Menu
analyses
Souveraineté
La défense de la souveraineté n’est pas le souverainisme

OPINION. La restauration de la souveraineté de la France sera un combat difficile et long. Pour le mener à bien, nous avons besoin d’idées précises, claires et simples. Et d’abord de définitions sur lesquelles le mouvement souverainiste s’entende aussi largement que possible.

La défense de la souveraineté n’est pas le souverainisme

La restauration de la souveraineté de la France sera un combat difficile et long. Pour le mener à bien, nous avons besoin d’idées précises, claires et simples. Et d’abord de définitions sur lesquelles le mouvement souverainiste s’entende aussi largement que possible. Se battre pour une idée, exige qu’elle soit nette. Qu’est-ce que la souveraineté ? Quels sont les rapports entre la souveraineté et diverses notions telles que l’Etat, l’indépendance, la patrie, la citoyenneté, la nation, la nationalité, l’identité, le territoire, la frontière, etc. Et finalement, qu’est-ce que le souverainisme si, comme le titre de cet article le suggère, il n’est pas la défense de la souveraineté ?

Cette série de réflexions a été ouverte par un retour sur l’action de Marie-France Garaud en faveur de la souveraineté. Cela ne signifie en rien un alignement inconditionnel sur la totalité de ses idées politiques, loin de là. Mais c’était l’occasion de rappeler sa définition de la souveraineté, une définition qui paraît suffisamment neutre pour faire l’objet d’un consensus chez les souverainistes : « Un État – la France – est souverain lorsqu’il n’est soumis à aucun autre, lorsqu’il a l’autorité et le pouvoir de disposer librement de son présent et de son avenir. Dans les principes de notre République, cette souveraineté appartient à la Nation, c’est-à-dire à l’ensemble des citoyens et à eux seuls.» Il est bien certain que cette définition demande à être précisée. Nous nous y emploierons. Mais dans l’immédiat, elle nous suffira pour préciser ce qu’est, selon nous, le souverainisme.

Jusqu’à présent, c’est-à-dire jusqu’à ces dernières décennies (jusqu’à Maastricht, 1992 ?), nous n’avions nullement besoin de ce néologisme. Et cela pour une bonne raison : nous étions souverains. Nous pouvions nous contenter de défendre notre souveraineté. Désormais, le problème est inverse, nous l’avons perdue et il nous faut la reconquérir : c’est cela le souverainisme, la reconquête de la souveraineté. La différence entre défense de la souveraineté et souverainisme, n’est pas un simple jeu de mots, un simple divertissement d’intellectuels. C’est une différence fondamentale. C’est toute la différence entre défensive et offensive. Demandez à un militaire s’il utilise les mêmes armes pour l’une et pour l’autre ! Bien sûr que non. C’est toute la différence entre le château fort et ses assaillants. Nous avons à faire tomber une citadelle.

Ce n’est pas un hasard si le mot souverainisme est né en 1974 : voyez le Dictionnaire historique de la langue française d’Alain Rey. C’était l’époque où René Lévesque, à la tête du Parti québécois, se battait pour l’ « indépendance-association » de la Belle Province. Les Québécois savaient ce qu’est une perte de souveraineté : ils l’avaient perdue depuis plus de deux siècles. Et ils se levaient pour la reconquérir. Le souverainisme, ce n’est pas la célébration béate de l’âme d’une nation, c’est une lutte sans merci pour lui redonner vie, sinon c’est la mort. Nous ne partageons pas la définition que donne Alain Rey du « souverainisme » : « Le mot qualifie et désigne les partisans du respect des droits des nations souveraines dans l’Union européenne ». Non, c’est beaucoup plus que cela. Ce n’est pas le « respect de droits », c’est leur reconquête. Et cette reconquête exige des armes spécifiques, c’est-à-dire une idéologie particulière, de type offensif. Ne nous y trompons pas : nous sommes devenus une Belle Province : on nous le répète tous les jours, nos paysages, nos châteaux, notre gastronomie, notre patrimoine, nous promettent un bel avenir ... dans le tourisme. Mais voilà, l’ambition de la France n’est pas d’être la Belle Province de l’Europe allemande, ou le Disneyland des Etats-

Unis. Ajoutons, pour en finir avec cette digression québécoise, qu’il nous faudra réfléchir à cet objectif de René Lévesque : l’« indépendance-association ». La souveraineté ne saurait être limitée. On est souverain ou on ne l’est pas.

Le souverainisme peut se définir par ce qu’il est, autant que par ce qu’il n’est pas.

Ce qu’il est, d’abord. A savoir la reconquête d’une souveraineté complète. Là le précédent québécois peut être utile. Le souverainisme ne saurait viser d’autre objectif qu’une souveraineté totale, non amputée. Le concept d’« indépendance-association » destiné à satisfaire « en même temps » les partisans de l’indépendance et ceux du statu quo, était voué à l’échec. Et échec il y eut. Tous les concepts de « souveraineté partagée », de « souveraineté limitée », sont des leurres. Combien de fois les partisans de l’Europe maastrichtienne ne nous ont-ils pas vanté les bienfaits de la « souveraineté partagée » ! Finalement, elle n’a pas été partagée, elle a été perdue. La souveraineté ne se partage pas. Demandez aux anciennes républiques démocratiques ce qu’elles pensent de la « souveraineté limitée » des États au sein du Bloc communiste, la fameuse Doctrine Brejnev : qu’elle n’était pas limitée, mais bafouée, confisquée. La souveraineté ne se limite pas.

Cela ne signifie pas que nous ne puissions pas nous associer à tel ou tel État en vue d’un objectif commun. Pourquoi pas une alliance militaire pour contrecarrer telle ou telle menace ; pourquoi pas une alliance industrielle pour réaliser tel ou tel projet spécifique ? La souveraineté ne signifie en rien isolement, repli sur soi. Elle est seulement la condition nécessaire pour qu’une coopération, voire une association ne dégénère pas en dépendance. C’est en cela que l’Union européenne, qui est une confiscation des souverainetés nationales, ne peut rien générer d’autres que des phénomènes internes de dépendance. Elle l’a prouvé.

Le souverainisme, c’est aussi le dépassement de tous les clivages nationaux, qu’ils soient philosophiques, idéologiques, religieux ou autre. Le souverainisme n’est ni de gauche, ni du centre, ni de droite. Il est au-delà des partis, des courants, des sensibilités, des mesquineries. A lire les commentaires qui fleurissent autour des contributions des uns et des autres sur le site de Front Populaire, on voit bien l’extraordinaire diversité des attentes et parfois leur contradiction : autorité ou démocratie, centralisme ou régionalisme, etc. Pour vaincre, le souverainisme doit transcender ces querelles. La discussion restera vaine tant que nous n’aurons pas le moyen de décider, c’est-à-dire notre souveraineté. Commençons par reconquérir notre souveraineté ; ensuite, il sera temps de débattre démocratiquement afin d’agir. N’oublions jamais que les Gaulois ont perdu parce qu’ils n’étaient que tribus.

On peut aussi définir le souverainisme par ce qu’il n’est pas. C’est d’autant plus nécessaire que nos adversaires ne manqueront pas de le dénaturer : c’est déjà le cas. Aussi préparons nos répliques. Il faut être clair sur ce que le souverainisme n’est pas.

Tout d’abord, il n’est pas un retour au passé. On ne revient jamais en arrière. Il faudrait d’ailleurs que les Allemands en soient convaincus : l’Europe de Karl der Grosse (que nous appelons à tort Charlemagne), capitale Aachen (que nous appelons à tort Aix-la-Chapelle), relève du passé, non de l’avenir. De même, celle de Jean Monnet. Que ne pourrait-on écrire sur l’histoire du franc, coincé entre celles du carolus et de l’euro ! Tout cela, c’est le passé, or il nous faut construire l’avenir. Après la déconstruction, le temps est venu de la reconstruction. Et c’est celui du souverainisme, car la souveraineté, c’est la garantie de la liberté et de la démocratie. Il faudra revenir longuement sur ce point. Contentons-nous, aujourd’hui, d’une démonstration par la négative : voyez à quoi est réduite la liberté de pensée et comment triomphe le politiquement correct dans l’Union européenne.

Par ailleurs, le souverainisme n’est pas l’isolement, le repli sur soi. Nous ne souhaitons en rien une France isolée, coupée du monde. Au contraire, le souverainisme, c’est la capacité de mener une action extérieure digne de ce nom, qu’elle soit diplomatique, militaire, économique, culturelle. L’Union européenne nous prive définitivement de cette faculté ; c’est elle qui nous contraint au repli sur soi, c’est elle qui fait écran à toute relation extérieure. Nous nous trouvons prisonniers à l’intérieur d’une double contradiction : Bruxelles est sans autre politique étrangère que de faire obstacle aux politiques étrangères des États membres. Nous nous promenons sans cesse avec deux drapeaux, l’un étant le contraire de l’autre. C’est ridicule. Nous n’existons plus sur le plan international : le souverainisme a l’ambition de nous redonner accès à la scène internationale.

Enfin, concluons en soulignant que le souverainisme est la priorité absolue. La France est assaillie par un nombre considérable de problèmes, tous graves, appelant des solutions urgentes, c’est une évidence. Parmi les problèmes majeurs, comment ne pas voir ceux de l’immigration, de la désindustrialisation, des dérives sociales, de la misère des plus pauvres, etc. Et pourtant, la reconquête de la souveraineté doit être considérée comme primordiale, car elle commande tous les autres. Tant que nous n’aurons pas recouvré notre souveraineté, nous serons incapables de mettre en œuvre des politiques nouvelles. Il nous faut absolument discerner où sont les causes et les conséquences. C’est aux causes qu’il faut s’attaquer en priorité. Seule la souveraineté restaurée nous permettra, librement et démocratiquement, de nous mettre au travail. La restauration de la souveraineté, le souverainisme, doit être notre priorité absolue. Ne nous dispersons pas, c’est l’objectif primordial. La suite, ensuite.

0 commentaireCommenter