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Analyses
Populicide
"Populophobie" : Trois leçons politiques, présent, passé et futur Abonnés

Après quatre décennies d’humiliations, de délocalisations, de chômage et de désespérance, la France du bas a riposté. Pour redresser le pays, elle n’a plus d’autre choix que de faire émerger de son sein une classe  dirigeante de remplacement. Guillaume Bigot présent son nouvel ouvrage "'Populophobie" (Ed. Plon).

En 449 av. J.-C., la plèbe romaine écrasée par des taxes, criblée de dettes (décida de faire sécession. Cela donna lieu à une retraite des  citoyens les plus pauvres sur le mont Aventin (d’où l’expression : « Se  retirer sur l’Aventin »). Les patriciens durent alors composer avec le  peuple et se résoudre à lui accorder des concessions juridiques et  politiques, dont la principale fut de lui permettre d’élire des magistrats (déclarés sacro-saints) pour les représenter.


Aujourd’hui, dans les pays développés, c’est la classe dominante qui a fait sécession.
Il ne se passe pas un jour sans que les plus riches exigent : « Baissez nos impôts, sinon nous partirons sous des cieux fiscalement plus cléments. » On ne fait même plus attention au chantage que les chefs  d’entreprise exercent un chantage à l’égard du politique : « Ne prenez  pas telle mesure ou, au contraire, accordez-nous telle subvention, sinon  nous délocaliserons. » Les chefs d’État se sont, de bonne grâce, transformés en super- VRP chargés de vendre leur marque pays, entendre  par là : tenter de sauver les meubles.
Les richesses sont censées être courageusement arrachées par des chefs  d’entreprise héroïques et des fonds d’investissement audacieux, envers  et contre les innombrables obstacles bureaucratiques, fiscaux, et  contre l’hostilité de peuples paresseux et jaloux, qui, égoïstement,  chercheraient à pré- server leur niveau de vie. Désormais, cette  engeance mondialisée et les relais médiatiques qu’elle a achetés, ne se  cachent plus pour flétrir le patriotisme et stigmatiser la démocratie. La communauté de destin entre la classe dirigeante et le peuple n’est  clairement plus une communauté des acquêts, à peine une communauté  réduite aux acquis, et de moins en moins une communauté tout court.


Ainsi le populisme est-il une conséquence, et non une cause, de la défiance du peuple pour les élites. Si le divorce des dominants et le dépit des dominés s’observe partout, il revêt une intensité et une nature particulière en France. Les origines de cette exception française puisent leurs racines dans notre histoire.


S’il existe depuis toujours une haine française, ce n’est pas celle que  l’on croit. Le haineusement correct hexagonal est celui qu’exprime depuis toujours une classe dirigeante qui semble éprouver une gêne à appartenir à un peuple si peu respectueux des hiérarchies et si peu admiratif de ses mérites.

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