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Analyses
Populicide
Tout recommence toujours Abonnés

Il nous faut une révolution. Pas pour couper des têtes mais pour sortir de la tête de nos dirigeants dépassés. Il nous faut une révolution au  sens étymologique, c’est-à-dire astronomique du terme. Une révolution pour en revenir au point de départ. Pour en revenir aux fondements de notre nation.

En 449 av. J.-C., la plèbe romaine écrasée par des taxes, criblée de  dettes (décida de faire sécession. Cela donna lieu à une retraite  des citoyens les plus pauvres sur le mont Aventin (d’où l’expression : «  Se retirer sur l’Aventin »). Les patriciens durent alors composer avec  le   peuple et se résoudre à lui accorder des concessions juridiques et  politiques, dont la principale fut de lui permettre d’élire des magistrats (déclarés sacro-saints) pour les représenter.

Aujourd’hui, dans les pays développés, c’est la classe dominante qui a fait sécession.
Il ne se passe pas un jour sans que les plus riches exigent : « Baissez   nos impôts, sinon nous partirons sous des cieux fiscalement plus   cléments. » On ne fait même plus attention au chantage que les chefs  d’entreprise exercent un chantage à l’égard du politique : « Ne prenez    pas telle mesure ou, au contraire, accordez-nous telle subvention,  sinon nous délocaliserons. » Les chefs d’État se sont, de bonne grâce,   transformés en super-VRP chargés de vendre leur marque pays, entendre    par là : tenter de sauver les meubles.
Les richesses sont censées être courageusement arrachées par des chefs  d’entreprise héroïques et des fonds d’investissement audacieux,  envers et contre les innombrables obstacles bureaucratiques, fiscaux, et  contre l’hostilité de peuples paresseux et jaloux, qui, égoïstement,    chercheraient à pré- server leur niveau de vie. Désormais,  cette engeance mondialisée et les relais médiatiques qu’elle a achetés,  ne se cachent plus pour flétrir le patriotisme et stigmatiser la  démocratie.  La communauté de destin entre la classe dirigeante et le  peuple n’est   clairement plus une communauté des acquêts, à peine une  communauté   réduite aux acquis, et de moins en moins une communauté  tout court.

Ainsi le populisme est-il une conséquence, et non une cause, de la  défiance du peuple pour les élites. Si le divorce des dominants et le  dépit des dominés s’observe partout, il revêt une intensité et une  nature particulière en France. Les origines de cette exception française   puisent leurs racines dans notre histoire.

S’il existe depuis toujours une haine française, ce n’est pas celle  que l’on croit. Le haineusement correct hexagonal est celui qu’exprime  depuis toujours une classe dirigeante qui semble éprouver une gêne à   appartenir à un peuple si peu respectueux des hiérarchies et si peu  admiratif de ses mérites.

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