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Apocalypse Arménie : l’indispensable témoignage pour comprendre ce qui se passe au Haut-Karabakh

ARTICLE. On ne peut comprendre les six semaines de combats intenses qui viennent de se dérouler au Haut-Karabakh sans la perspective historique. Le récit d’Aurora Mardiganian, Apocalypse Arménie, l’éclaire singulièrement.

Apocalypse Arménie : l’indispensable témoignage pour comprendre ce qui se passe au Haut-Karabakh

Le génocide des Arméniens reste largement méconnu du grand public en raison notamment de l’absence de récit emblématique et universel, tels qu’ont pu l’être ceux d’Anne Franck ou de Primo Levi pour la Shoah. Paru en 1918 à New York sous le titre Ravished Armenia, écoulé à plus de 900 000 exemplaires, longtemps resté inédit en français, Apocalypse Arménie (Ararat, 2017) comble cette lacune.

L’ouvrage   relate l’incroyable histoire   d’Aurora, jeune Arménienne de 14 ans, dans le chaos qui s’empara  de   l’Empire ottoman en 1915.

Au   prix de quatre évasions héroïques, Aurora parvient à s’échapper des   colonnes de la mort : une fois en se jetant du haut d’une falaise dans   l’Euphrate, une autre en poignardant un officier turc qui l’agresse… Dans un   empire en guerre où les femmes étaient la cible de toutes les exactions, la   jeune Aurora réussit à survivre près de deux ans.

Puis,   à Erzeroum, le général Andranik, héros militaire national arménien,   lui propose de se rendre en mission aux États-Unis pour alerter sur la   situation du peuple arménien, dépêcher les secours et lever des fonds. Ce périple   comprend une traversée de la Russie en proie au chaos de la révolution.

La Jeanne d’Arc de l’Arménie 

Aurora parvient à New York et   après avoir livré son récit, accepte de jouer son propre rôle dans le film   qui est réalisé

à la suite, toujours dans le souci de lever le maximum de fonds. Le livre devient rapidement un best-seller et le film est un succès. Les recettes, qui s’élèvent à 30 millions de dollars (de 1919), sont reversées au Near East Relief, à l’origine du projet. Aurora est surnommée la Jeanne d’Arc de l’Arménie.

Évoquant à la fois « l’innocence d’Anne Frank et le réalisme de Primo Levi », Aurora Mardiganian compte parmi les grands témoins de l’histoire de l’humanité. Son récit est non seulement emblématique de l’apocalypse arménienne de 1915 mais sa dimension épique hors du commun en fait un classique de la littérature mondiale. Apocalypse Arménie appartient à l’inconscient collectif de l’humanité.

En 2016, la République d’Arménie a choisi Aurora pour égérie de l’Aurora Prize for Awakening Humanity, prix visant à éveiller l’humanité aux actions héroïques de ceux qui se lèvent face à l’adversité.

Actualité brûlante 

Lors de la guerre de 1991-94, les Azéris ont été sidérés par l’extrême détermination arménienne, dont ils ignoraient – et continuent d’ignorer pour la plus grande majorité – les ressorts. D’aucuns admettent qu’il s’est passé « quelque chose en Turquie », qu’ « il y a un contentieux », mais n’en savent pas plus. Négationnisme d’État oblige. Le lavage des cerveaux à l’œuvre depuis des décennies et la crasse ignorance de l’histoire qui en résulte, sont tragiques.

Les Turcs (Tatars ou Azéris inclus) ont pris 90% de leurs terres historiques aux Arméniens. C’est de là que provient la détermination arménienne à ne plus se laisser berner et massacrer comme en 1915, et à ne plus céder le moindre km2 sans combattre à mort. Certes, ils viennent d’affronter un ennemi bien supérieur en nombre et en équipements, mais également en pertes. L’Azerbaïdjan redoutait cet affrontement avec les Arméniens, après la cuisante défaite de 1994 et une première tentative de reconquête ayant tourné au fiasco en 2016. Malgré sa démographie trois fois supérieure et le déploiement de moyens et d’un arsenal colossaux, l’Azerbaïdjan est allé de surcroît sollicité l’aide – décisive – de la Turquie et de djihadistes syriens. À l’issue de l’accord, l’incapacité du dictateur victorieux à sortir du registre de l’insulte à l’endroit de son adversaire demeure un singulier aveu de faiblesse. L’intéressé devrait pourtant se rappeler que l’Histoire n’a jamais été clémente avec le triomphalisme et l’humiliation d’un adversaire battu, et que le sage antique disait déjà : « La victoire dans une bataille devra être traitée selon les rites funèbres ».

Aussi, quand on découvre l’incroyable flamme et résilience d’Aurora Mardiganian, cette victoire azérie à la Pyrrhus (refus d’ailleurs des autorités de communiquer sur leurs pertes) laisse entendre que le David arménien n’a probablement pas dit son dernier mot.

Aurora Mardiganian, Apocalypse Arménie, Ararat 2017, 10 € / numérique 4,99 €.

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