éditions Valensin.

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